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Livre d'Esther
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Livre d'Esther

Chapitre 1

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Chap. : 
Esther 1, 1-12 : La reine Vasthi refusant d'obéir aux ordres d'Assuérus - Gravure de Gustave Doré
Esther 1, 1-12 : La reine Vasthi refusant d'obéir aux ordres d'Assuérus - Gravure de Gustave Doré
1 Au temps d’Assuréus, qui régna depuis les Indes jusqu’à l’Éthiopie, sur cent vingt-sept provinces,2 lorsqu’il s’assit sur le trône de son royaume, Suse était la capitale de son empire.3 La troisième année de son règne il fit un festin magnifique à tous les princes et à ses serviteurs, aux plus braves d’entre les Perses et les Mèdes, et aux gouverneurs des provinces, étant lui-même présent,4 pour montrer la gloire et les richesses de son empire, et la grandeur et l’éclat de sa puissance. Ce festin dura longtemps, pendant cent quatre-vingts jours.
 
5 Et lorsque les jours de ce festin s’achevaient, le roi invita tout le peuple qui se trouva dans Suse, depuis le plus grand jusqu’au plus petit ; et il ordonna qu’on préparât un festin pendant sept jours dans le vestibule de son jardin, et d’un parc qui avait été planté de la main des rois, avec une magnificence royale.6 On avait tendu de tous côtés des tapisseries de fin lin, de couleur de bleu céleste et d’hyacinthe, qui étaient soutenues par des cordons de lin et de pourpre, passés dans des anneaux d’ivoire, et attachés à des colonnes de marbre. Des lits d’or et d’argent étaient rangés en ordre sur un pavé de porphyre et de marbre blanc, qui était embelli de plusieurs figures avec une admirable variété.7 Ceux qui avaient été invités buvaient dans des coupes d’or, et les mets étaient servis dans des vases de différentes formes. On y présentait aussi d’excellent vin, et en grande abondance, comme il convenait à la magnificence royale.8 Nul ne contraignait à boire ceux qui ne le voulaient pas, mais le roi avait ordonné que l’un des grands de sa cour présidât à chaque table, afin que chacun prît ce qu’il lui plairait.
 
9 La reine Vasthi fit aussi un festin aux femmes dans le palais que le roi Assuérus avait coutume d’habiter.10 Le septième jour, lorsque le roi était plus gai qu’à l’ordinaire, et dans la chaleur du vin qu’il avait bu avec excès, il commanda à Maümam, Bazatha, Harbona, Bagatha, Abgatha, Zéthar et Charchas, les sept eunuques qui servaient en sa présence,11 de faire venir devant le roi la reine Vasthi, avec le diadème sur sa tête, pour montrer sa beauté à tous ses peuples et aux princes, car elle était extrêmement belle.12 Mais elle refusa, et dédaigna de venir selon le commandement que le roi lui en avait fait par ses eunuques. Alors le roi, irrité et tout transporté de fureur,
 
13 consulta les sages qui étaient toujours auprès de lui, selon la coutume royale, et par le conseil desquels il faisait toutes choses, parce qu’ils savaient les lois et les ordonnances anciennes.14 Les premiers et les plus proches du roi étaient Charséna, Séthar, Admatha, Tharsis, Marés, Marsana et Mamuchan, sept princes des Perses et des Mèdes, qui voyaient la face du roi, et qui avaient coutume de s’asseoir les premiers après lui.15 Il leur demanda quelle peine méritait la reine Vasthi, qui n’avait point obéi à l’ordre que le roi lui avait transmis par ses eunuques.16 Et Mamuchan répondit en présence du roi et des princes : La reine Vasthi n’a pas seulement offensé le roi, mais encore tous les peuples, et tous les princes qui sont dans toutes les provinces du roi Assuérus.17 Car cette conduite de la reine sera connue de toutes les femmes, qui mépriseront leurs maris, en disant : Le roi Assuérus a commandé la reine Vasthi de se présenter devant lui, et elle s’y est refusée.18 Et à son imitation les femmes de tous les princes des Perses et des Mèdes mépriseront les ordres de leurs maris. Ainsi la colère du roi est juste.19 Si donc vous l’agréez, qu’il se fasse un édit par votre ordre, et qu’il soit écrit, selon la loi des Perses et des Mèdes, qu’il n’est pas permis de violer, que la reine Vasthi ne paraîtra plus devant le roi ; mais qu’une autre, qui en sera plus digne qu’elle, recevra sa dignité de reine.20 Et que cet édit soit publié dans toute l’étendue des provinces de votre empire, afin que toutes les femmes, tant des grands que des petits, rendent honneur à leurs maris.
 
21 Ce conseil plut au roi et aux princes ; et le roi se conforma à l’avis de Mamuchan.22 Et il envoya des lettres à toutes les provinces de son royaume en diverses langues et écritures, selon que les divers peuples pouvaient les comprendre et les lire, ordonnant que les maris fussent les maîtres et les chefs dans leurs maisons, et que cet édit fût publié parmi tous les peuples.

Chapitre 2

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Chap. : 
1 Ces choses s’étant ainsi passées, lorsque la colère du roi Assuérus se fut calmée, il se ressouvint de Vasthi, et de ce qu’elle avait fait, et de ce qu’elle avait souffert.2 Alors les serviteurs et les ministres du roi lui dirent : Qu’on cherche pour le roi des jeunes filles, vierges et belles,3 et qu’on envoie dans toutes les provinces des officiers qui découvriront les plus belles d’entre les jeunes filles vierges, pour les amener dans la ville de Suse, et les mettre dans le palais des femmes sous la conduite de l’eunuque Égée, qui est chargé de garder les femmes du roi ; là elles recevront tout ce qui leur est nécessaire, tant pour leur parure que pour leurs autres besoins ;4 et celle qui plaira davantage aux yeux du roi sera reine à la place de Vasthi. Cet avis plut au roi, et il leur ordonna de faire ce qu’ils lui avaient conseillé.
 
5 Il y avait alors dans la ville de Suse un Juif, nommé Mardochée, fils de Jaïr, fils de Séméi, fils de Cis, de la race de Jémini,6 qui avait été emmené de Jérusalem au temps où Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait déporté Jéchonias, roi de Juda.7 Il avait élevé auprès de lui la fille de son frère, Edissa, qui portait aussi le nom d’Esther. Elle avait perdu son père et sa mère. Elle était parfaitement belle et avait un visage très gracieux. Après la mort de son père et de sa mère, Mardochée l’avait adoptée pour sa fille.
 
