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Isaïe - Introduction
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Isaïe - Introduction

Isaïe, en hébreu, Yescha’yahu (Jéhova sauve), était fils d’Amos, et d’après une tradition rabbinique, neveu, par son père, du roi Amasias. Il était originaire de Juda et habitait Jérusalem. Il passa sa vie dans la capitale, au centre même de la vie politique et religieuse de Juda, et non dans un village perdu, comme son contemporain Michée, ni errant çà et là, dans toute la Palestine, comme Elie et Elisée, ou prenant soin de ses troupeaux, comme Amos, le berger de Thécué. C’est le premier prophète vivant dans la cité sainte, dont les écrits nous soient restés. Il prophétisa sous les rois Ozias, Joathan, Achaz et Ezéchias. Sa première vision eut lieu l’année de la mort d’Ozias (758) ; la dernière prophétie de lui, dont nous connaissions la date, est de la quatorzième année d’Ezéchias (712), voir Isaïe, chapitres 36 à 39. On croit qu’il vécut jusque sous le règne de Manassé, qui le fit mourir par le supplice de la scie. Outre ses prophéties, il avait écrit les Annales du roi Ozias, aujourd’hui perdues.
Pendant les seize ans du règne de Joathan (758-742), Isaïe parut rarement sur la scène ; aucune prophétie n’est datée de cette époque ; sous Achaz (742-727), il intervint dans une circonstance importante, au moment où Rasin, roi de Syrie, et Phacée, roi d’Israël, menaçaient Jérusalem ; il contribua sans doute efficacement à faire échouer le projet des ennemis ; ce fut surtout du temps d’Ezéchias (727-698) qu’il exerça avec le plus de succès et d’éclat son ministère prophétique. On a soutenu, mais sans preuve, qu’il avait élevé ce saint roi, comme Nathan avait élevé Salomon. Ce qui est certain, c’est qu’il fut son ami et son conseiller. Il ranima son courage pendant une grave maladie, et il releva sa confiance en Dieu, ainsi que celle de son peuple, au moment de l’invasion de Sennachérib. Il sut aussi faire entendre au fils d’Achaz des paroles sévères de la part de Dieu, lorsque ce prince, cédant à un mouvement de vaine complaisance, étala ses trésors aux ambassadeurs du roi de Babylone. A partir de ces grands événements, nous ne voyons plus apparaître Isaïe sur la scène politique. La tradition plaçait son tombeau à Panéas, dans le pays de Basan ; c’est de là que ses reliques furent transportées à Constantinople, en 442, sous le règne de l’empereur Théodose II.
Isaïe occupe dans la Bible la première place parmi les prophètes. Ce rang d’honneur lui appartient, non par droit d’ancienneté, ― Joël, Jonas, Amos, Osée, ont vécu avant lui, ― mais par droit de mérite, comme au plus grand de tous, par l’étendue et l’importance de ses révélations, aussi bien que par l’éclat incomparable de son style. Aucun autre prophète n’a embrassé un aussi vaste horizon ni touché à tant de sujets ; aucun autre n’a vu avec autant de clarté et de précision autour de lui et dans le lointain des âges. Il est le grand prophète, comme saint Paul est le grand apôtre. Placé à égale distance, dans le temps, de Moïse et de Jésus-Christ, vivant à une des époques les plus critiques de l’histoire du peuple de Dieu, au moment où la race de Jacob était menacée d’être écrasée entre les deux puissances rivales qui se disputaient alors l’empire du monde, l’Egypte et l’Assyrie, il fut le continuateur de l’œuvre de Moïse, la force et le soutien de son roi et de ses frères, comme le boulevard de leur nationalité. C’est le témoignage que lui rend le Saint-Esprit lui-même dans l’Ecclésiastique. Il prépara en outre, plus qu’aucun autre prophète, l’avènement du Messie. Il a décrit d’une manière si exacte les principales circonstances de la vie de Notre-Seigneur, que saint Jérôme a dit de lui avec raison qu’on devrait l’appeler plutôt un évangéliste qu’un prophète.
