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Livre des Juges
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Livre des Juges

Notes d'introduction et appendices :

Chapitre 1

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Chap. : 
La tribu de Juda est nommée pour marcher à la tête des autres tribus.
Défaite d’Adonibézec.
Prise de Jérusalem.
Plusieurs tribus épargnent les Chananéens.
1 Après la mort de Josué, les enfants d'Israël consultèrent le Seigneur, disant : Qui montera devant nous contre le Chananéen, et sera le chef de la guerre?2 Et le Seigneur répondit : Juda montera; voilà que j'ai livré la terre en ses mains.
Note Juges 1,2 : Juda, etc. La tribu de Juda donnera l’exemple aux autres. Elle était la plus nombreuse et la plus vaillante (voir Genèse, 49, 8). ― La terre des Chananéens.
3 Alors Juda dit à Siméon, son frère : Monte avec moi dans mon lot; et combats contre le Chananéen, afin que moi-même j'aille dans ton lot. Et Siméon alla avec lui.
Note Juges 1,3 : Les deux tribus de Juda et de Siméon étaient voisines ; leurs lots étaient en quelque sorte les mêmes.
 
4 Et Juda monta, et le Seigneur livra le Chananéen et le Phérézéen en leurs mains, et ils battirent à Bézec dix mille hommes.
Note Juges 1,4 : Bézec, ville chananéenne, capitale d’Adonibézec, devint aussi ville de Juda.
5 Ils trouvèrent ensuite Adonibézec à Bézec ; ils combattirent contre lui, et défirent le Chananéen et le Phérézéen.6 Or, Adonibézec s'enfuit; l'ayant poursuivi, ils le prirent et coupèrent les extrémités de ses mains et de ses pieds.
Note Juges 1,6 : Et coupèrent, etc. Ce genre de supplice était usité chez les anciens ; il avait pour but de mettre les prisonniers hors d’état de porter les armes.
7 Et Adonibézec dit : Soixante-dix rois, les extrémités de leurs mains et de leurs pieds ayant été coupées, ramassaient sous ma table les restes des aliments : comme j'ai fait, ainsi Dieu m'a rétribué. Et ils l'emmenèrent à Jérusalem, et il y mourut.
 
8 Or, les enfants de Juda ayant attaqué Jérusalem, la prirent et la frappèrent du tranchant du glaive, livrant aux flammes toute la ville.
 
9 Et ensuite descendant, ils combattirent contre le Chananéen, qui habitait dans les montagnes, et vers le midi, et dans les plaines.
Note Juges 1,9 : Dans les plaines des Philistins, la Séphéla.
10 Et Juda, marchant contre le Chananéen, qui habitait à Hébron (dont le nom fut anciennement Cariath-Arbé), battit Sésaï, Ahiman et Tholmaï.
Note Juges 1,10 : Voir Josué, 15, 14. ― Hébron. Voir Genèse, 13, 18.
11 Puis, parti de là, il alla vers les habitants de Dabir, dont l'ancien nom était Cariath-Sépher, c'est-à-dire Ville des lettres.
Note Juges 1,11-12 : Cariath-Sépher ou Dabir, dans le Négeb, au sud d’Hébron, probablement la Dhâherîyéh d’aujourd’hui, sur une éminence au nord de laquelle est une vallée où l’on remarque plusieurs sources jaillissant les unes sur le flanc de la colline, les autres dans le fond du ravin.
12 Alors Caleb dit : Celui qui attaquera Cariath-Sépher, et la ravagera, je lui donnerai ma fille Axa pour femme.13 Or, comme Othoniel, fils de Cénez, et frère puîné de Caleb, la prit, il lui donna Axa, sa fille, pour femme.14 Axa étant en chemin, son mari l'avertit de demander à son père le champ. Et comme elle soupirait, pendant qu'elle était montée sur l'âne, Caleb lui dit : Qu'as-tu?
Note Juges 1,14 : Le champ. L’article déterminatif qu’on lit dans le texte hébreu suppose un champ particulier, bien connu, ou un champ dont on a déjà parlé. Dans la première supposition, ce serait probablement le champ attenant à la terre aride qu’Axa avait reçu de son beau-père ; et dans la seconde, l’auteur sacré ne ferait que rappeler le champ déjà mentionné au livre de Josué (15, 18) ; et par conséquent ce fait ne se trouverait rapporté ici que par récapitulation.
15 Et elle répondit : Accorde-moi une grâce ; puisque c'est une terre aride que tu m'as donnée, donne-m'en aussi une arrosée par des eaux. Caleb donc lui en donna une arrosée par le haut et arrosée par le bas,
 
16 Or, les enfants d'un Cinéen, parent de Moïse, montèrent de la Ville des palmes, avec les enfants de Juda, au désert de leur lot, lequel est vers le midi d'Arad, et habitèrent avec eux.
Note Juges 1,16 : Au désert de leur lot ; au désert qui était échu en partage aux, enfants, à la tribu de Juda. ― Avec eux, littéralement avec lui ; c’est-à-dire Juda, considéré comme tribu, ou selon que porte l’hébreu, comme peuple. ― La ville des Palmes, Jéricho. ― Arad. Voir Nombres, note 21.1. ― Cinéen. Voir Genèse, 15, 19.
 
17 Cependant Juda s'en alla avec Siméon, son frère; ils attaquèrent ensemble le Chananéen qui habitait à Séphaath, et ils le tuèrent. Et la ville fut appelée du nom d'Horma, c'est-à-dire anathème.
Note Juges 1,17 : A Séphaath, aujourd’hui Sebaita. On y voit des ruines assez considérables, entre autres celles de trois églises et d’une tour. Il y avait deux réservoirs d’eau.
18 Juda prit aussi Gaza avec ses confins, Ascalon et Accaron avec leurs frontières.
Note Juges 1,18 : Gaza, Ascalon, Accaron, trois des cinq grandes villes des Philistins, dans la plaine de la Séphéla. La conquête de Juda ne fut pas durable.
19 Et le Seigneur fut avec Juda, et Juda posséda les montagnes ; mais il ne put détruire les habitants de la vallée, parce qu'ils avaient une grande quantité de chars armés de faux.
Note Juges 1,19 : Chars armés de faux. Voir Josué, 11, 4.
20 Et ils donnèrent, comme Moïse avait dit, Hébron à Caleb, qui en extermina les trois fils d'Enac.
Note Juges 1,20 : Voir Nombres, 14, 24 ; Josué, 15, 14.
 
21 Mais les enfants de Benjamin ne détruisirent pas le Jébuséen, habitant de Jérusalem; ainsi, le Jébuséen a habité avec les enfants de Benjamin à Jérusalem, jusqu'au présent jour.
 
22 La maison de Joseph aussi monta vers Béthel ; et le Seigneur fut avec eux.
Note Juges 1,22 : Béthel. Voir Genèse, 12, 8.
23 Car, comme ils assiégeaient la ville, qui auparavant était appelée Luza,24 Ils virent un homme sortant de la cité, et ils lui dirent : Montre-nous l'entrée de la ville, et nous te ferons miséricorde.25 Lorsque cet homme la leur eut montrée, ils frappèrent la ville du tranchant du glaive; mais cet homme et toute sa parenté, ils les renvoyèrent.26 Cet homme renvoyé, s'en alla dans la terre d'Hetthim, et il bâtit là une ville et l'appela Luza, laquelle est ainsi appelée jusqu'au présent jour.
Note Juges 1,26 : Hetthim, les Héthéens, alors maîtres de la Syrie.
 
27 Manassé aussi ne détruisit pas Bethsan et Thanac avec leurs bourgades, ni les habitants de Dor, ni Jéblaam, ni Mageddo avec ses bourgades; et le Chananéen commença à habiter avec eux.
Note Juges 1,27 : Bethsan, non loin du Jourdain, à l’est du mont Gelboé. ― Thanac, au sud de Mageddo. ― Jéblaam, dans le voisinage d’Engannim, au sud de cette ville. ― Mageddo, dans la plaine d’Esdrelon.
28 Mais lorsqu'Israël se fut fortifié, il les rendit tributaires, et il ne voulut pas les détruire.
 
29 Ephraïm de même ne tua pas le Chananéen, qui habitait à Gazer, mais le Chananéen habita avec lui.
Note Juges 1,29 : Le Chananéen. Ce mot est répété dans l’hébreu ; il détruit ainsi l’amphibologie qui se trouve dans la Vulgate. ― Avec lui ; c’est-à-dire avec Ephraïm. Voir note précédente. ― Gazer, à l’ouest de Béthoron, au nord-est d’Accaron.
 
30 Zabulon ne détruisit pas les habitants de Cétron et de Naalol; mais le Chananéen habita au milieu de lui et lui devint tributaire.
 
31 Azer aussi ne détruisit pas les habitants d'Accho et de Sidon, ni Ahalab, ni Achazib, ni Helba, ni Aphec, ni Rohob;
Note Juges 1,31 : Accho, appelée aussi Acre, saint Jean d’Acre et Ptolémaïde, ville phénicienne et port de mer sur la Méditerranée, près du mont Carmel, à l’embouchure du Bélus, au sud de Tyr. ― Sidon, première capitale de la Phénicie, sur la Méditerranée, au nord de Tyr. ― Ahalab, ville inconnue, mentionnée seulement ici. ― Achazib, Ecdippe, au nord d’Accho, sur la Méditerranée. ― Helba, non retrouvée. ― Aphec, Rohob, site inconnus.
32 Mais il habita au milieu du Chananéen, habitant de cette terre, et il ne le tua pas.
 
33 Nephthali aussi ne détruisit pas les habitants de Bethsamès, et de Béthanath ; mais il habita parmi le Chananéen habitant de cette terre; et les Bethsamites, et les Béthanites lui furent tributaires.
Note Juges 1,33 : Bethsamès. Voir Josué, 21, 16. ― Béthanath, inconnue.
 
34 L'Amorrhéen resserra les enfants de Dan sur la montagne, et il ne leur donna pas lieu de s'étendre dans la plaine ;35 Et il habita sur la montagne d'Harès, que l'on interprète montagne de têts, dans Aïalon et Salébim. Et la puissance de la maison de Joseph s'accrut, et l'Amorrhéen lui devint tributaire.
Note Juges 1,35 : La puissance ; littéralement la main. Le mot hébreu réunit ces deux significations. ― Aïalon. Voir Josué, 10, 11.
36 Or, la frontière de l'Amorrhéen fut depuis la montée du Scorpion, le rocher et les lieux plus élevés.
Note Juges 1,36 : Le rocher, ou la pierre, désigne probablement Pétra, la capitale de l’Arabie Pétrée.