8 Lorsqu’on eut publié cette ordonnance du roi, et que, d’après cet dit, beaucoup de belles jeunes filles eussent été amenées à Suse et confiées à l’eunuque Égée, Esther lui fut aussi confiée avec les autres jeunes filles, afin qu’elle fût mise au nombre des femmes destinées au roi.9 Elle lui plut, et trouva grâce devant lui. Et il ordonna à l’eunuque de lui préparer promptement sa parure, et de lui donner sa part d’aliments et sept jeunes filles très belles de la maison du roi, et de la parer et de la soigner, elle et ses suivantes.10 Elle ne voulut point lui indiquer son pays et sa patrie, parce que Mardochée lui avait ordonné de tenir ces détails très secrets.11 Il se promenait tous les jours devant le vestibule de la maison où étaient gardées les vierges choisies, se mettant en peine de l’état d’Esther, et voulant savoir ce qui lui arriverait.
 
12 Or, lorsque le temps de ces jeunes filles était venu, elles étaient présentées au roi chacune à son tour, après avoir accompli, pendant l’espace de douze mois, tout ce qui concernait leur parure ; durant les six premiers mois elles employaient une onction d’huile de myrrhe, et pendant les six autres, divers parfums et aromates.13 Et lorsqu’elles entraient auprès du roi, on leur donnait tout ce qu’elles demandaient pour se parer, et elles passaient de l’appartement des femmes à la chambre du roi ornées comme elles l’avaient désiré.14 Celle qui y était entrée le soir en sortait le matin, et, de là, elle était conduite dans d’autres appartements, ou demeuraient les concubines du roi, sous la surveillance de l’eunuque Susagazi ; et elle ne pouvait plus revenir auprès du roi, à moins que lui-même ne le voulût, et qu’il ne l’eût demandée nommément.
 
15 Après donc qu’il se fut écoulé quelque temps, le jour vint où Esther, fille d’Abihaïl, frère de Mardochée, que celui-ci avait adoptée pour sa fille, devait être à son tour présentée au roi. Elle ne demanda rien pour se parer ; mais l’eunuque Égée, gardien des jeunes filles, lui donna comme parure tout ce qu’il voulut. Car elle était très bien faite, et son incroyable beauté la rendait aimable et agréable aux yeux de tous.16 Elle fut donc conduite à la chambre du roi Assuérus, au dixième mois, nommé tébeth, la septième année de son règne.17 Et le roi l’aima plus que toutes ses femmes, et elle obtient grâce et faveur devant lui plus que toutes ses femmes. Et il mit sur sa tête le diadème royal, et il la fit reine à la place de Vasthi.18 Et le roi ordonna qu’on fît un festin très magnifique à tous les princes et à tous ses serviteurs pour le mariage et les noces d’Esther. Et il accorda du repos à toutes ses provinces, et il fit des présents d’une magnificence princière.
 
19 Et lorsqu’on chercha et qu’on rassembla pour la seconde fois des jeunes filles, Mardochée était encore à la porte du roi.20 Et Esther n’avait révélé ni son pays ni son peuple, selon l’ordre de Mardochée. Car Esther observait tout ce qu’il lui ordonnait, et elle agissait en tout comme elle avait coutume de faire au temps où il la nourrissait petite enfant.21 Au temps donc où Mardochée demeurait à la porte du roi, Bagathan et Tharès, deux eunuques du roi, gardiens des portes et qui commandaient à la première entre du palais, voulurent dans un mouvement de colère, s’insurger contre le roi et le tuer.22 Mardochée en eut connaissance, et il l’annonça aussitôt à la reine Esther, et celle-ci au roi, au nom de Mardochée, de qui elle l’avait appris.23 On fit l’instruction, et la chose fut prouvée ; et ils furent l’un et l’autre pendus à la potence, et ceci fut écrit dans les histoires et marqué dans les annales en présence du roi.

Chapitre 3

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Chap. : 
1 Après cela le roi Assuérus éleva Aman, fils d’Amadathi, qui était de la race d’Agag ; et il plaça son trône au-dessus de tous ceux des princes qu’il avait auprès de lui.2 Et tous les serviteurs du roi qui se tenaient à la porte du palais fléchissaient les genoux et adoraient Aman, car le roi le leur avait commandé. Seul, Mardochée ne fléchissait point le genou et ne l’adorait pas.3 Et les serviteurs du roi qui commandaient à la porte du palais lui dirent : Pourquoi n’observez-vous pas l’ordre du roi comme les autres ?4 Et comme ils lui disaient cela souvent, et qu’il ne voulait pas les écouter, ils en avertirent Aman, voulant savoir s’il persévérerait dans sa résolution ; car il leur avait dit qu’il était Juif.5 Lorsqu’Aman eut entendu cela, et qu’il eut reconnu par expérience que Mardochée ne fléchissait point le genou devant lui et ne l’adorait point, il entra dans une violente colère ;6 mais il compta pour rien de porter la main seulement sur Mardochée ; et ayant su qu’il était Juif, il aima mieux perdre la nation entière des Juifs qui étaient dans le royaume d’Assuérus.
 
7 La douzième année du règne d’Assuérus, au premier mois nommé nisan, le sort, qui s’appelle en hébreu phur, fut jeté dans l’urne en présence d’Aman, pour tirer le mois et le jour où l’on devait faire périr la nation juive ; et c’est le douzième mois appelé adar qui sortit.8 Et Aman dit au roi Assuérus : Il y a un peuple dispersé par toutes les provinces de votre royaume, et divisé lui-même, usant de lois et de cérémonies nouvelles, et, de plus, méprisant les ordres du roi. Et vous savez très bien qu’il est de l’intérêt de votre royaume que la licence ne le rende pas plus insolent encore.9 Ordonnez donc, s’il vous plaît, qu’il périsse, et je payerai dix mille talents aux officiers de votre trésor.10 Alors le roi tira de son doigt l’anneau dont il se servait, et il le donna à Aman, fils d’Amadathi, de la race d’Agag, ennemi des Juifs,11 et il lui dit : Que l’argent que vous me promettez soit pour vous ; faites du peuple ce qu’il vous plaira.
 
12 Au premier mois, appelé nisan, le treizième jour de ce même mois, on fit venir les secrétaires du roi, et l’on écrivit au nom du roi Assuérus, selon qu’Aman l’avait ordonné, à tous les satrapes du roi et aux juges des provinces et des diverses nations, de sorte que chaque peuple pût lire et comprendre selon la variété de son langage ; et les lettres furent scellées de l’anneau du roi,13 et envoyées par les courriers du roi dans toutes les provinces, afin qu’on tuât et qu’on exterminât tous les Juifs, depuis l’enfant jusqu’au vieillard, les petits enfants et les femmes, en un même jour, c’est-à-dire le treizième jour du douzième mois, appelé adar, et qu’on pillât leurs biens.
 
14 C’est ce que contenaient ces lettres, afin que toutes les provinces fussent averties, et qu’elles se tinssent prêtes pour ce jour-là.15 Les courriers qui avaient été envoyés allaient en toute hâte pour exécuter les ordres du roi. Et aussitôt l’édit fut affiché dans Suse ; et le roi et Aman étaient en festin, et tous les Juifs qui étaient dans la ville pleuraient.