Le style d’Isaïe est digne de ses prophéties. « Jamais peut-être aucun homme n’a parlé un plus beau langage », a dit Seinecke. Comme tous les génies, il unit la grandeur à la simplicité : rien de plus sublime et en même temps rien de plus naturel, de plus clair et de plus limpide. Son éloquence est pleine de mouvement et de poésie, sans aucun trait forcé ou exagéré ; elle coule à pleins bords, calme et majestueuse, comme un large fleuve, mais sans sortir de ses rives. Isaïe n’a pas des élans de passion comme Joël et Nahum, ses transports ne sont pas impétueux et saccadés comme ceux d’Osée ou d’Amos, et il produit néanmoins une impression plus profonde, parce qu’il sait varier son langage à l’infini et prendre toujours le ton qui convient à son sujet ; tour à tour tendre et sévère ; persuasif et irrésistible, comme une mère, dans ses exhortations ; foudroyant et terrible, comme un juge dans ses menaces.
Son style est coulant, rapide, vif, énergique, coloré. Ses transitions, comme en général chez les Orientaux, ne sont pas ménagées ; elles entraveraient sa marche ; il va droit à son but, et les énumérations sont chez lui fort rares. Ce qui le caractérise, c’est la noblesse, l’éclat, la sublimité, mais il réunit à lui seul les diverses qualités que les autres se partagent. David est un poète lyrique dans les Psaumes, Jérémie un poète élégiaque dans ses Lamentations, Ezéchiel un poète descriptif dans ses grandes visions ; Isaïe est tout à la fois un poète lyrique, élégiaque et descriptif. Il excelle dans tous les genres, et quoiqu’on ne puisse l’apprécier comme il le mérite que dans l’original, ses beautés sont telles qu’elles sont encore visibles et saisissantes jusqu’à travers nos traductions décolorées en langues occidentales. Quel tableau plus achevé que celui de la vision du chapitre 6 : « En l’année à laquelle est mort le roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône haut et élevé, et ce qui était sous lui remplissait le temple. Des Séraphins étaient au-dessus du trône ; l’un avait six ailes et l’autre six ailes ; avec deux ils voilaient leur face, et avec deux ils voilaient les pieds, et avec deux ils volaient. Et ils se criaient l’un à l’autre : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées, toute la terre est pleine de sa gloire. Et les linteaux des gonds furent ébranlés par la voix des anges qui criaient, et la maison fut remplie de fumée. » Le prophète inspiré de Dieu a fait, en quelques coups de pinceau, un chef-d’œuvre où rien ne manque.
Aucun poète élégiaque n’a trouvé de traits plus touchants qu’Isaïe, dépeignant dans le chapitre 5 l’ingratitude d’Israël envers son Dieu :
Habitants de Jérusalem, hommes de Juda,
Jugez vous-mêmes entre moi et ma vigne.
Qu’ai-je pu faire à ma vigne que je n’aie pas fait ? etc.
L’Ecclésiaste lui-même n’a pas trouvé de termes plus expressifs et d’une mélancolie plus touchante pour décrire la vanité de la vie :
Une voix me dit : Crie.
Et j’ai répondu : Que crierai-je ?
― Toute chair est de l’herbe
Et sa beauté est comme la fleur des champs.
L’herbe sèche, la fleur tombe,
Quand souffle le vent du Seigneur.
Oui, ce peuple n’est que de l’herbe,
L’herbe sèche, la fleur tombe,
Mais la parole de notre Dieu subsiste à jamais.
Toute la seconde partie, du chapitre 40 au chapitre 66, est pleine d’un lyrisme divin. Jamais l’enthousiasme ne s’est élevé plus haut ; Isaïe fait entendre des accents jusque-là inconnus, il exprime ses idées avec un éclat incomparable ; il a des élans superbes ; la richesse de son imagination est inépuisable ; sa palette est chargée des couleurs les plus vives, mais dans ses tableaux, tout est bien fondu, rien ne heurte et ne choque.
Lève-toi, illumine-toi (Jérusalem), ta lumière s’avance
Et la gloire du Seigneur se lève sur toi.
Les ténèbres couvrent la terre, et l’obscurité, les nations,
Mais le Seigneur paraît et sa gloire t’illumine…
Lève les yeux, regarde de tous côtés :
(Les peuples) s’assemblent, ils viennent à toi…
Les dromadaires de Madian et d’Epha,
Ceux de Saba accourent ;
Ils apportent l’or et l’encens, etc. Voir Isaïe, 60, 1-6.