Chapitre 2

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Chap. : 
Un envoyé de Dieu reprend les Israélites d’avoir épargné les Chananéens.
Infidélité des Israélites depuis la mort de Josué.
Juges 2, 1-7 : Un ange apparaît à l'armée de Josué - Gravure de Gustave Doré
Juges 2, 1-7 : Un ange apparaît à l'armée de Josué - Gravure de Gustave Doré
1 Or, l'ange du Seigneur monta de Galgala au lieu des pleurants, et dit : Je vous ai retirés de l'Egypte, je vous ai introduits dans la terre pour laquelle j'ai fait serment à vos pères, et j'ai promis que je ne rendrais jamais vaine mon alliance avec vous;
Note Juges 2,1 : Au lieu des pleurants ; au lieu qui fut appelé depuis Lieu de Pleurants (verset 4et 5). ― Galgala, à l’ouest du Jourdain, entre ce fleuve et la ville de Jéricho.
2 A condition seulement que vous ne feriez point d'alliance avec les habitants de cette terre; mais que vous renverseriez leurs autels; et vous n'avez pas voulu entendre ma voix; pourquoi avez-vous fait cela?3 C'est pourquoi je n'ai pas voulu les exterminer de votre face, afin que vous les ayez pour ennemis, et que leurs dieux vous soient en ruine.4 Lorsque l'ange du Seigneur disait ces paroles à tous les enfants d'Israël, ceux-ci élevèrent leur voix et pleurèrent,5 Et on appela ce lieu du nom de Lieu de pleurants, ou de larmes; et ils immolèrent là des victimes au Seigneur.
 
6 Josué renvoya donc le peuple, et les enfants d'Israël s'en allèrent, chacun en sa possession, pour l'occuper.
Note Juges 2,6 : Voir Josué, 24, 28.
7 Et ils servirent le Seigneur durant tous les jours de Josué et les anciens qui vécurent longtemps après lui, et qui avaient connu toutes les œuvres du Seigneur, qu'il avait faites en faveur d'Israël.8 Or, Josué, fils de Nun, serviteur du Seigneur, mourut âgé de cent dix ans;9 Et on l'ensevelit dans les bornes de sa possession à Thamnathsaré, sur la montagne d'Ephraïm, vers la partie septentrionale du mont Gaas.
Note Juges 2,9 : Thamnathsaré. Voir Josué, 19, 50.
 
10 Et toute cette génération fut réunie à ses pères ; et d'autres hommes s'élevèrent qui ne connaissaient point le Seigneur, ni les œuvres qu'il avait faites en faveur d'Israël.
 
11 Et les enfants d'Israël firent le mal en la présence du Seigneur, et ils servirent les Baalim.
Note Juges 2,11 : Baalim, pluriel hébraïque de Baal, c’est-à-dire maître, seigneur, désigne les idoles de ce faux dieu. ― Sur Baal et les Baalim, voir Juges, note 6.25. Le siège principal du culte de Baal était en Phénicie et à Tyr, mais il était adoré, avant la conquête de Josué, dans tout le pays de Chanaan.
12 Et ils abandonnèrent le Seigneur Dieu de leurs pères, qui les avait retirés de la terre d'Egypte, et ils servirent des dieux étrangers, et les dieux des peuples qui habitaient autour d'eux, et ils les adorèrent, et excitèrent le Seigneur à la colère,13 L'abandonnant et servant Baal et Astaroth.
Note Juges 2,13 : Astaroth. Voir Juges, note 3.7.
 
14 Et le Seigneur irrité contre les Israélites, les livra aux mains de pillards, qui les prirent et les vendirent aux ennemis qui habitaient tout autour; ainsi ils ne purent résister à leurs adversaires;15 Mais partout où ils auraient voulu aller, la main du Seigneur était sur eux, comme il a dit et leur a juré : et ils furent violemment affligés.
 
16 Et le Seigneur suscita des juges pour les délivrer des mains des dévastateurs; mais ils ne voulurent pas les écouter,17 Forniquant avec des dieux étrangers, et les adorant. Bientôt ils abandonnèrent la voie par laquelle avaient marché leurs pères; et entendant les commandements du Seigneur, ils firent tout le contraire.18 Et lorsque le Seigneur suscitait des juges, sa miséricorde fléchissait durant les jours de ces juges ; il écoutait les gémissements des affligés, et il les délivrait du carnage des dévastateurs.19 Mais après que le juge était mort, ils retombaient, et faisaient des choses bien pires que n'en avaient fait leurs pères, suivant des dieux étrangers, les servant et les adorant. Ils n'abandonnèrent point leurs inventions, ni la voie très rude par laquelle ils avaient accoutumé de marcher.
Note Juges 2,19 : Leurs inventions ; leurs égarements d’esprit et de cœur ; selon le texte hébreu, leurs actions mauvaises.
 
20 Aussi, la fureur du Seigneur fut irritée contre Israël, et il dit : Parce que cette nation a rendu vaine mon alliance, que j'avais faite avec ses pères, et qu'elle a dédaigné d'entendre ma voix,21 Eh bien, moi je ne détruirai point les nations que. Josué a laissées, lorsqu'il est mort,22 Afin que par elles j'éprouve Israël, en voyant s'ils gardent la voie du Seigneur, comme l'ont gardée leurs pères, et s'ils y marchent, ou non.
 
23 Le Seigneur laissa donc toutes ces nations, et ne voulut point les détruire aussitôt, c'est pourquoi il ne les livra pas aux mains de Josué.

Chapitre 3

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Chap. : 
Servitude des Israélites sous Chusan ; Othoniel est leur libérateur.
Servitude sous Eglon ; Aod les en délivre.
Samgar, troisième juge d’Israël.
1 Voici les nations que le Seigneur laissa, pour instruire par elles Israël et tous ceux qui ne connaissaient pas les guerres des Chananéens;2 Afin que dans la suite leurs enfants apprissent à combattre contre les ennemis, et qu'ils s'accoutumassent à livrer bataille :3 Les cinq satrapes des Philistins, tous les Chananéens, les Sidoniens et les Hévéens qui habitaient sur la mont Liban, depuis la montagne de Baal-Hermon jusqu'à l'entrée d'Emath.
Note Juges 3,3 : Les cinq satrapes, etc. Ces mots se rapportant à : Voici les nations, etc., 1er du verset dont ils sont l’explicatif ; mais ils sont à l’accusatif, parce qu’on peut les considérer aussi comme complément du verbe, qui les précède immédiatement, livrer bataille, ou abandonner (verset 1). ― Baal-Hermon. Voir Josué, 11, 17. Emath. Voir 2 Rois, 7, 9.
4 Or, il les laissa, afin que par eux il éprouvât Israël, en voyant s'il écouterait les commandements du Seigneur, qu'il avait donnés à leurs pères par l'entremise de Moïse, ou non.5 C'est pourquoi les enfants d'Israël habitèrent au milieu du Chananéen, de l'Héthéen, de l'Amorrhéen, du Phérézéen, de l'Hévéen et du Jébuséen ;6 Ils prirent pour femmes, leurs filles, et ils donnèrent eux-mêmes leurs propres filles à leurs fils, et ils servirent leurs dieux.
 
7 Ainsi, ils firent le mal en la présence du Seigneur, et ils oublièrent leur Dieu, servant les Baalim et les Astaroth.
Note Juges 3,7 : Baalim. Voir Juges, 2, 11. ― Astaroth, pluriel féminin hébraïque, signifie les idoles de la divinité, qui dans le texte original se produit sous la forme aschtoreth, ou mieux haschthoreth, et dans la Vulgate sous celle d’Astharthé. L’hébreu lit ici aschéroth, qui veut dire bois sacré, parce qu’on l’adorait plus particulièrement dans les bois. ― Astoreth ou Astarté avait beaucoup de traits de ressemblance avec Vénus. Elle est souvent nommée dans le livre des Juges, en compagnie de Baal. Il y avait d’ailleurs plusieurs Astoreths ou Astartés, comme il y avait plusieurs Baals : chaque Baal avait son Astarté, la multiplication du dieu impliquant la multiplication de la déesse. De même que Baal était quelquefois le ciel, Astarté était aussi la terre fécondée par le ciel. Mais de nombreux indices montrent aussi qu’elle est souvent la lune, emblème de la beauté féminine, de même que le soleil, qui fait pousser les plantes et dessèche, est le symbole de la force et de la destruction ; elle est le principe passif et productif, la mère, comme Baal est le principe actif et générateur, le père. Une figurine en albâtre du Musée du Louvre représente Astarté portant un croissant d’or au-dessus de sa tête, mais on la représente le plus souvent sous la forme d’un pieu symbolique.
8 Or, irrité contre Israël, le Seigneur les livra aux mains de Chusan Rasathaïm, roi de Mésopotamie, et ils le servirent pendant huit ans.
Note Juges 3,8 : Chusan-Rasathaïm ne nous est connu que par ce passage du livre des Juges. ― Sur Amalec, voit Exode, 17, 8.
 
9 Et ils crièrent au Seigneur, qui leur suscita un sauveur qui les délivra, Othoniel, fils de Cénez, frère puîné de Caleb.
Note Juges 3,9 : Un sauveur qui les délivra ; ce qui semblerait donner à ce verbe le mot Seigneur pour sujet. Mais voir Josué, 24, 7.
10 Et l'esprit du Seigneur fut en lui, et il jugea Israël. Il s'en alla au combat, et le Seigneur livra en ses mains Chusan Rasathaïm, roi de Syrie, et il le subjugua.11 Et le pays se reposa durant quarante ans, et Othoniel, fils de Cénez, mourut.
 