Chapitre 4

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Chap. : 
1 Mardochée, ayant appris ces choses, déchira ses vêtements, se revêtit d’un sac, et se couvrit la tête de cendres ; et il poussait de grands cris dans la place du milieu de la ville, manifestant l’amertume de son cœur.2 Il vint donc, en se lamentant ainsi, jusqu’à la porte du palais ; car il n’était pas permis d’entrer revêtu d’un sac dans le palais du roi.3 Dans toutes les provinces et les villes, et dans tous les lieux où était parvenu le cruel dit du roi, il y avait aussi, chez les Juifs, un deuil extrême et des jeûnes, des lamentations et des pleurs, et beaucoup se servaient de sac et de cendre au lieu de lit.
 
4 Or les suivantes d’Esther et ses eunuques vinrent lui apporter ces nouvelles. Elle fut consternée en les apprenant, et elle envoya un vêtement à Mardochée, afin qu’il ôtât son sac et s’en revêtit ; mais il ne voulut pas le recevoir.5 Et elle appela Athach, l’eunuque que le roi lui avait donné pour la servir, et elle lui commanda d’aller auprès de Mardochée, et de savoir de lui pourquoi il agissait ainsi.6 Et Athach alla aussitôt vers Mardochée, qui était sur la place de la ville, devant la porte du palais.7 Mardochée lui indiqua tout ce qui était arrivé, et comment Aman avait promis de livrer beaucoup d’argent au trésor du roi pour le massacre des Juifs.8 Il lui donna aussi une copie de l’édit qui était affiché dans Suse, pour qu’il la fît voir à la reine ; et pour qu’il l’avertît d’entrer chez le roi, et d’intercéder pour son peuple.
 
9 Athach revint, et rapporta à Esther tout ce qu’avait dit Mardochée.
 
10 Elle lui répondit et lui ordonna de dire à Mardochée :11 Tous les serviteurs du roi et toutes les provinces de son empire savent que qui que ce soit, homme ou femme, qui entre dans la cour intérieure du roi sans y avoir été appelé, est aussitôt mis à mort sans aucun délai, à moins que le roi n’étende vers lui son sceptre d’or en signe de clémence, et qu’il ne lui sauve ainsi la vie. Comment donc pourrais-je entrer chez le roi, moi qui, depuis déjà trente jours, n’ai pas été appelée auprès de lui ?
 
12 Lorsque Mardochée eut entendu cette réponse,13 il envoya dire encore à Esther : Ne croyez pas que vous sauverez seule votre vie d’entre tous les Juifs, parce que vous êtes dans la maison du roi.14 Car si vous vous taisez maintenant, les Juifs seront délivrés par quelque autre moyen, et vous périrez, vous et la maison de votre père. Et qui sait si ce n’est point pour cela même que vous êtes parvenue à la royauté, afin de pouvoir agir en de tels temps que celui-ci ?
 
15 Alors Esther fit faire de nouveau cette réponse à Mardochée :16 Allez, assemblez tous les Juifs que vous trouverez dans Suse, et priez pour moi. Ne mangez point et ne buvez point pendant trois jours et trois nuits, et je jeûnerai de même avec mes servantes, et ensuite j’entrerai chez le roi malgré la loi et sans être appelée, m’abandonnant au péril et à la mort.
 
17 Mardochée s’en alla donc, et il fit tout ce qu’Esther lui avait ordonné.

Chapitre 5

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Chap. : 
1 Et le troisième jour, Esther se revêtit de ses habits royaux et se présenta dans la cour intérieure de la maison du roi, en face de la chambre du roi. Il était assis sur son trône dans la salle d’audience du palais, en face de la porte de la maison.2 Et lorsqu’il vit la reine Esther debout, elle plut à ses yeux, et il étendit vers elle le sceptre d’or qu’il avait à la main. Esther, s’approchant, baisa l’extrémité du sceptre.3 Et le roi lui dit : Que voulez-vous, reine Esther ? que demandez-vous ? Quand vous me demanderiez la moitié de mon royaume, je vous la donnerais,4 Et elle répondit : S’il plaît au roi, je le supplie de venir aujourd’hui au festin que je lui ai préparé, et Aman avec lui.5 Et le roi dit aussitôt : Qu’on appelle Aman, afin qu’il obéisse à la volonté d’Esther. Le roi et Aman vinrent donc au festin que la reine leur avait préparé.
 
6 Et le roi lui dit après avoir bu beaucoup de vin : Que désirez-vous que je vous donne, et que demandez-vous ? Quand vous me demanderiez la moitié de mon royaume, je vous le donnerais.7 Esther lui répondit : Voici ma demande et ma prière :8 Si j’ai trouvé grâce devant le roi, et s’il lui plaît de m’accorder ce que je demande, et de réaliser ma prière, que le roi et Aman viennent au festin que je leur ai préparé, et demain je déclarerai au roi ce que je souhaite.
 
9 Aman sortit donc ce jour-là content et plein de joie. Mais lorsqu’il vit que Mardochée, qui était assis devant la porte du palais, non seulement ne s’était pas levé devant lui, mais ne s’était pas même remué de la place où il était, il en fut vivement indigné ;10 et, dissimulant sa colère, il retourna chez lui, et convoqua auprès de lui ses amis et Zarès, sa femme.11 Et il leur exposa la grandeur de ses richesses, le grand nombre de ses enfants, et la haute gloire à laquelle le roi l’avait élevé au-dessus de tous ses princes et de ses serviteurs ;12 et il dit ensuite : La reine Esther n’a invité personne autre que moi au festin qu’elle a fait au roi, et je dois encore dîner demain chez elle avec le roi.13 Mais, quoique j’aie tout cela, je croirai n’avoir rien tant que je verrai le Juif Mardochée assis devant la porte du roi.14 Zarès, sa femme, et tous ses amis lui répondirent : Ordonnez qu’on dresse une potence élevée de cinquante coudées de haut, et demandez demain matin au roi que Mardochée y soit pendu, et vous irez ainsi plein de joie au festin avec le roi. Ce conseil lui plut, et il ordonna de préparer une croix gigantesque.

Chapitre 6

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Chap. : 
Esther 6, 1-11 : Triomphe de Mardochée - Gravure de Gustave Doré
Esther 6, 1-11 : Triomphe de Mardochée - Gravure de Gustave Doré
1 Le roi passa cette nuit-là sans dormir, et il ordonna qu’on lui apportât les histoires et les annales des temps précédents. Et comme on les lisait devant lui,2 on en vint à ce passage où il était écrit de quelle manière Mardochée avait révélé la conspiration des eunuques Bagathan et Tharès, qui avaient voulu assassiner le roi Assuérus.3 Lorsque le roi eut entendu ces choses, il dit : Quel honneur et quelle récompense Mardochée a-t-il reçus pour cette fidélité ? Ses serviteurs et ses officiers lui dirent : Il n’a reçu absolument aucune récompense.4 Et le roi dit aussitôt : Qui est dans le parvis ? Or Aman était entré dans la cour intérieure de la maison royale, pour suggérer au roi d’ordonner que Mardochée fût attaché à la potence qui lui avait été préparée.5 Les serviteurs répondirent : Aman est dans le parvis. Et le roi dit : Qu’il entre.
 