Le livre d’Isaïe est une collection de prophéties faites en différents temps et dans des circonstances diverses. Il ne forme donc pas un tout suivi, une composition rigoureusement enchaînée, comme le livre de Job, par exemple ; c’est un recueil, non une œuvre d’un seul jet. Il y a cependant un ordre et un plan dans ce recueil.
On distingue deux parties bien marquées dans Isaïe. La première embrasse les trente-neuf premiers chapitres ; elle comprend des oracles composés à des époques diverses et sur des sujets variés, sous les règnes d’Ozias, de Joathan, d’Achaz et d’Ezéchias. La seconde est contenue dans les chapitres 40 à 66 ; elle s’occupe, d’une manière suivie, de l’avènement du Rédempteur d’Israël, elle forme un ensemble complet et coordonné et se rattache étroitement à la première. La première elle-même, quoiqu’elle renferme des morceaux d’époques différentes, ne manque pas d’ordre et d’enchaînement. Les prophéties qu’elle nous a conservées sont classées chronologiquement, non pas toutefois d’une manière rigoureuse et absolue, parce que le prophète a aussi tenu compte de la nature des sujets dans la classification qu’il a adoptée.
La lecture des prophéties d’Isaïe est une de celles qui ont toujours été le plus recommandées dans l’Eglise, parce qu’elle est très propre à instruire et à édifier en développant dans les cœurs les sentiments de la foi et de la piété. Quand Saint Augustin, au moment de sa conversion, demanda à Saint Ambroise quel livre il devait lire : Isaïe, lui répondit-il.
On peut y puiser un grand nombre d’instructions ; nous allons en indiquer seulement quelques-unes.
Toutes les exhortations, tous les conseils d’Isaïe n’ont qu’un but, c’est de faire servir Dieu avec fidélité. Celui qui ne se confie pas en Dieu, mais dans les idoles, celui, pouvons-nous dire, qui viole la loi de Dieu pour satisfaire ses passions, sera un jour confondu. Dieu seul est digne de nos hommages. ― Le culte que Dieu demande est le culte intérieur et non pas seulement l’extérieur. Isaïe, après avoir entendu les Séraphins chanter dans le ciel le trisagion, nous recommande d’honorer la sainteté de Dieu. Nous devons mettre notre confiance en Dieu, dans nos nécessités corporelles aussi bien que dans nos nécessités spirituelles.
Le livre d’Isaïe est plein d’enseignements moraux. A cause de l’état de dépravation dans lequel les rois idolâtres avaient fait tomber le peuple, voir Isaïe, 1, 5-6, il condamne le vice plus souvent qu’il ne recommande la vertu, mais la censure qu’il inflige au mal est l’éloge du bien. Il prêche souvent la conversion aux pécheurs, il leur reproche leur ingratitude envers Dieu, le peu de profit qu’ils retirent des avertissements qu’il leur fait donner par ses prophètes, leur luxe effréné, leurs injustices, leur avarice et leur cupidité, leur intempérance, leur orgueil et leur présomption. Il est facile à chacun, en lisant Isaïe, de recueillir et de coordonner une multitude de passages semblables, également utiles pour l’édification personnelle et pour l’instruction des autres.
Nous devons d’ailleurs chercher toujours dans ce prophète, même dans les parties historiques et dans les oracles contre les nations étrangères, Jésus-Christ, son Eglise et leur triomphe sur leurs ennemis.

Bible Glaire & Vigouroux


Traduction de la Sainte Bible d'après la Vulgate (Clémentine) par l'abbé Jean-Baptiste Glaire éditée une première fois de 1871 à 1873, puis complétée par des introductions, des commentaires, des notes et des appendices rédigés par l'abbé Fulcran Vigouroux dans une troisième édition en 1890. L'édition reprise par Recatho est celle de 1905 des éditeurs A. et R. Roger, et F. Chernoviz téléchargeable également au format PDF ici. Recatho est le seul site web à offrir une version HTML de la Bible Glaire & Vigouroux. Pour en savoir plus, nous vous invitons à lire notre page de présentation des différentes versions de la Bible expliquant notre choix.