12 Mais les enfants d'Israël recommencèrent à faire le mal en la présence du Seigneur, qui fortifia contre eux Eglon, roi de Moab, parce qu'ils firent le mal en sa présence.13 Et il joignit à lui les enfants d'Ammon et d'Amalec ; et il alla et battit Israël, et il se rendit maître de la ville des Palmes.
Note Juges 3,13 : La ville des Palmes, probablement Jéricho.
14 Et les enfants d'Israël servirent Eglon, roi de Moab, pendant dix-huit ans;
 
15 Et après cela ils crièrent au Seigneur, qui leur suscita un sauveur du nom d'Aod, fils de Géra, fils de Jémini, qui se servait des deux mains comme de la droite. Or, les enfants d'Israël envoyèrent par lui des présents à Eglon, roi de Moab.
Note Juges 3,15 : Aod… se servait des deux mains comme de la droite. Aod n’était pas le seul Israélite habitué à se servir également des deux mains dans le combat. Les Benjamites, à la tribu desquels appartenait Aod, étaient célèbres comme archers et comme frondeurs, comme également habiles à se servir de la main gauche et de la main droite, et capables de frapper un cheveu avec leur fronde, voir Juges, 20, 16 ; 1 Paralipomènes, 12, 2. Mucius Scævola, qui se rendit célèbre chez les Romains par un acte semblable à celui d’Aod, était aussi gaucher ; et c’est la signification même de son surnom de Scævola.
16 Aod se fit un glaive à deux tranchants, qui avait au milieu une garde de la longueur de la paume de la main, et il le ceignit sous son sayon, sur la cuisse droite.17 Et il offrit les présents à Eglon, roi de Moab. Or, Eglon était extrêmement gros.18 Lors donc qu'il lui eut offert les présents, il suivit ses compagnons qui étaient venus avec lui.19 Puis, revenu de Galgala, où étaient les idoles, il dit au roi : J'ai une parole secrète pour vous, ô roi. Et le roi commanda le silence, et tous ceux qui étaient autour de lui étant sortis,
Note Juges 3,19 : De Galgala. Voir Juges, 2, 1. ― Où étaient les idoles, c’est peut-être un nom de lieu, Pesilim. Au verset 26, nous lisons le lieu des idoles.
Note Juges 3,19-22 : Si on était obligé de justifier cette conduite d’Aod, on pourrait dire qu’il croyait, d’après les préjugés du temps, et le droit de la guerre, beaucoup plus rigoureux à cette époque reculée qu’il ne l’est aujourd’hui, qu’il lui était permis de recourir à un pareil stratagème. N’est-il pas possible d’ailleurs que Dieu ait suscité ce général pour sauver son peuple, sans lui inspirer ce meurtre ? ― Chez tous les peuples et dans tous les temps, on a admiré le sang-froid, l’audace, le courage et le dévouement qu’indiquent, dans leurs auteurs, des actes comme ceux d’Aod, quoique ces actes ne soient pas du tout point irrépréhensibles. Les Athéniens ont chanté les louanges d’Harmodius et d’Aristogiton, les Romains ont glorifié Mucius Scævola.
20 Aod s'approcha de lui : or, il était assis dans sa chambre d'été, seul; Aod lui dit donc : J'ai une parole de Dieu pour vous. Le roi aussitôt se leva de son trône.21 Et Aod étendit la main gauche, et prit le glaive de dessus sa cuisse droite, et l'enfonça dans son ventre,22 Si fortement, que la poignée suivit le fer dans la blessure, et s'y trouva très resserrée par la graisse extrêmement épaisse. Il ne retira donc point le glaive, mais il le laissa dans le corps, comme il était, lorsqu'il eut porté le coup : et aussitôt les excréments renfermés dans le ventre s'échappèrent par les conduits naturels.23 Or, Aod, ayant fermé avec le plus grand soin les portes de la chambre, et y ayant mis les verrous,24 Sortit par le derrière. Cependant les serviteurs du roi étant venus, virent les portes de la chambre fermées, et ils dirent : Peut-être satisfait-il à un besoin dans la chambre d'été.25 Et ayant attendu longtemps jusqu'à en être troublés, et voyant que personne n'ouvrait, ils prirent la clef; et ouvrant, ils trouvèrent leur maître étendu sur la terre, mort.26 Mais Aod, pendant que ceux-ci étaient dans le trouble, s'enfuit et traversa le lieu des idoles, d'où il était revenu. Il vint à Séirath ;
Note Juges 3,26 : Séirath, localité inconnue de la montagne d’Ephraïm.
27 Et aussitôt il sonna de la trompette sur la montagne d'Ephraïm, et les enfants d'Israël descendirent avec lui, marchant lui-même en tête.28 Il leur dit : Suivez-moi; car le Seigneur a livré nos ennemis, les Moabites, en nos mains. Et ils descendirent après lui, et ils occupèrent les gués du Jourdain, par lesquels on va à Moab ; et ils ne laissèrent passer personne.
Note Juges 3,28 : Personne ; c’est-à-dire aucun des Moabites. ― Il n’y avait pas de ponts sur le Jourdain ; on ne pouvait le passer qu’à gué.
29 Mais ils tuèrent en ce temps-là environ dix mille Moabites, tous hommes forts et vaillants; nul d'entre eux ne put échapper.30 Ainsi Moab fut humilié en ce jour-là sous la main d'Israël; et le pays se reposa durant quatre-vingts ans.
 
31 Après Aod il y eut Samgar, fils d'Anath, qui défit six cents hommes d'entre les Philistins avec un soc de charrue et lui aussi défendit Israël.
Note Juges 3,31 : D’entre les Philistins. Sur les Philistins, voir Juges, note 13.1.

Chapitre 4

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Chap. : 
Servitude sous Jabin.
Debbora et Barac défont Sisara, général des troupes de Jabin.
1 Et les enfants d'Israël recommencèrent à faire le mal en la présence du Seigneur après la mort d'Aod,2 Et le Seigneur les livra aux mains de Jabin, roi de Chanaan, qui régna dans Asor ; or, il avait pour général de son armée un homme du nom de Sisara; et lui-même habitait à Haroseth des nations.
Note Juges 4,2 : Voir 1 Rois, 12, 9. ― Asor ; rebâtie par quelque descendant de l’ancien Jabin. Comparer à Josué, 11, 10-11. ― Haroseth des nations ; ville ainsi nommée, parce qu’il y avait beaucoup de gens de diverses nations, ou parce qu’elle était peuplée de Chananéens et de peuples idolâtres, ou enfin parce qu’elle se trouvait dans la Galilée des nations.
 
3 Et les enfants d'Israël crièrent au Seigneur; car Jabin avait neuf cents chars armés de faux ; et pendant vingt ans il les avait violemment opprimés.
Note Juges 4,3 : Neuf cents chars armés de faux. Le texte hébreu porte : neuf cents chars de fer, et non armés de faux. Voir Josué, note 11.4.
 
4 Or, c'était Debbora, prophétesse, femme de Lapidoth, laquelle jugeait le peuple en ce temps-là.
Note Juges 4,4 : Debbora signifie abeille. De même que biche, chatte, sont aujourd’hui des termes de tendresse, les noms d’animaux gracieux ont toujours été employés comme noms de femmes. Jahel signifie biche ; Sebia, voir 4 Rois, 12, 1, et Tabitha ou Dorcas, voir Actes des Apôtres, 9, 36, gazelle ; Rachel, agneau ou brebis; Séphora, femme de Moïse, oiseau. Nous trouvons même un nom de femme, celui de la mère du roi Joakim, voir 4 Rois, 24, 8, Nohesta, qui signifie serpent, par allusion sans doute au serpent d’airain érigé par Moïse dans le désert et qu’Ezéchias avait fait détruire, dont le nom était Nohestan, voir 4 Rois, 13, 4. Comme noms d’hommes empruntés aux animaux, on trouve Caleb, chien, désignant différents personnages, Oreb, corbeau, Zeb, loup, Aïa, vautour, Sual, chacal, Jonas, colombe, Ariel, lion de Dieu. Cf. Léon, etc. Le nom de Debbora était aussi celui de la nourrice de Rébecca. Il correspond au grec et au latin Melissa, à l’allemand Emma, qui signifie aussi abeille.
5 Et elle s'asseyait sous un palmier, qui était appelé de son nom, entre Rama et Béthel sur la montagne d'Ephraïm; et les enfants d'Israël montaient vers elle, pour tous les jugements.
Note Juges 4,5 : Rama, probablement au sud-ouest de Béthel. ― Béthel. Voir Genèse, 12, 8.
6 Elle envoya et appela Barac, fils d'Abinoem de Cédés de Nephthali, et elle lui dit : Le Seigneur Dieu d'Israël te l'ordonne, va, et conduis l'armée sur la montagne de Thabor, et tu prendras avec toi dix mille combattants des enfants de Nephthali et des enfants de Zabulon :
Note Juges 4,6 : Cédès de Nephtali. « Les villes de la région (montagneuse de Nephtali) ont toutes ce trait commun de ressemblance qu’elles sont situées sur des rochers élevés au milieu des collines, au-dessus de vallées vertes et paisibles. De ces villes, la plus remarquable est Cédès de Nephtali, la patrie de Barac… Le village moderne couronne la cime de la colline. Les fragments de colonnes qu’on rencontre sur cette colline, les tombeaux de toute espèce dans la vallée au-dessous et sur la place du village, les ruines de deux bâtiments considérables sur cette même place, forment l’ensemble le plus considérable de vestiges archéologiques de toutes les villes de Galilée. La plaine verdoyante qui s’étend au nord et au sud de la colline et de la place du village est toute parsemée de térébinthes, assez nombreux pour servir d’illustration à la scène du campement de Jahel, sous des arbres de même espèce, dans ce même lieu. » (STANLEY.) ― Conduis l’armée sur la montagne de Thabor. Le Thabor est situé dans la tribu d’Issachar, sur la limite de Zabulon. Il se distingue par sa forme et par sa végétation abondante des autres montagnes de la Palestine. Vu du sud-ouest, il se dresse devant le spectateur comme un dôme gigantesque, complètement isolé. Il faut près d’une heure de marche pour en atteindre la cime. Ses flancs sont couverts d’arbres propres à cacher les hommes qui s’y réfugient. Le sommet, dont on peut faire le tour en une demi-heure, est couvert en partie d’arbres, en partie de pelouses. L’œil domine de là toute la plaine d’Esdrelon : aucun mouvement des Chananéens ne pouvait échapper à Barac et à Débora. Les chars de Sisara ne pouvaient d’ailleurs y atteindre les Hébreux. ― « Les côtés du Thabor sont inégaux, escarpés, d’une pente raide, couverts d’arbres odoriférants et d’arbrisseaux qui s’élèvent dans les interstices des rochers : partout où peut croître l’herbe, la terre est tapissée de verdure et de fleurs. Les sentiers sont presque impraticables, et quelquesbons que soient les chevaux, ils ont la plus grande peine à se tirer de certains passages scabreux… Les écrivains qui ont assuré que [le sommet] se termine en pain à sucre se sont trompés. C’est un plateau d’environ une demi-heure d’étendue, où l’on ne rencontre que de l’herbe fort élevée, des broussailles, des arbustes, de petits bocages sur les points les plus éminents et d’énormes tas de pierres… Le gibier fourmille partout ; les endroits touffus et les creux des rochers servent de repairesà des panthères, des sangliers et autres animaux sauvages. » (DE GERAMB.)
7 Or moi-même je t'amènerai à l'endroit du torrent de Cison, Sisara, prince de l'armée de Jabin, ses chars et toute sa multitude, et je les livrerai en ta main.
Note Juges 4,7 : A l’endroit du torrent de Cison, dans la plaine d’Esdrelon ou de Jezrael. La plaine a environ dix lieues de longueur du Carmel à la vallée du Jourdain, et cinq lieues de largeur, entre les montagnes de Gelboé et celles de Nazareth. Elle est inégale, surtout au levant et au couchant. C’est de Mageddo, où était Sisara, dans la direction de Nazareth, au nord, qu’elle est le plus large et le plus unie. Mageddo, qui commande l’entrée de la plaine, au sud-ouest, Bethsan qui la commande à l’est, demeurèrent des forteresses jusqu’au temps des Romains, sous le nom de Legio et de Scythopolis. Du temps de Sisara, les Chananéens habitaient encore en grand nombre dans ces deux villes et devaient y être les maîtres. ― Le torrent de Cison prend sa source sur le versant nord-est du Thabor ; il arrose dans toute sa longueur, du nord-est au nord-ouest, la plaine d’Esdrelon et se jette dans la Méditerranée au nord du mont Carmel. Il a un grand nombre d’affluents, qui sont complètement à sec en été, mais forment des torrents considérables au moment des pluies.
8 Et Barac lui répondit : Si vous venez avec moi, j'irai; si vous ne voulez pas venir avec moi, je n'irai pas.9 Debbora lui repartit : J'irai assurément avec toi; mais pour cette fois la victoire ne te sera point attribuée, parce que c'est dans la main d'une femme que sera livré Sisara. C'est pourquoi Debbora se leva et s'en alla avec Barac à Cédés.10 Barac, ayant mandé Zabulon et Nephthali, monta avec dix mille combattants, accompagné de Debbora.
 