6 Et, lorsqu’il fut entré, le roi lui dit : Que doit-on faire à un homme que le roi désire honorer ? Aman, pensant en lui-même et s’imaginant que le roi n’en voulait point honorer d’autre que lui,7 répondit : L’homme que le roi veut honorer8 doit être revêtu des habits royaux, placé sur le cheval que le roi monte, et recevoir le diadème royal sur sa tête,9 et il faut que le premier des princes et des dignitaires royaux tienne son cheval, et que, marchant devant lui à travers la place de la ville, il crie : Ainsi sera honoré celui qu’il plaira au roi d’honorer.10 Et le roi lui dit : Hâtez-vous, prenez le vêtement royal et le cheval, et ce que vous avez dit, faites-le au Juif Mardochée qui est assis à la porte du palais. Prenez garde de ne rien omettre de tout ce que vous venez de dire.11 Aman prit donc le vêtement et le cheval. Et ayant revêtu Mardochée dans la place de la ville, et l’ayant fait monter sur le cheval, il marchait devant lui, et criait : C’est ainsi que mérite d’être honoré celui qu’il plaira au roi d’honorer.
 
12 Et Mardochée revint à la porte du palais, et Aman se hâta d’aller à sa maison, désolé et la tête voilée.13 Et il raconta à Zarès, sa femme, et à ses amis tout ce qui lui était arrivé. Les sages dont il prenait conseil et sa femme lui répondirent : Si ce Mardochée devant lequel vous avez commencé de tomber est de la race des Juifs, vous ne pourrez lui résister ; mais vous tomberez devant lui.14 Tandis qu’ils parlaient encore, les eunuques du roi survinrent, et l’obligèrent d’aller aussitôt au festin que la reine avait préparé.

Chapitre 7

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Chap. : 
Esther 7, 1-10 : Esther confond Aman - Gravure de Gustave Doré
Esther 7, 1-10 : Esther confond Aman - Gravure de Gustave Doré
1 Le roi et Aman entrèrent donc pour boire avec la reine.2 Et le roi lui dit encore ce second jour, dans la chaleur du vin : Que me demandez-vous, Esther, et que voulez-vous que je fasse ? Quand vous me demanderiez la moitié de mon royaume, je vous la donnerais.3 Esther lui répondit : Si j’ai trouvé grâce à vos yeux, ô roi, accordez-moi, s’il vous plaît, ma propre vie, pour laquelle je vous supplie, et celle de mon peuple, pour lequel j’intercède.4 Car nous avons été livrés, moi et mon peuple, pour être foulés aux pieds, pour être égorgés et exterminés. Et plût à Dieu qu’on nous vendît comme esclaves et servantes ! ce serait un mal supportable, et je me tairais en gémissant ; mais maintenant nous avons un ennemi dont la cruauté retombe sur le roi même.5 Et le roi Assuérus lui répondit : Qui est celui-là, et quelle est sa puissance pour qu’il ose faire cela ?6 Et Esther dit : Notre adversaire et notre ennemi, c’est ce cruel Aman. En entendant cela Aman fut tout interdit, ne pouvant supporter les regards du roi et de la reine.7 Mais le roi se leva irrité, et il alla du lieu du festin dans le jardin planté d’arbres. Aman se leva aussi pour supplier la reine Esther de lui sauver la vie ; car il avait compris que le roi était résolu de le perdre.
 
8 Lorsqu’Assuérus revint du jardin planté d’arbres, et rentra dans le lieu du festin, il trouva qu’Aman s’était jeté sur le lit où était Esther, et il dit : Comment ! il veut faire violence à la reine elle-même, en ma présence, dans ma maison ! A peine cette parole était-elle sortie de la bouche du roi, qu’on couvrit aussitôt le visage d’Aman.9 Et Harbona, l’un des eunuques qui étaient au service du roi, lui dit : Voici, le bois qu’il avait préparé pour Mardochée, qui a donné un avis salutaire au roi, est dans la maison d’Aman, haut de cinquante coudées. Le roi lui dit : Qu’il y soit pendu.10 Aman fut donc pendu à la potence qu’il avait préparée pour Mardochée. Et la colère du roi s’apaisa.

Chapitre 8

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Chap. : 
1 Le même jour, le roi Assuérus donna à la reine Esther la maison d’Aman, ennemi des Juifs, et Mardochée fut présenté au roi. Car Esther lui avait avoué qu’il était son oncle.2 Et le roi ôta son anneau, qu’il avait fait reprendre à Aman, et le donna à Mardochée. Esther, de son côté, fit Mardochée intendant de sa maison.
 
3 Et non contente de cela, elle se jeta aux pieds du roi, et le conjura avec larmes d’arrêter les effets de la malice d’Aman l’Agagite, et de ses machinations odieuses qu’il avait ourdies contre les Juifs.4 Et le roi lui tendit de sa main son sceptre d’or, pour lui donner, selon la coutume, son signe de clémence. Et elle, se levant, se tint devant lui5 et dit : S’il plaît au roi, et si j’ai trouvé grâce devant ses yeux, et si ma prière ne lui paraît pas inconvenante, je le conjure de révoquer par de nouvelles lettres les anciennes lettres d’Aman, persécuteur et ennemi des Juifs, par lesquelles il avait ordonné de les faire périr dans toutes les provinces du roi.6 Car comment pourrais-je souffrir la mort et le carnage de mon peuple ?7 Et le roi Assuérus répondit à la reine Esther et au Juif Mardochée : J’ai donné à Esther la maison d’Aman, et je l’ai fait attacher lui-même à une croix, parce qu’il avait osé porter la main sur les Juifs.8 Ecrivez donc aux Juifs comme il vous plaira, au nom du roi, et scellez les lettres de mon anneau. Car c’était la coutume que nul n’osait s’opposer aux lettres qui étaient envoyées au nom du roi, et scellées de son anneau.
 
9 On fit donc venir les scribes et les écrivains du roi (c’était alors le troisième mois, appel siban) ; le vingt-troisième jour de ce même mois les lettres furent écrites, comme Mardochée le voulut, aux Juifs, aux princes, aux gouverneurs et aux juges qui commandaient aux cent vingt-sept provinces du royaume, depuis les Indes jusqu’en Éthiopie ; à chaque province et à chaque peuple dans sa langue et dans son écriture, et aux Juifs, afin qu’ils pussent lire et comprendre.10 Ces lettres, qui étaient envoyées au nom du roi, furent scellées de son anneau et expédiées par les courriers, afin que, parcourant toutes les provinces, ils prévinssent les anciennes lettres par ces nouveaux messages.11 Le roi leur ordonna d’aller trouver les Juifs en chaque ville, et de leur prescrire de s’assembler pour défendre leur vie, et pour tuer et exterminer tous leurs ennemis, avec leurs femmes, leurs enfants et toutes leurs maisons, et pour piller leurs dépouilles.12 Et dans toutes les provinces un même jour fut fixé pour la vengeance, savoir le treizième jour du douzième mois, appelé adar.
 
13 La substance de cette lettre était qu’on fît savoir, dans toutes les provinces et aux peuples qui étaient soumis à l’empire du roi Assuérus, que les Juifs étaient prêts à se venger de leurs ennemis.14 Et les courriers partirent en grande hâte, portant la nouvelle, et l’édit fut affiché dans Suse.
 
15 Et Mardochée, sortant du palais et de la présence du roi, parut avec éclat, dans ses vêtements royaux de couleur d’hyacinthe et de blanc, portant une couronne d’or sur la tête, et couvert d’un manteau de soie et de pourpre. Et toute la ville fut transportée d’allégresse et de joie.16 Et sur les Juifs sembla se lever une nouvelle lumière, la joie, l’honneur et les transports.17 Parmi toutes les nations, dans les villes et les provinces où l’ordonnance du roi était portée, il y avait une joie extraordinaire, des banquets, des festins et des jours de fêtes ; à ce point que plusieurs des autres nations, et d’autres cultes, embrassèrent leur religion et leurs cérémonies. Car une grande terreur du nom juif s’était répandue sur tous.

Chapitre 9

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Chap. : 
1 Ainsi, le treizième jour du douzième mois, que nous avons déjà dit auparavant se nommer adar, lorsqu’on se préparait à tuer tous les Juifs, et que leurs ennemis aspiraient à verser leur sang, les Juifs, au contraire, commencèrent à être les plus forts, et à se venger de leurs adversaires.2 Ils s’assemblèrent dans toutes les villes, les bourgs et les autres lieux, pour étendre la main sur leurs ennemis et leurs persécuteurs ; et nul n’osa résister, parce que la crainte de leur puissance avait pénétré dans tous les peuples.3 Car les juges des provinces, les gouverneurs et les intendants, et tous les dignitaires qui présidaient à chaque localité et aux affaires, soutenaient les Juifs par crainte de Mardochée,4 qu’ils savaient être prince du palais et avoir beaucoup de pouvoir. La renommée de son nom croissait aussi de jour en jour, et volait par toutes les bouches.
 
5 Les Juifs firent donc un grand carnage de leurs ennemis, et ils les tuèrent, leur rendant le mal à qu’ils s’étaient préparés à leur faire ;6 à ce point, qu’ils tuèrent dans Suse même jusqu’à cinq cents hommes, outre les dix fils d’Aman l’Agagite, ennemi des Juifs, dont voici les noms :7 Pharsandatha, Delphon, Esphatha,8 Phoratha, Adalia, Aridatha,9 Phermestha, Arisaï, Aridaï, et Jézatha.10 Lorsqu’ils les eurent tués, ils ne voulurent pas toucher à leurs dépouilles et à leurs biens.
 
11 On rapporta aussitôt au roi le nombre de ceux qui avaient été tués dans Suse.12 Et il dit à la reine : Les Juifs ont tué cinq cents hommes dans la ville de Suse, outre les dix fils d’Aman. Combien grand, croyez-vous, sera le carnage qu’ils font dans toutes les provinces ? Que demandez-vous encore, et que voulez-vous que j’ordonne ?13 Elle lui répondit : S’il plaît au roi, que les Juifs reçoivent le pouvoir de faire encore demain dans Suse ce qu’ils ont fait aujourd’hui, et que les dix fils d’Aman soient pendus à des gibets.14 Et le roi ordonna que cela fût fait, et aussitôt l’édit fut affiché dans Suse, et les dix fils d’Aman furent pendus.15 Les Juifs, s’étant assemblés le quatorzième jour du mois d’adar, ils tuèrent trois cents hommes dans Suse, sans vouloir piller leur bien.
 
16 Les Juifs se tinrent aussi prêts pour la défense de leur vie dans toutes les provinces qui étaient soumises à l’empire du roi, et ils tuèrent leurs ennemis et leurs persécuteurs, de sorte qu’il y eut soixante quinze mille morts, et personne ne toucha à leurs biens.
 
17 Or le treizième jour du mois d’adar fut pour tous le premier du massacre, et ils cessèrent le quatorzième jour ; ils ordonnèrent que celui-ci serait un jour de fête où on se livrerait désormais en tout temps aux banquets, à la joie et aux festins.18 Mais ceux qui étaient dans la ville de Suse avaient fait le carnage pendant le treizième et le quatorzième jour de ce même mois, et n’avaient cessé qu’au quinzième. C’est pourquoi ils le choisirent pour en faire une fête solennelle de festins et de réjouissances.19 Les Juifs qui demeuraient dans les bourgs sans murailles et dans les villages choisirent le quatorzième jour du mois d’adar, comme jour de festins et de joie, où ils se livrent à l’allégresse, et s’envoient mutuellement des portions de leurs repas et de leurs mets.
 
20 Mardochée écrivit donc toutes ces choses, et il les envoya sous forme de lettres aux Juifs qui demeuraient dans toutes les provinces du roi, dans les plus proches et dans les plus éloignées,21 afin qu’ils acceptassent comme jours de fête le quatorzième et le quinzième jour du mois d’adar et qu’ils les célébrassent tous les ans à perpétuité par des honneurs solennels.22 Parce que, en ces jours-là, les Juifs s’étaient vengés de leurs ennemis, et que leur deuil et leur tristesse avaient été changés en allégresse et en joie, ces jours devaient être à la joie et aux festins, et on devait s’envoyer mutuellement des portions de mets et donner aux pauvres de petits présents.
 
23 Les Juifs établirent donc comme un rite solennel tout ce qu’ils avaient commencé de faire en ce temps-là, et ce que Mardochée leur avait ordonné de faire par ses lettres.24 Car Aman, fils d’Amadathi, de la race d’Agag, ennemi déclaré des Juifs, avait médité du mal contre eux, pour les tuer et les exterminer ; et il avait jeté le phur, ce qui, dans notre langue, se traduit par le sort.25 Mais Esther entra ensuite auprès du roi, le suppliant de rendre inutiles les efforts d’Aman par une nouvelle lettre, et de faire retomber sur sa tête le mal qu’il avait résolu de faire aux Juifs. En effet, on l’attacha à une croix, lui et ses fils.26 Et, depuis ce temps-là, ces jours ont été appelés Phurim, c’est-à-dire les Sorts, parce que le phur, c’est-à-dire le sort, avait été jeté dans l’urne. Et tout ce qui se passa alors est contenu dans cette lettre, c’est-à-dire dans ce livre.27 Les Juifs donc, en mémoire de ce qu’ils avaient souffert, et des changements survenus ensuite, s’obligèrent, eux et leurs enfants, et tous ceux qui voudraient se joindre à leur religion, à ne permettre à personne de passer ces deux jours sans solennité, selon ce qui est adressé dans cet écrit, et ce qui s’observe exactement chaque année aux temps destinés à cette fête.28 Ce sont ces jours que n’effacera jamais l’oubli, et que toutes les provinces, d’âge en âge, célébreront par toute la terre. Et il n’y a point de ville en laquelle les jours de Phurim, c’est-à-dire des Sorts, ne soient observés par les Juifs, et par leurs enfants qui sont obligés de pratiquer ces cérémonies.
 