11 Or Haber le Cinéen s'était retiré depuis longtemps de tous ses autres frères, les Cinéens, fils d'Hobab, parent de Moïse, et il avait tendu ses tabernacles jusqu'à la vallée qui est appelée Sennim, et qui était près de Cédés.
Note Juges 4,11 : Le Cinéen. Voir Genèse, note 15.19 ― Sennim, signifie changer la tente, proprement charger les montures (pour changer de campement). Sennim est donc probablement un lieu où campaient d’ordinaire les caravanes.
 
12 Et l'on annonça à Sisara, que Barac, fils d'Abinoem, était monté sur la montagne de Thabor.13 Et il assembla ses neuf cents chars armés de faux, et toute son armée qui vint de Haroseth des nations au torrent de Cison.14 Alors Debbora dit à Barac : Lève-toi ; car c'est le jour auquel le Seigneur a livré Sisara en tes mains : voilà que lui-même est ton guide. C'est pourquoi Barac descendit de la montagne de Thabor, et dix mille combattants avec lui.
Juges 4, 15-22 : Yaël et Sisera - Gravure de Gustave Doré
Juges 4, 15-22 : Yaël et Sisera - Gravure de Gustave Doré
15 Et le Seigneur épouvanta Sisara, tous ses chars et toute sa multitude, par le tranchant du glaive, à l'aspect de Barac; de telle sorte que Sisara s'élançant de son char, s'enfuit à pied,
Note Juges 4,15 : Voir Psaumes, 82, 10.
16 Que Barac poursuivit les chars qui s'enfuyaient et l'armée, jusqu'à Haroseth des nations, et que toute la multitude des ennemis périt jusqu'à une entière extermination.
 
17 Mais Sisara fuyant parvint à la tente de Jahel, femme d'Haber le Cinéen. Car il y avait paix entre Jabin, roi d'Azor, et la maison d'Haber le Cinéen.18 Jahel étant donc sorti au devant à la rencontre de Sisara, lui dit : Entre chez moi, mon seigneur; entre, et ne crains point. Sisara entré dans son tabernacle, et couvert par elle, de son manteau,
Note Juges 4,18 : De son manteau, selon l’hébreu, de la couverture. On sait que dans la langue sacrée, l’article déterminatif se met souvent pour le pronom possessif. Mais on ne sait au juste si ce pronom doit se rapporter à Sisara ou à Jahel. ― Les orientaux se sont toujours servis pour dormir de leur manteau. « Ces gens-ci, écrivait du Maroc Eugène Delacroix, ne possèdent qu’une couverture dans laquelle ils marchent, ils dorment, et où ils seront un jour ensevelis. »
19 Lui dit : Donnez-moi, je vous prie, un peu d'eau, parce que j'ai une grande soif. Jahel ouvrit l'outre du lait, lui donna à boire et le couvrit.
Note Juges 4,19 : Jahel ouvrit l’outre du lait, lui donna à boire. « Les Bédouins savent préparer le lait caillé d’une manière délicieuse ; cette préparation est appelée lében ; on l’offre aux hôtes, mais on la considère généralement comme un mets délicat. Je sais par expérience qu’elle est très rafraîchissante pour le voyageur accablé par la fatigue et la chaleur, mais elle a aussi un effet soporifique étrange. Ce ne fut pas sans doute sans connaître ses effets probables que Jahel donna à son hôte épuisé ce breuvage séducteur, qui devait lui procurer un sommeil profond et de bonne durée. » (CONDER.)
20 Alors Sisara lui dit : Tenez-vous devant la porte de votre tabernacle; et lorsque quelqu'un viendra, vous interrogeant, et disant : Est-ce qu'il n'y a point ici quelqu'un? Vous répondrez : Il n'y a personne.21 C'est pourquoi, Jahel, femme d'Haber prit le clou du tabernacle, prenant également le marteau ; et étant entrée secrètement et en silence, elle posa le clou sur la tempe de sa tête, et après l'avoir frappé avec le marteau, elle lui enfonça dans le cerveau jusqu'à terre : et Sisara joignant le sommeil à la mort défaillit et mourut.
Note Juges 4,21 : Le clou, probablement, le clou principal, le plus gros ; l’hébreu porte le pieu de la tente. ― Quant à la conduite de Jahel envers Sisara, il est au moins des circonstances qu’on ne saurait justifier, par exemple son mensonge formel, son manque de bonne foi ; choses mauvaises en elles-mêmes. Mais cela n’empêche point de rendre justice à ses intentions, qui étaient incontestablement pures et louables. Voir ce que nous avons dit en parlant d’Aod, Juges, 3, 19-22.
22 Et voilà que Barac, poursuivant Sisara, arrivait; et Jahel étant sortie à sa rencontre, lui dit : Viens, et je te montrerai l'homme que tu cherches. Lorsque celui-ci fut entré chez elle, il vit Sisara étendu mort, et le clou enfoncé dans sa tempe.
 
23 Dieu humilia donc en ce jour-là Jabin, roi de Chanaan, devant les enfants d'Israël,24 Qui croissaient tous les jours, et qui d'une main forte opprimaient Jabin, roi de Chanaan, jusqu'à ce qu'ils l'eurent entièrement détruit.

Chapitre 5

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Chap. : 
Cantique de Debbora.
Juges 5, 1-13 : Débora chantant son cantique - Gravure de Gustave Doré
Juges 5, 1-13 : Débora chantant son cantique - Gravure de Gustave Doré
1 Or, Debbora et Barac, fils d'Abinoem, chantèrent en ce jour-là, disant :
 
2 Vous qui des enfants d'Israël avez volontairement offert vos âmes au péril, bénissez le Seigneur.3 Ecoutez, rois ; prêtez l'oreille, princes; c'est moi, c'est moi qui chanterai le Seigneur; je célébrerai par des hymnes le Seigneur Dieu d'Israël.
 
4 Seigneur, lorsque vous sortiez de Séir et que vous passiez par les régions d'Edom, la terre s'émut, et les cieux et les nuées versèrent goutte à goutte leurs eaux.5 Les montagnes s'écoulèrent devant la face du Seigneur, et le Sinaï devant la face du Seigneur Dieu d'Israël.
 
6 Aux jours de Samgar, fils d'Anath, aux jours de Jahel, les sentiers se reposèrent, et ceux qui y entraient, marchèrent par des routes détournées.7 Les forts manquèrent en Israël, et se reposèrent, jusqu'à ce que se levât Debbora, qu'elle se levât mère en Israël.
 
8 Le Seigneur a choisi de nouvelles guerres, il a renversé lui-même les portes des ennemis; est-ce qu'un bouclier et une lance paraissaient parmi les quarante mille d'Israël?
Note Juges 5,8 : Est-ce que ; littéralement si. Cette particule est souvent en hébreu interrogative, ou négative ; on pourrait donc traduire aussi : Ni lance ni bouclier ne paraissaient.
9 Mon cœur aime les princes d'Israël : vous qui volontairement vous êtes offerts au danger, bénissez le Seigneur.
 
10 Vous qui montez sur des ânes brillants, qui siégez dans le jugement et qui marchez dans la voie, parlez.
Note Juges 5,10 : Dans la Palestine, les juges et les principaux du pays n’avaient que des ânes pour monture. Voir Juges, 10, 4 ; 12, 14.
11 Que là où les chars ont été brisés et l'armée des ennemis étouffée on raconte les justices du Seigneur, sa clémence envers les forts d'Israël. Alors le peuple du Seigneur descendit aux portes, et il acquitta principauté.12 Lève-toi, lève-toi, Debbora, lève-toi, lève-toi, et dis un cantique. Lève-toi, Barac, saisis tes captifs, fils d'Abinoem.13 Ils ont été sauvés les débris du peuple, le Seigneur a combattu parmi les forts.
 