29 La reine Esther, fille d’Abihaïl, et le Juif Mardochée écrivirent encore une seconde lettre, afin qu’on eût tout le soin possible d’établir ce jour comme une fête solennelle à l’avenir.30 Et ils l’envoyèrent à tous les Juifs qui demeuraient dans les cent vingt sept provinces du roi Assuérus, afin qu’ils eussent la paix et qu’ils reçussent la vérité,31 en observant ces jours des Sorts, et en les célébrant en leur temps avec joie. Les Juifs s’engagèrent donc, selon que Mardochée et Esther l’avaient ordonné, à observer, eux et leur postérité, les jeûnes, les cris et les jours des Sorts,32 et tout ce qui est contenu dans ce livre, qui porte le nom d’Esther.

Chapitre 10

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Chap. : 
1 Or le roi Assuérus se rendit toute la terre et toutes les îles de la mer tributaires.2 Et sa puissance et son empire, et le haut point de grandeur auquel il avait élevé Mardochée, sont écrits dans les livres des Mèdes et des Perses,3 et comment Mardochée, Juif de nation, devint le second après le roi Assuérus, et comment il fut grand parmi les Juifs, et aimé généralement de ses frères, cherchant le bien de sa nation et ne parlant que pour procurer la paix de son peuple.
 
4 Alors Mardochée dit : C’est Dieu qui a fait ces choses.5 Je me souviens d’un songe que j’avais vu, qui signifiait toutes ces choses, dont rien n’est resté sans accomplissement.6 La petite fontaine qui s’accrut et devint un fleuve, et qui se changea en lumière et en soleil, et se répandit en eaux abondantes, c’est Esther, que le roi épousa, et qu’il voulut faire reine.7 Et les deux dragons, c’est moi et Aman.8 Les peuples qui s’assemblèrent, ce sont ceux qui ont tâché d’exterminer le nom des Juifs.9 Israël est mon peuple, qui cria au Seigneur, et le Seigneur sauva Son peuple, et Il nous délivra de tous nos maux, et Il fit des miracles et de grands prodiges parmi les nations ;10 et Il ordonna qu’il y eût deux sorts, l’un du peuple de Dieu, et l’autre de toutes les nations.11 Et ce double sort vint au jour marqué dès ce temps-là devant Dieu pour toutes les nations.12 Et le Seigneur Se ressouvint de Son peuple, et Il eut compassion de Son héritage.13 Et ces jours seront célébrés au mois d’adar, le quatorzième et le quinzième jour de ce même mois, avec zèle et avec joie, par le peuple réuni en assemblée, dans toutes les générations futures du peuple d’Israël.

Chapitre 11

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Chap. : 
1 La quatrième année du règne de Ptolémée et de Cléopâtre, Dosithée, qui se disait prêtre et de la race de Lévi, et Ptolémée, son fils, apportèrent cette lettre des Phurim, qu’ils disaient avoir été traduite à Jérusalem par Lysimaque, fils de Ptolémée.
 
2 La seconde année du règne du très grand Artaxerxès, le premier jour du mois de nisan, Mardochée, fils de Jaïr, fils de Séméi, fils de Cis, de la tribu de Benjamin, eut un songe.3 C’était un Juif qui demeurait dans la ville de Suse, homme puissant et des premiers de la cour du roi.4 Il était du nombre des captifs que Nabuchodonosor, roi de Babylone, avait transportés de Jérusalem avec Jéchonias, roi de Juda.
 
5 Et voici le songe qu’il eut. Il apparut des voix, et du tumulte, et des tonnerres, et des tremblements de terre, et des troubles sur la terre.6 Et voici deux grands dragons, prêts à combattre l’un contre l’autre.7 A leur cri, toutes les nations se soulevèrent pour combattre contre la nation des justes.8 Et ce jour fut un jour de ténèbres et de périls, d’affliction et d’angoisses, et de grande épouvante sur la terre.9 Et la nation des justes fut troublée, redoutant ses malheurs, et se disposant à la mort.10 Et ils crièrent vers Dieu, et, au bruit de ces cris, une petite fontaine devint un grand fleuve, et répandit une grande abondance d’eaux.11 La lumière et le soleil parurent, et ceux qui étaient humiliés furent élevés, et ils dévorèrent ceux qui étaient dans l’éclat.
 
12 Mardochée ayant eu cette vision, et s’étant levé de son lit, pensait en lui-même ce que Dieu voulait faire ; et elle lui demeura gravée dans son esprit, et il désirait savoir ce que ce songe signifiait.

Chapitre 12

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Chap. : 
1 Or, en ce temps-là, Mardochée était à la cour du roi avec Bagatha et Thara, eunuques du roi, qui étaient les gardes de la porte du palais.2 Et ayant compris leurs pensées, et reconnu par une exacte recherche ce qu’ils machinaient, il découvrit qu’ils avaient entrepris de porter la main sur le roi Artaxerxès, et il en donna avis au roi.3 Celui-ci, les ayant fait interroger tous deux, après qu’ils eurent confessé leur crime, les fit mener au supplice.4 Or le roi fit écrire dans les annales ce qui s’était passé, et Mardochée le mit aussi par écrit pour en conserver le souvenir.5 Et le roi lui ordonna de demeurer dans son palais, et il lui fit des présents pour sa dénonciation.6 Mais Aman, fils d’Amadathi, Bugée, avait été élevé par le roi à une grande gloire, et il voulut perdre Mardochée et son peuple, à cause des deux eunuques du roi qui avaient été mis à mort. Or voici la teneur de la lettre.

Chapitre 13

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Chap. : 
1 Le grand roi Artaxerxès, qui règne depuis les Indes jusqu’en Éthiopie, aux princes et aux gouverneurs des cent vingt-sept provinces qui sont soumises à son empire, salut.
 
2 Quoique je commandasse à tant de nations, et que j’eusse soumis tout l’univers à mon empire, je n’ai pas voulu abuser de la grandeur de ma puissance, mais j’ai gouverné mes sujets avec clémence et avec bonté, afin que, passant leur vie doucement et sans aucune crainte, ils jouissent de la paix qui est désirée de tous les hommes.3 Et ayant demandé à mes conseillers de quelle manière je pourrais accomplir ce dessein, l’un d’eux, nommé Aman, élevé par sa sagesse et sa fidélité au-dessus des autres, et le second après le roi,4 m’a informé qu’il y a un peuple dispersé dans toute la terre, qui suit de nouvelles lois, et qui, s’opposant aux coutumes des autres nations, méprise les commandements du roi, et trouble par la contrariété de ses sentiments la concorde de tous les peuples.5 Ce qu’ayant appris, et voyant qu’une seule nation se révolte contre tout le genre humain, suit des lois perverses, désobéit à nos ordonnances, et trouble la paix et la concorde des provinces qui nous sont soumises,6 nous avons ordonné que tous ceux qu’Aman, qui commande à toutes les provinces, qui est le second après le roi, et que nous honorons comme un père, aura désignés, soient tués par leurs ennemis, avec leurs femmes et leurs enfants, le quatorzième jour d’adar, douzième mois de cette année, sans que personne en ait compassion ;7 afin que ces scélérats, descendant tous aux enfers en un même jour, rendent à notre empire la paix qu’ils avaient troublée.
 
8 Or Mardochée pria le Seigneur, se souvenant de toutes Ses œuvres,9 et il dit : Seigneur, Seigneur, roi tout-puissant, toutes choses sont soumises à Votre pouvoir, et nul ne peut résister à Votre volonté, si Vous avez résolu de sauver Israël.
 
10 Vous avez fait le ciel et la terre, et tout ce qui est contenu dans l’enceinte du ciel.11 Vous êtes le Seigneur de toutes choses, et nul ne peut résister à Votre majesté.12 Vous connaissez tout, et Vous savez que si je n’ai point adoré le superbe Aman, ce n’a été ni par orgueil, ni par mépris, ni par quelque désir de gloire ;13 car volontiers, pour le salut d’Israël, j’aurais été disposé à baiser les traces mêmes de ses pieds.14 Mais j’ai craint de transférer à un homme l’honneur de mon Dieu, et d’adorer quelqu’un en dehors de mon Dieu.15 Maintenant donc, Seigneur roi, Dieu d’Abraham, ayez pitié de Votre peuple, parce que nos ennemis veulent nous perdre et détruire Votre héritage.16 Ne méprisez pas ce peuple qui est Votre partage, que Vous avez racheté de l’Égypte pour Vous.17 Exaucez ma prière, et soyez propice à une nation qui est Votre part et Votre héritage, et changez, Seigneur, notre deuil en joie, afin que pendant notre vie nous glorifiions Votre nom, et ne fermez pas la bouche de ceux qui Vous louent.
 
18 Tout Israël cria aussi au Seigneur, dans un même esprit et une même supplication, parce qu’une mort certaine les menaçait.

Chapitre 14

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Chap. : 
1 La reine Esther eut aussi recours au Seigneur, épouvantée du péril qui était proche ;2 et ayant quitté tous ses vêtements royaux, elle en prit de conformes à son affliction ; et elle se couvrit la tête de cendres et d’ordure, au lieu de parfums variés, et elle humilia son corps par les jeûnes ; et elle remplit de ses cheveux, qu’elle s’arrachait, tous les endroits où elle avait coutume de se réjouir auparavant.3 Et elle suppliait le Seigneur, le Dieu d’Israël, en disant : Mon Seigneur, qui êtes seul notre roi, assistez-moi dans l’abandon où je suis, puisque Vous êtes le seul qui puissiez me secourir.
 
4 Mon péril est présent et inévitable.5 J’ai appris de mon père, Seigneur, que Vous avez pris Israël d’entre toutes les nations, et nos pères d’entre tous leurs ancêtres qui les avaient devancés, pour les posséder comme un héritage éternel ; et Vous leur avez fait ce que Vous leur aviez promis.6 Nous avons péché devant Vous, et c’est pour cela que Vous nous avez livrés entre les mains de nos ennemis :7 car nous avons adoré leurs dieux. Vous êtes juste, Seigneur ;8 et maintenant ils ne se contentent pas de nous opprimer par une très dure servitude ; mais, attribuant la force de leurs mains à la puissance de leurs idoles,9 ils veulent renverser Vos promesses, détruire Votre héritage, fermer la bouche à ceux qui Vous louent, et éteindre la gloire de Votre temple et de Votre autel,10 pour ouvrir la bouche des nations, pour louer la puissance des idoles, et pour célébrer à jamais un roi de chair.11 Seigneur, ne livrez pas Votre sceptre à ceux qui ne sont rien, de peur qu’ils ne se rient de notre ruine : mais faites retomber sur eux leurs desseins, et perdez celui qui a commencé à sévir contre nous.12 Souvenez-Vous, Seigneur, et montrez-Vous à nous dans le temps de notre affliction ; et donnez-moi de la fermeté, Seigneur, roi des dieux et de toute puissance.13 Mettez dans ma bouche des paroles habiles en présence du lion, et portez son cœur à haïr notre ennemi, afin qu’il périsse lui-même, avec tous ceux qui conspirent avec lui.14 Pour nous, délivrez-nous par Votre main, et aidez-moi, Seigneur, Vous qui êtes mon unique secours, Vous qui connaissez toutes choses,15 et qui savez que je hais la gloire des impies, et que je déteste la couche des incirconcis et de tout étranger.16 Vous savez la nécessité où je me trouve, et que j’ai en abomination la marque superbe de ma gloire qui est sur ma tête aux jours de ma magnificence, et que je la déteste comme un linge souillé, et que je ne la porte point aux jours de mon silence ;17 et que je n’ai point mangé à la table d’Aman, ni pris plaisir au festin du roi ; que je n’ai pas bu le vin des libations,18 et que depuis l’instant où j’ai été amenée ici au palais jusqu’à ce jour, jamais Votre servante ne s’est réjouie qu’en Vous seul, Seigneur, Dieu d’Abraham.19 Dieu fort au-dessus de tous, exaucez la voix de ceux qui n’ont aucune autre espérance, sauvez-nous de la main des méchants, et délivrez-moi de ma crainte.

Chapitre 15

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Chap. : 
1 Et il lui manda (c’était évidemment Mardochée) d’entrer chez le roi, et de prier pour son peuple et pour sa patrie.
 
2 Souvenez-vous, lui dit-il des jours de votre abaissement, et comment vous avez été nourrie par mes mains ; car Aman, qui est le second après le roi, a parlé contre nous pour nous perdre.3 Et vous, invoquez le Seigneur ; parlez pour nous au roi, et délivrez-nous de la mort.
 
4 Le troisième jour, Esther quitta les habits de deuil dont elle s’était revêtue, et s’environna de sa gloire.5 Et lorsqu’elle brilla dans cette parure royale, ayant invoqué Dieu, qui est le guide et le sauveur de tous, elle prit deux de ses suivantes ;6 et elle s’appuyait sur l’une d’elles, comme ayant peine à soutenir son corps, à cause de sa délicatesse et de sa faiblesse extrême ;7 l’autre servante suivait sa maîtresse, portant ses vêtements qui traînaient par terre.8 Elle cependant, une couleur de rose répandue sur son visage, et les yeux pleins d’agréments et d’éclats, cachait la tristesse de son âme qui était toute contractée par une crainte violente.
 