14 Un héros sorti d'Ephraïm les a détruits dans Amalec, et après lui un mitre est sorti de Benjamin contre tes peuples, ô Amalec : des princes sont descendus de Machir, et des guerriers de Zabulon, pour conduire l'armée au combat.
Note Juges 5,14 : Ce verset, qui est différent dans l’hébreu et aussi obscur que dans la Vulgate par sa concision, se traduit diversement ; nous avons choisi l’interprétation qui nous a paru la plus conforme au latin.
15 Les chefs d'Issachar ont été avec Debbora, et ont suivi les traces de Barac, qui s'est jeté dans le danger comme dans un précipice et un abîme. Ruben étant divisé contre lui-même, une dispute s'est élevée entre les magnanimes.
 
16 Pourquoi habites-tu entre deux limites pour entendre les cris aigus des troupeaux? Ruben étant divisé contre lui-même, une dispute s'est élevée entre les magnanimes.
 
17 Galaad se reposait au-delà du Jourdain, et Dan vaquait à ses vaisseaux : Aser habitait sur le rivage de la mer et se tenait dans les ports.18 Mais Zabulon et Nephthali offraient leurs âmes à la mort dans la région de Méromé.
 
19 Des rois sont venus, et ont combattu; les rois de Chanaan ont combattu à Thanach près des eaux de Mageddo, et toutefois, butinant, ils n'ont rien emporté.20 On a combattu du ciel contre eux; les étoiles, demeurant dans leur rang et dans leur cours, ont combattu contre Sisara.
 
21 Le torrent de Cison a entraîné leurs cadavres; le torrent de Cadumim, le torrent de Cison : mon âme, foule aux pieds les forts.
Note Juges 5,21 : Le torrent de Cadumim ; c’est-à-dire le torrent des combats. Le torrent de Cison s’appelle aujourd’hui Nahr el-Mukatta, la rivière du Massacre.
22 La corne des chevaux est tombée, les plus vaillants des ennemis fuyant avec impétuosité et se renversant précipitamment.23 Maudissez la terre de Méroz, dit l'ange du Seigneur; maudissez ses habitants, parce qu'ils ne sont pas venus au secours du Seigneur, en aide à ses plus vaillants.
Note Juges 5,23 : Méroz, probablement le Kephr Murs actuel.
 
24 Bénie entre les femmes, Jahel, femme d'Haber, le Cinéen! et qu'elle soit bénie dans son tabernacle.
Note Juges 5,24-27 : Voir ce que nous avons dit de l’action de Jahel, Juges, 4, 21.
25 A Sisara demandant de l'eau, dans la coupe des princes, elle donna du lait, et elle présenta du beurre.26 Elle a mis la main gauche au clou, et la main droite à des marteaux d'ouvriers, et elle a frappé Sisara, cherchant à sa tête un endroit pour la blessure, et lui perçant fortement la tempe.
Note Juges 5,26 : Au clou. Voir Juges, 4, 21. ― A des marteaux ; dans l’hébreu, à un marteau d’ouvriers.
 
27 Il tomba à ses pieds, défaillit et mourut; il se roulait à ses pieds, et il gisait inanimé et digne de pitié.
 
28 Regardant par la fenêtre, sa mère poussait des cris perçants, et de sa chambre, elle disait : Pourquoi son char diffère-t-il à revenir? pourquoi les pieds des chevaux de ses quadriges tardent-ils?29 Une des femmes de Sisara, plus sage que les autres, répondit à sa belle-mère ces paroles :
 
30 Peut-être que maintenant il partage des dépouilles, et que la plus belle des femmes est choisie pour lui; on donne à Sisara des vêtements de diverses couleurs pour butin, et on lui amasse un assortiment varié pour orner son cou.
 
31 Ainsi périssent tous vos ennemis. Seigneur! mais que ceux qui vous aiment, brillent, comme le soleil resplendit à son lever.
Note Juges 5,31 : Le cantique de Debbora est d’une belle et forte poésie ; c’est un des monuments littéraires les plus remarquables de l’antiquité, mais ce qui le caractérise surtout, c’est que la prophétesse le consacré à la louange du Dieu des combats qui a vaincu par Israël, et non à la glorification des vainqueurs : les chefs et les soldats ne paraissent qu’au second plan ; c’est Dieu qui tient la première place. Cet admirable cantique se compose de trois parties, chacune de trois strophes : I. Introduction, chapitre 5, versets 2 à 8 ; 1° Adresse du poème, versets 2 et 3 ; 2° Puissance de Jéhovah, gage de victoire pour les Hébreux fidèles, versets 4 et 5 ; 3° Malheurs d’Israël avant Debbora, versets 6 à 8. ― II. Préparatifs du combat, versets 9 à 17 ; 1° Nouvelle exhortation à tous ceux qui doivent chanter et bénir Jéhovah, versets 9 à 12 ; 2° Enumération des combattants, versets 12 à 15c ; 3° Reproches aux tribus qui n’ont pas secouru leurs frères, versets 15d à 17. ― III. Tableau du combat et de ses suites, versets 18 à 31 ; 1° Description de la bataille, versets 18 à 22 ; 2° Malédiction de Méroz, bénédiction de Jahel, versets 23 à 27 ; 3° Inquiétude et illusions de la mère et des femmes de Sisara ; souhait final, versets 28 à 31. ― Herder appelle ce poème « le plus beau chant héroïque des Hébreux… Chez Debbora, dit-il, tout est présent vivant, agissant. »
 
32 Et le pays se reposa durant quarante ans.

Chapitre 6

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Chap. : 
Servitude des Israélites sous les Madianites ; Gédéon est choisis de Dieu pour les délivrer.
1 Mais les enfants d'Israël firent le mal en la présence du Seigneur, qui les livra à la main de Madian pendant sept ans,2 Et ils furent très opprimés par eux. Ils se firent des antres et des cavernes dans les montagnes, et des lieux très fortifiés pour se défendre.3 Lorsqu'Israël avait semé, montaient Madian et Amalec et tous les autres peuples des nations orientales ;
Note Juges 6,3 : Tous les autres peuples des nations orientales. En hébreu, Benê-Qédem, ou Fils de l’Orient, désignent toujours dans la Bible les Arabes nomades ou Bédouins qui habitent l’Arabie déserte, depuis la Pérée jusqu’à l’Euphrate. Voir Juges,6, vv. 3, 33 ; 7, 12 ; Job, 1, 3 ; 3 Rois, 5, 10 ; Isaïe, 11, 14 ; Jérémie, 49, 28 (où Benê-Qédem désigne spécialement les Benê-Qêdar ou habitants du Hauran) ; Ezéchiel, 25, vv. 4, 10.
4 Et plantant chez eux leurs tentes, comme ils étaient au milieu des moissons, ils ravageaient tout jusqu'à Gaza; et ils ne laissaient absolument rien en Israël, de tout ce qui était nécessaire à la vie, ni brebis, ni bœufs, ni ânes.
Note Juges 6,4 : Des moissons ; littéralement des herbes ; hébraïsme, du produit de la terre. ― Jusqu’à Gaza. Voir Josué, 10, 41.
5 Car ils venaient eux-mêmes et tous leurs troupeaux avec leurs tabernacles; et comme des sauterelles, cette multitude innombrable d'hommes et de chameaux remplissait tout, ravageant tout ce qu'elle touchait.6 Israël fut donc très humilié en présence de Madian.
 
7 Et il cria au Seigneur, demandant secours contre les Madianites.8 Le Seigneur leur envoya un homme, prophète, qui leur dit : Voici ce que dit le Seigneur Dieu d'Israël : C'est moi qui vous ai fait monter de l'Egypte, et qui vous ai retirés de la maison de servitude ;9 Je vous ai délivrés de la main des Egyptiens, et de tous les ennemis qui vous affligeaient; je les ai chassés à votre entrée, et je vous ai livré leur terre.10 Et j'ai dit : Je suis le Seigneur votre Dieu, ne craignez point les dieux des Amorrhéens dans la terre desquels vous habitez. Et vous n'avez pas voulu écouter ma voix.
 
11 Or, vint l'ange du Seigneur et il s'assit sous le chêne qui était à Ephra et qui appartenait à Joas, père de la famille d'Ezri. Et comme Gédéon, son fils, battait et vannait du blé dans le pressoir pour échapper à Madian,
Note Juges 6,11 : Ephra, localité située à l’ouest du Jourdain, dans la tribu de Manassé, mais dont la position précise est inconnue. ― Dans le pressoir. Les pressoirs, en Palestine, se composaient de deux espèces de cuves, de niveau différent. On foulait les raisins dans la cuve supérieure, et le jus coulait, par une rigole creusée dans la pierre, dans la cuve inférieure, généralement plus grande, et où l’on pouvait cacher hommes et provisions. Afin de n’être pas remarqué par les Madianites qui rodaient déjà peut-être aux alentours, Gédéon dépiquait les épis, non dans l’aire, mais dans le pressoir, et renfermait probablement ensuite le grain dans la cuve destinée à recevoir le vin.
Note Juges 6,11-24 : Quoi qu’en disent les incrédules et les mythologues de nos jours, il n’y a rien dans l’histoire de Gédéon qui, en bonne critique, autorise à la regarder comme un tissu de faussetés et d’aventures ridicules, ni comme une pure fiction mythique.
12 L'ange du Seigneur apparut et lui dit : Le Seigneur est avec toi, ô le plus fort des hommes !13 Et Gédéon lui répondit : Je vous conjure, mon seigneur, si le Seigneur est avec nous, pourquoi tout cela a-t-il fondu sur nous? Où sont ses merveilles que nous ont racontées nos pères? car ils ont dit : Le Seigneur nous a retirés de l'Egypte. Mais maintenant le Seigneur nous a abandonnés, et nous a livrés à la main de Madian.14 Et le Seigneur le regarda et dit : Va avec cette tienne force, et tu délivreras Israël de la main de Madian. Sache que je t'ai envoyé.
Note Juges 6,14 : Voir 1 Rois, 12, 11. ― Va avec cette tienne force. Nous avons cru devoir conserver cette locution, qui se trouve dans toutes les anciennes versions françaises, et qu’aucune autre ne saurait convenablement remplacer.
15 Gédéon répondant, dit : Je vous conjure, mon seigneur, comment délivrerai-je Israël? Voilà que ma famille est la dernière en Manassé, et que moi je suis le plus petit dans la maison de mon père.16 Et le Seigneur lui dit : Moi-même, je serai avec toi, et tu battras Madian comme un seul homme.17 Alors Gédéon : Si j'ai, dit-il, trouvé grâce devant vous, donnez-moi un signe que c'est vous qui me parlez.18 Et ne vous retirez point d'ici, jusqu'à ce que je retourne vers vous, portant mon sacrifice, et vous l'offrant. L'ange lui répondit : Oui, j'attendrai ton retour.
 