9 Et ayant passé toutes les portes l’une après l’autre, elle se présenta devant le roi au lieu où il était assis sur son trône, couvert de ses vêtements royaux, tout brillant d’or et de pierres précieuses ; et il était terrible à voir.
Esther 15, 10 : Evanouissement d'Esther - Gravure de Gustave Doré
Esther 15, 10 : Evanouissement d'Esther - Gravure de Gustave Doré
10 Et lorsqu’il eut levé la tête, et que par ses yeux étincelants il eut manifesté la fureur de son cœur, la reine s’affaissa, et la couleur de son teint se changeant en pâleur, elle laissa tomber sa tête fatiguée sur sa jeune servante.11 Et Dieu changea le cœur du roi et l’adoucit. Et aussitôt, tremblant, il s’élança de son trône, et le soutenant entre ses bras jusqu’à ce qu’elle fût revenue à elle, il la caressait en lui disant :12 Qu’avez-vous, Esther ? Je suis votre frère, ne craignez point.13 Vous ne mourrez pas, car cette loi n’a pas été faite pour vous, mais pour tous les autres.14 Approchez-vous donc, et touchez mon sceptre.15 Et comme elle se taisait, il prit son sceptre d’or, et le lui posa sur le cou, et il la baisa et lui dit : Pourquoi ne me parlez-vous point ?16 Elle lui répondit : Seigneur, je vous ai vu comme un ange de Dieu, et mon cœur a été troublé par la crainte de votre gloire.17 Car, Seigneur, vous êtes admirable, et votre visage est plein de grâces.18 En disant ces paroles, elle retomba encore, et elle était sur le point de s’évanouir.19 Le roi en était tout troublé, et ses ministres la consolaient.

Chapitre 16

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Chap. : 
1 Le grand roi Artaxerxès, qui règne depuis les Indes jusqu’en Éthiopie, aux chefs et aux gouverneurs des cent vingt-sept provinces qui sont soumises à notre empire, salut.
 
2 Plusieurs ont abusé insolemment de la bonté des princes, et de l’honneur qu’ils en ont reçu ;3 et non seulement ils s’efforcent d’opprimer les sujets des rois, mais, ne pouvant supporter la gloire dont ils ont été comblés, ils tendent des pièges à ceux mêmes qui la leur ont accordée.4 Et ils ne se contentent pas de méconnaître les grâces qu’on leur a faites, et de violer eux-mêmes les droits de l’humanité ; mais ils s’imaginent aussi qu’ils pourront se soustraire à la justice de Dieu qui voit tout.5 Et leur présomption passe à un tel excès, que, s’élevant contre ceux qui s’acquittent avec soin de leurs fonctions, et se conduisent de telle sorte qu’ils méritent la louange de tous, ils tâchent de les perdre par les artifices de leurs mensonges,6 surprenant par leurs déguisements et par leur adresse la bonté des princes, qui jugent les autres d’après leur propre nature.7 Ceci est confirmé par les anciennes histoires, et on voit encore tous les jours combien les bonnes inclinations des rois sont souvent altérées par de faux rapports.8 C’est pourquoi nous devons pourvoir à la paix de toutes les provinces.9 Et, si nous ordonnons des choses différentes, vous ne devez pas croire que cela vienne de la légèreté de notre esprit ; mais plutôt que nous formulons nos ordonnances selon la diversité et la nécessité des temps, suivant que le demande le bien public.
 
10 Et pour vous faire connaître ceci plus clairement, nous avions auprès de nous l’étranger Aman, fils d’Amadathi, Macédonien d’inclination et d’origine, qui n’avait rien de commun avec le sang des Perses, et qui a voulu déshonorer notre clémence par sa cruauté ;11 et après que nous lui avions donné tant de marques de notre bienveillance, jusqu’à le faire appeler notre père et à le faire adorer de tous, comme le second après le roi,12 il s’est élevé à un tel excès d’insolence, qu’il a tâché de nous faire perdre la couronne et la vie.13 Car, par des machinations nouvelles et inouïes, il avait tenté de perdre Mardochée, grâce à la fidélité et aux bons services duquel nous vivons, et Esther, la compagne de notre royaume, avec tout leur peuple,14 pensant qu’après les avoir tués, il nous tendrait des embûches dans notre isolement, et ferait passer aux Macédoniens l’empire des Perses.15 Mais nous avons reconnu que les Juifs, qui étaient destinés à la mort par le plus méchant des hommes, n’étaient coupables d’aucune faute ; mais qu’au contraire ils se conduisent par des lois justes,16 et qu’ils sont les enfants du Dieu très haut, très puissant et éternel, par la grâce duquel ce royaume a été donné à nos pères et à nous-mêmes, et se conserve encore aujourd’hui.
 
17 C’est pourquoi sachez que les lettres qu’il vous avait envoyées en notre nom sont nulles.18 A cause de ce crime dont il a été l’instigateur, il a été pendu avec tous ses proches, devant la porte de cette ville, c’est-à-dire de Suse, Dieu Lui-même, et non pas nous, l’ayant traité comme il l’a mérité.19 Que cet édit, que nous vous envoyons maintenant, soit affiché dans toutes les villes, afin qu’il soit permis aux Juifs de garder leurs lois.20 Et vous devrez leur prêter secours, afin qu’ils puissent tuer ceux qui se préparaient à les perdre le treizième jour du douzième mois, appelé adar.21 Car le Dieu tout-puissant a changé pour eux ce jour de tristesse et de deuil en un jour de joie.22 C’est pourquoi mettez aussi ce jour au rang des jours de fêtes, et célébrez-le avec toute sorte de réjouissances, afin que l’on sache à l’avenir23 que tous ceux qui obéissent fidèlement aux Perses reçoivent une récompense digne de leur fidélité, mais que ceux qui conspirent contre le royaume périssent pour leurs crimes.
 
24 Et que toute province et toute ville qui refuserait de prendre part à cette solennité périsse par le glaive et par le feu, et qu’elle soit tellement détruite, qu’elle demeure inaccessible à jamais, non seulement aux hommes, mais aux bêtes même, comme un exemple de désobéissance et de mépris.

Bible Fillion


La Sainte Bible commentée d’après la Vulgate (Clémentine) et les textes originaux à l’usage des séminaires et du clergé par l'abbé Louis-Claude Fillion, prêtre de Saint-Sulpice, professeur d’Ecriture Sainte à l’Institut Catholique de Paris, membre de la Commission Biblique Pontificale. Imprimatur : Lugduni, 20 février 1888 † JOSEPH, Arch. Lugd. Edition de 1920 de la librairie Letouzey et Ané - 87, boul. Raspail - rue de vaugirard - Paris. Pour en savoir plus, nous vous invitons à lire notre page de présentation des différentes versions de la Bible expliquant notre choix.