19 C'est pourquoi Gédéon entra chez lui, et fit cuire un chevreau et des pains azymes d'une mesure de farine,• et plaçant la chair dans la corbeille, et le jus de la chair dans la marmite, il porta le tout sous le chêne, et le lui offrit.
Note Juges 6,19 : Un chevreau. Voir 1 Rois, note 16.20.
20 L'ange du Seigneur lui dit: Prends la chair et les pains azymes, et pose-les sur cette pierre, et verse le jus dessus. Lorsqu'il eut fait ainsi,
Note Juges 6,20-21 : Pour lui offrir à manger, parce qu’il ne savait pas que c’était un ange, disent les uns ; pour offrir un sacrifice à Dieu, disent les autres, en plus grand nombre. Mais les détails donnés, voir Juges, 6, 19, indiquent un repas, non un sacrifice, car dans le sacrifice on n’apportait pas la victime cuite.
21 L'ange du Seigneur étendit le bout de la verge qu'il tenait à la main, et il toucha la chair et les pains azymes : et le feu monta de la pierre, et consuma la chair et les pains azymes ; mais l'ange du Seigneur disparut de devant ses yeux.22 Et Gédéon, voyant que c'était l'ange du Seigneur, dit : Hélas! Seigneur mon Dieu, j'ai vu l'ange du Seigneur face à face.23 Et le Seigneur lui répondit : Paix avec toi! ne crains point, tu ne mourras pas.24 Gédéon bâtit donc là un autel au Seigneur et il l'appela Paix du Seigneur, jusqu'au présent jour. Et lorsqu'il était encore à Ephra, qui est à la famille d'Ezri,
Note Juges 6,24 : Jusqu’au présent, etc. Il y a devant cette expression l’ellipse de la phrase : Et il a été ainsi appelé. Comparer à Juges, 1, 26.
 
25 Le Seigneur lui dit en cette nuit-là : Prends le taureau de ton père et un autre taureau de sept ans, et tu détruiras l'autel de Baal, qui est à ton père ; et le bois qui est autour de l'autel, coupe-le.
Note Juges 6,25 : Baal. Baal était le principal dieu chananéen. Baal signifie le Seigneur, le Maître, et ce nom devait être un des noms primitifs du vrai Dieu. On le représenta d’abord sous la forme d’une pierre conique, voir 4 Rois, note 3.2. Dans les derniers temps, on le figura la tête entourée de rayons. C’était en effet le soleil divinisé, et aussi la nature considérée comme dieu. On distingua un grand nombre de Baals, qu’on considéra peu à peu comme des dieux différents, mais qui n’étaient en réalité que des personnifications des attributs du baal principal ou bien ce Baal honoré en des lieux différents. Considéré comme présidant aux traités et aux alliances, il devint Baal-Berith, voir Juges, 9, 4 ; comme roi, il prit chez les Ammonites le nom de Moloch, Milcom ou Malkom ; comme dieu des mouches, ces insectes si nombreux et si désagréables en Palestine, il fut appelé Béelzébub, voir 4 Rois, 1, 2. Sur le mont Hermon, on l’appelait Baalhermon, voir Juges, 3, 3, et Baalgad : à Hazor, il devenait Baalhazor, voir 2 Rois, 13, 23 ; à Péor ou Phégor, Béelphégor ; comme maître des cieux, c’était Baal-samaïm ; comme dieu-soleil, c’était Baal-salakh, le dieu qui lance ses rayons ou Baal-haman, le dieu flamboyant. Le Baal, père des autres Baals, quand le souvenir de l’unité primitive de Dieu eut été oubliée, fut appelé avec l’article le Baal par excellence. Il exerça son influence sur les fruits de la terre, et les autres Baals, qui étaient censés être plus jeunes, représentèrent les influences spéciales du soleil et de la terre. ― On célébrait son culte avec une grande pompe, puisque du temps du prophète Elie, sous Achab, le texte sacré nous parle de quatre cent cinquante prêtres de Baal et de quatre cents prêtres d’Aschéra, voir 3 Rois, 18, 19-40 ; Jérémie, 2, 28. Ses autels étaient nombreux, voir Jérémie, 11, 13 ; 3 Rois, 16, 32 ; 4 Rois, 11, 18. On lui offrait des holocaustes et même des victimes humaines, voir Jérémie, 19, 5. Les sacrificateurs exécutaient autour de l’autel des danses frénétiques, accompagnés de cris sauvages : ils se meurtrissaient eux-mêmes et s’enlevaient avec des instruments tranchants des lambeaux de chair pour attirer l’attention du dieu, par la vue de leur corps ensanglanté, voir 3 Rois, 18, 26-28. La nature et le soleil étaient adorés par les Moabites et par les Ammonites sous le nom de Moloch.
26 Tu bâtiras aussi un autel au Seigneur ton Dieu sur le sommet de cette pierre, sur laquelle tu as déjà posé le sacrifice; et tu prendras avec toi le second taureau, et tu offriras un holocauste sur un amas d'arbres que tu auras coupés de ce bois.
Note Juges 6,26 : On peut supposer qu’il n’est parlé que du second taureau, que parce que c’est celui que Gédéon immola en holocauste pour les péchés de la nation ; tandis qu’il avait offert avec le premier un sacrifice particulier pour lui et pour sa famille.
27 Gédéon ayant donc pris dix hommes de ses serviteurs, fit comme lui avait ordonné le Seigneur. Mais craignant la maison de son père et les hommes de cette ville-là, il ne voulut pas le faire pendant le jour, mais il accomplit toutes choses de nuit.28 Et lorsque les hommes de cette ville se furent levés au matin, ils virent l'autel de Baal détruit, le bois coupé, et le second taureau mis sur l'autel qui venait d'être bâti.29 Alors ils se dirent les uns aux autres : Qui a fait cela ? Et comme ils cherchaient partout l'auteur du fait, on leur dit : C'est Gédéon, fils de Joas, qui a fait toutes ces choses.30 Et ils dirent à Joas : Fais venir ton fils ici, afin qu'il meure, parce qu'il a détruit l'autel de Baal, et qu'il a coupé le bois.31 Joas leur répondit : Est-ce que vous êtes les vengeurs de Baal, pour que vous combattiez pour lui? Que celui qui est son ennemi, meure avant que la lumière de demain ne vienne. S'il est dieu, qu'il se venge lui-même de celui qui a démoli son autel.32 Depuis ce jour Gédéon fut appelé Jérobaal, parce que Joas avait dit : Que Baal se venge de celui qui a démoli son autel.
 
33 Ainsi, tout Madian, Amalec et les peuples orientaux se réunirent, et passant le Jourdain, ils campèrent dans la vallée de Jezraël.
Note Juges 6,33 : Ils campèrent dans la vallée de Jezraël. La plaine de Jezraël a toujours exercé sur es enfants du désert une fascination irrésistible. De temps immémorial, au commencement du printemps, ils traversent le Jourdain et se dirigent vers Bethsan, qui, pour eux, est comme la porte du ciel. La plaine de Jezraël est bien en effet un petit paradis et digne de son nom de « semence de Dieu. » Elle charme tous les voyageurs par la richesse de son sol et l’exubérance de sa végétation. Cette exubérance est telle, qu’un homme à cheval y disparaît presque au milieu des hautes herbes. En avril, le blé ondule dans la vaste campagne.
34 Mais l'esprit du Seigneur remplit Gédéon, qui sonnant de la trompette, convoqua la maison d'Abiézer, afin qu'elle le suivît.35 Et il envoya des messagers à tout Manassé, qui, lui aussi, le suivit ; et il envoya d'autres messagers à Aser, à Zabulon et à Nephthali qui vinrent à sa rencontre.
 
36 Alors Gédéon dit à Dieu : Si vous sauvez par ma main Israël, comme vous avez dit,37 Je mettrai cette toison dans l'aire : s'il y a de la rosée sur la toison seule, et sur toute la terre de la sécheresse, je saurai que c'est par ma main, comme vous avez dit, que vous délivrerez Israël.38 Et il fut fait ainsi. Et se levant de nuit, et pressant la toison, il remplit une conque de rosée.39 Et Gédéon dit de nouveau à Dieu : Que votre fureur ne s'irrite point contre moi, si je fais encore une fois une tentative, en demandant un signe dans la toison. Je demande que la toison seule soit sèche , et que toute la terre soit mouillée de rosée.40 Et Dieu fit en cette nuit-là. comme il avait demandé : et il y eut de la sécheresse sur la toison seule, et de la rosée sur toute la terre.

Chapitre 7

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Chap. : 
Gédéon, avec trois cents hommes, défait les Madianites.
Juges 7, 1-7 : Gédéon choisit ses soldats - Gravure de Gustave Doré
Juges 7, 1-7 : Gédéon choisit ses soldats - Gravure de Gustave Doré
1 Ainsi Jérobaal, c'est-à-dire, Gédéon, se levant de nuit, et tout le peuple avec lui, vint à la fontaine qui est appelée Harad. Or, le camp de Madian était dans la vallée vers le côté septentrional de la colline fort élevée.
Note Juges 7,1 : Vers le côté septentrional de la colline fort élevée. Cette colline porte dans l’hébreu le nom de mont Moréh ; c’est le petit Hermon, au nord du mont Gelboé. Les habitants l’appellent aujourd’hui Duhy.
 
2 Et le Seigneur dit à Gédéon : Il y a avec toi un peuple nombreux ; mais Madian ne sera point livré en ses mains ; de peur qu'Israël ne se glorifie contre moi, et ne dise : C'est par mes propres forces que j'ai été délivré.3 Parle au peuple, et, tous l'entendant, publie : Que celui qui est craintif et timide s'en retourne. Et vingt-deux mille hommes du peuple se retirèrent de la montagne de Galaad et s'en retournèrent; et seulement dix mille restèrent.
Note Juges 7,3 : Voir Deutéronome, 20, 8 ; 1 Machabées, 3, 56. ― Parle au peuple, conformément à la loi du Deutéronome, 20, 8. ― De la montagne de Galaad. Il n’est pas douteux que Gédéon ne campât (pas ?) sur le mont Gelboé, sur le versant septentrional, à l’extrémité occidentale. Le texte porte à la vérité, le mont Galaad, mais il ne peut-être question des montagnes de Galaad, situées à l’est du Jourdain, puisque nous verrons tout à l’heure les Madianites obligés de traverser le Jourdain pour passer à l’est. Il faut donc ou que Galaad fût un des noms du mont Gelboé, ou que Galaad soit écrit ici pour Gelboé.
 
4 Alors le Seigneur dit à Gédéon : Le peuple est encore nombreux; mène-les près de l'eau, et là, je les éprouverai : et celui dont je te dirai, qu'il aille avec toi, que celui-là parte ; que celui à qui je défendrai d'aller, s'en retourne.5 Et lorsque le peuple fut descendu près de l'eau, le Seigneur dit à Gédéon : Ceux qui de la langue laperont l'eau comme les chiens ont coutume de laper, tu les mettras à part; mais ceux qui, les genoux courbés, boiront, seront d'un autre côté.
Note Juges 7,5 : Près de l’eau de la fontaine d’Aïn-Harod, aujourd'hui Aïn-Djaloud, source abondante au pied du mont Gelboé, au nord-ouest. Elle sort de dessous un gros rocher, creusé intérieurement comme une caverne, et surplombant au-dessus du grand bassin, de forme demi-circulaire, où l’eau se répand en nappe, et où jouent de nombreux poissons. Elle se divise ensuite en deux canaux.
6 Or, le nombre de ceux qui lapèrent l'eau, leur main la portant à leur bouche, fut de trois cents hommes; mais tout le reste de la multitude avait bu, le genou fléchi.7 Et le Seigneur dit à Gédéon : C'est par les trois cents hommes qui ont lapé l'eau que je vous délivrerai, et que je livrerai en votre main Madian; mais que tout le reste de la multitude s'en retourne dans ses foyers.8 C'est pourquoi, ayant pris des vivres et des trompettes en proportion du nombre de ces hommes, il ordonna au reste de la multitude de se retirer dans, ses tabernacles ; et lui-même avec les trois cents hommes se réserva pour le combat. Or le camp de Madian était en bas dans la vallée.
 
9 La même nuit, le Seigneur lui dit : Lève-toi, et descends dans le camp, parce que je les ai livrés en ta main ;10 Mais si tu crains d'aller seul, que Phara, ton serviteur, descende avec toi.11 Et lorsque tu auras entendu ce qu'ils disent, tes mains se fortifieront, et tu descendras plus rassuré dans le camp des ennemis. Il descendit donc, lui et Phara, son serviteur, dans la partie du camp où étaient les postes des hommes armés.
Note Juges 7,11 : Tes mains, etc. Tu deviendras plus fort ; tu te sentiras plus de vigueur.
12 Or, Madian et Amalec et tous les peuples orientaux étaient couchés épars dans la vallée, comme une multitude de sauterelles : les chameaux aussi étaient innombrables comme le sable qui est sur le rivage de la mer.13 Et lorsque Gédéon se fut avancé, quelqu'un racontait ainsi à son voisin un songe qu'il avait vu : J'ai vu un songe ; or, je voyais comme un pain d'orge cuit sous la cendre rouler, et descendre dans le camp de Madian, et lorsqu'il est parvenu à la tente, il l'a frappée, l'a renversée et jetée entièrement à terre.
Note Juges 7,13 : A la tente, principale, celle du roi, selon l’historien Josèphe ; ou bien à ma tente ; car en hébreu comme en français, l’article déterminatif se met souvent pour le pronom possessif.
14 Celui à qui il parlait répondit : Cela n'est pas autre chose que le glaive de Gédéon, fils de Joas, homme d'Israël ; car le Seigneur a livré en ses mains Madian et tout son camp.
 
Juges 7, 15-24 : Gédéon jette l'épouvante dans l'armée de Madiân - Gravure de Gustave Doré
Juges 7, 15-24 : Gédéon jette l'épouvante dans l'armée de Madiân - Gravure de Gustave Doré
15 Et lorsque Gédéon eut entendu le songe et son interprétation, il adora ; et il retourna au camp d'Israël, et dit : Levez-vous, car le Seigneur a livré en nos mains le camp de Madian.16 Alors il divisa les trois cents hommes en trois parties, et il mit des trompettes en leurs mains, et des cruches vides et des lampes au milieu des cruches.17 Et il leur dit : Ce que vous me verrez faire, faites-le : j'entrerai dans une partie du camp, et ce que je ferai, imitez-le.18 Quand la trompette sonnera dans ma main, vous aussi sonnez autour du camp, et criez ensemble : Au Seigneur et à Gédéon!
 
19 Gédéon entra donc et les trois cents hommes qui étaient avec lui, dans une partie du camp, les veilles du milieu de la nuit commençant, puis, les gardes étant réveillés, ils commencèrent à sonner des trompettes, et à heurter leurs cruches l'une contre l'autre.20 Et ayant sonné autour du camp en trois endroits, et ayant brisé les cruches, ils tinrent les lampes de la main gauche, sonnant des trompettes de la droite, et ils crièrent : Le glaive du Seigneur et de Gédéon!21 Se tenant chacun à son poste autour du camp des ennemis. C'est pourquoi tout le camp fut troublé; et vociférant et hurlant ils s'enfuirent.22 Et néanmoins les trois cents hommes continuaient à sonner des trompettes. Alors le Seigneur envoya le glaive dans tout le camp, et ils se tuaient les uns les autres.
Note Juges 7,22 : Voir Psaumes, 82, 10.
 
23 Fuyant jusqu'à Bethsetta et au bord d'Abelméhula en Tebbath. Mais les hommes d'Israël des tribus de Nephthali, d'Aser et de toute la tribu de Manassé, criant ensemble, poursuivaient Madian.
Note Juges 7,23 : Bethsetta, peut-être la Chouttah actuelle. ― Abelméhula, patrie d’Elisée, était dans la tribu d’Issachar, au sud de Bethsan, sur la route qui conduit de l’extrémité occidentale du lac de Génésareth à Sichem. ― Tebbath, localité inconnue.
 
24 Et Gédéon envoya des messagers sur toute la montagne d'Ephraïm, disant : Descendez à la rencontre de Madian, et emparez-vous des eaux jusqu'à Bethbéra et jusqu'au Jourdain. Et tout Ephraïm cria et s'empara des eaux et du Jourdain jusqu'à Bethbéra.
Note Juges 7,24 : Emparez-vous des eaux, des gués. Il n’y avait sur le Jourdain ni points ni barques. Il fallait donc chercher nécessairement, pour le passer, les endroits où l’eau était peu profonde. ― Jusqu’à Bethbéra, peut-être le Bethabara de Jean, note 1.18.
25 Et ayant pris deux hommes de Madian, Oreb et Zeb, ils tuèrent Oreb, au rocher d'Oreb, mais Zeb au pressoir de Zeb. Et ils poursuivirent Madian, portant les têtes d'Oreb et de Zeb à Gédéon au-delà des courants du Jourdain.
Note Juges 7,25 : Voir Psaumes, 82, 12 ; Isaïe, 10, 26. ― Oreb (corbeau) et Zeb (loup), deux noms ou surnoms indices de leur rapacité et de leur férocité. ― Au rocher d’Oreb, etc., ainsi appelés dans la suite du nom des princes qui y avaient été tués. ― Le pressoir. Voir Juges, note 6.11. Zeb s’était caché dans la cuve inférieure d’un pressoir et c’est là qu’il fut tué.

Chapitre 8

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Chap. : 
Gédéon apaise les enfants d’Ephraïm.
Il met à mort Zébée et Salmana.
Il fait faire un éphod.
Mort de Gédéon.
1 Et les hommes d'Ephraïm lui dirent : Qu'est-ce que tu as voulu faire, en ne nous appelant point, lorsque tu allais au combat contre Madian? le querellant fortement et lui faisant presque violence.
Note Juges 8,1-3 : Cet épisode est raconté par anticipation pour en finir d’un coup avec les Ephraïmites, dont l’auteur vient de faire connaître les exploits dans la prise d’Oreb et Zeb. Les plaintes des Ephraïmites ne peuvent avoir été exprimées que lorsque l’expédition fut finie.
2 Gédéon leur répondit: Qu'ai-je donc pu faire de semblable à ce que vous-mêmes avez fait? Une grappe de raisin d'Ephraïm ne vaut-elle pas mieux que les vendanges d'Abiézer.
Note Juges 8,2 : Une grappe, etc. Le sens est : La tribu d’Ephraïm ne veut-elle pas mieux à elle seule que toute la famille des Abiézerites à laquelle j’appartiens ? ou bien encore : Ce que vous venez de faire ne vaut-il pas mieux que mon exploit ? J’ai commencé la guerre, et vous l’avez achevée.
3 C'est en vos mains que le Seigneur a livré les princes de Madian, Oreb et Zeb. Qu'ai-je pu faire de semblable à ce que vous-mêmes avez fait? Lorsqu'il leur eut dit cela, l'esprit dont ils étaient animés contre lui s'apaisa.
 
4 Et lorsque Gédéon fut venu au Jourdain, il le passa avec les trois cents hommes qui étaient avec lui; mais à cause de leur lassitude, ils ne pouvaient poursuivre les fuyards.5 Et il dit aux hommes de Soccoth : Donnez, je vous prie, des pains aux gens qui sont avec moi. parce qu'ils ont défailli, afin que nous puissions poursuivre Zébéé et Salmana, rois de Madian.
Note Juges 8,5 : Soccoth, aujourd’hui Tell-Derala.
6 Les princes de Soccoth répondirent : Peut-être que les paumes des mains de Zébéé et de Salmana sont en ta main, et c'est pour cela que tu demandes que nous donnions des pains à ton armée.7 Gédéon leur répliqua : Lors donc que le Seigneur aura livré Zébéé et Salmana en mes mains, je déchirerai votre chair avec les épines et les ronces du désert.8 Et de là, montant, il vint à Phanuel ; et il dit aux hommes de ce lieu des choses semblables; et ceux-ci lui répondirent, comme avaient répondu les hommes de Soccoth.9 C'est pourquoi il leur dit à eux aussi : Lorsque je serai revenu en paix victorieux, je détruirai cette tour.
 
10 Mais Zébéé et Salmana se reposaient avec toute leur armée ; car il était resté quinze mille hommes de toutes les troupes des peuples orientaux, cent vingt mille guerriers, tirant le glaive, ayant été taillés en pièces.11 Et Gédéon, montant par la voie de ceux qui demeuraient dans les tabernacles, vers la partie orientale de Nobé et de Jegbaa, battit le camp des ennemis, qui étaient en sécurité, et ne soupçonnaient rien de fâcheux.
Note Juges 8,11 : Voir Osée, 10, 14.
12 Or Zébéé et Salmana s'enfuirent; et Gédéon, les poursuivant, les prit, toute leur armée ayant été mise en désordre.
 
13 Et revenant du combat avant le lever du soleil,14 Il prit un jeune garçon d'entre les hommes de Soccoth, et il l'interrogea sur les noms des princes et des anciens de Soccoth, et il écrivit soixante-dix-sept hommes.15 Il vint ensuite à Soccoth, et il leur dit : Voici Zébéé et Salmana, au sujet desquels vous m'avez insulté, disant : Peut-être que les mains de Zébéé et Salmana sont en tes mains, et c'est pour cela que tu demandes que nous donnions des pains à tes hommes qui sont las et qui ont défailli.16 Il prit donc les anciens de la ville, et les épines et les ronces du désert et il en déchira et mit en pièces les hommes de Soccoth.
Note Juges 8,16 : Les hommes. Il est très probable que par ce mot il faut entendre les seuls personnages dont on vient de parler ; car si Gédéon avait voulu faire mourir tous les habitants de Soccoth, il n’aurait pas demandé les noms des principaux de la ville.
17 Il renversa aussi la tour de Phanuel, les habitants de la ville ayant été tués.
 
18 Et il dit à Zébéé et à Salmana : Comment étaient les hommes que vous avez tués au Thabor? Ils répondirent : Semblables à toi, et l'un d'eux, comme le fils du roi.19 Gédéon leur repartit : C'étaient mes frères, les fils de ma mère. Le Seigneur vit! si vous les aviez conservés, je ne vous tuerais pas.
Note Juges 8,19 : Le Seigneur vit ! formule de serment que l’on rend assez ordinairement par vive le Seigneur ! et qui équivaut à : Je jure que.
20 Et il dit à Jéther son premier-né : Lève-toi, et tue-les. Jéther ne tira pas son glaive, car il craignait, parce qu'il était encore jeune.21 Alors Zébéé et Salmana dirent : Lève-toi, toi-même, et fonds sur nous; parce que la force de l'homme est en proportion de son âge. Gédéon se leva, et tua Zébéé et Salmana ; il prit ensuite les ornements et les bulles dont on a coutume d'orner le cou des chameaux des rois.
Note Juges 8,21 : Voir Psaumes, 82, 12. ― Bulle ou petite boule, était un ornement d’or, d’argent ou d’autre métal que portaient au cou les personnes aussi bien que les animaux. Le correspondant en hébreu est traduit dans la Vulgate par collier, cercles (torques), aux versets 26 de ce même chapitre, et par petite lune ou croissant (lunulæ), au chapitre 3, verset 18, d’Isaïe. ― « L’usage d’orner le cou des chameaux n’est pas perdu, dit M. de Saulcy, et dans la Syrie, quand on rencontre de ces animaux harnachés, on est à peu près assuré d’avance qu’on leur verra un collier. Celui-ci est fréquemment formé de fils d’une petite coquille blanche du genre des porcelaines, et qui sert de monnaie sous le nom cauri, sur toute la côte occidentale d’Afrique. Je ne puis affirmer positivement que j’aie rencontré des chameaux portant suspendu à leur collier un croissant de cuivre, je crois cependant bien me le rappeler. Ce que tout le monde sait aussi bien que moi, c’est que l’usage de ces croissants de cuivre s’est conservé dans le harnachement militaire de la cavalerie moderne.
 
22 Et tous les hommes d'Israël dirent à Gédéon : Commande-nous, toi, ton fils et le fils de ton fils, parce que tu nous a délivrés de la main de Madian.23 Gédéon leur répondit : Je ne vous commanderai point, et mon fils ne vous commandera point; mais le Seigneur vous commandera.
 
24 Il leur dit encore : Je vous fais une seule demande : Donnez-moi les pendants d'oreilles de votre butin. Car les Ismaélites avait coutume de porter des pendants d'oreilles en or.25 Ceux-ci répondirent : Nous les donnerons très volontiers. Et étendant sur la terre le manteau, ils y jetèrent les pendants d'oreilles du butin.26 Or, le poids des pendants d'oreilles demandés fut de mille sept cents sicles d'or, sans les ornements, les colliers, et le vêtement de pourpre dont les rois de Madian avaient coutume de se servir, et outre les carcans d'or des chameaux.
Note Juges 8,26 : Mille sept cents sicles d’or. Le sicle, du moins après la captivité, avait comme poids la valeur de 14 grammes 20 ; 1 700 sicles équivalaient donc à 24 kilogrammes 140 grammes. Avec ce poids, Gédéon fit sans doute fabriquer non seulement un éphod mais plusieurs autres objets sacrés.
27 Et Gédéon en fit un éphod, et il le mit dans sa ville d'Ephra. Et tout Israël tomba dans l'idolâtrie à cause de cet éphod, qui devint une ruine pour Gédéon et pour toute sa maison.
Note Juges 8,27 : Voir sur l’éphod, ornement sacré, Exode, 28, 4.
 
28 Mais Madian fut humilié devant les enfants d'Israël, et il ne put plus lever la tête ; mais le pays se reposa pendant quarante ans que Gédéon gouverna.
 
29 C'est pourquoi Jérobaal s'en alla et habita en sa maison ;30 Et il eut soixante-dix fils qui vinrent de lui, parce qu'il avait plusieurs femmes.31 Mais sa seconde femme qu'il avait à Sichem, lui enfanta un fils du nom d'Abimélech.32 Et Gédéon, fils de Joas, mourut dans une heureuse vieillesse, et il fut enseveli dans le sépulcre de Joas son père à Ephra de la famille d'Ezri.
Note Juges 8,32 : Ephra de la famille; c’est-à-dire qui appartenait à la famille.
 
33 Mais après que Gédéon fut mort, les enfants d'Israël se détournèrent, et forniquèrent avec Baal. Et ils firent alliance avec Baal, afin qu'il fût leur dieu ;
Note Juges 8,33 : Baal. Voir Juges, note 6.25.
34 Et ils ne se souvinrent point du Seigneur leur Dieu, qui les avait délivrés de leurs ennemis d'alentour ;35 Et ils ne firent point miséricorde à la maison de Jérobaal Gédéon, en proportion de tout le bien qu'il avait fait à Israël.

Chapitre 9

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Chap. : 
Abimélech se fait déclarer roi.
Les Sichémites lui dressent des embûches.
Il prend Sichem.
Il est tué au siège de Thébès.
Juges 9, 1-6 : Mort des fils de Yerubbaal - Gravure de Gustave Doré
Juges 9, 1-6 : Mort des fils de Yerubbaal - Gravure de Gustave Doré
1 Or, Abimélech, fils de Jérobaal, s'en alla à Sichem vers les frères de sa mère, et il leur parla, ainsi qu'à toute la parenté de la maison du père de sa mère, disant :
Note Juges 9,1 : A Sichem. Voir Genèse, note 12.6.
2 Dites à tous les habitants de Sichem : Lequel est le meilleur pour vous, que soixante-dix hommes, tous fils de Jérobaal, vous commandent, ou qu'un seul homme vous commande? et considérez en même temps que je suis votre os et votre chair.3 Et les frères de sa mère rapportèrent à son sujet toutes ces paroles aux hommes de Sichem, et ils firent pencher leur cœur pour Abimélech, disant : C'est notre frère.4 Et ils lui donnèrent soixante-dix sicles pesant d'argent du temple de Baalberith. Abimélech réunit à lui avec cet argent des hommes misérables et vagabonds ; et ils le suivirent.
Note Juges 9,4 : Le mot sicle est ici comme en bien d’autres endroits, sous-entendu, pour son poids et sa valeur. ― Soixante-dix sicles d’argent font près d’un kilogramme. ― Baalberith, le baal de l’alliance. Voir Juges, note 6.25.
5 Alors il vint dans la maison de son père à Ephra, et il tua ses frères, fils de Jérobaal, soixante-dix hommes, sur une seule pierre : mais il resta .Joatham, le fils de Jérobaal le plus petit, et il fut caché.6 Or, tous les hommes de Sichem s'étant assemblés, et toutes les familles de la ville de Mello, ils allèrent, et établirent roi Abimélech près du chêne qui était à Sichem.
 
7 Lorsque cela fut annoncé à Joatham, il alla, et se tint au sommet de la montagne de Garizim, et, la voix élevée, il cria et dit : Ecoutez-moi, hommes de Sichem, et qu'ainsi Dieu vous entende.
Note Juges 9,7 : Le mont Garizim est coupé dans le bas par une ligne de rochers blancs à pic. A un endroit, devant Sichem, le rocher s’avance en forme de triangle. Au-dessous, dans le roc, il y a des cavernes. C’est sur ce rocher triangulaire que Joatham prononça son apologue.
Note Juges 9,7-15 : Cette fable rappelle celle des membres et de l’estomac que Ménénius Agrippa adressa au peuple romain révolté, Tite-Live, II, 30 ; La Fontaine, I. , fable II.
8 Les arbres allèrent pour oindre et établir sur eux un roi, et ils dirent à l'olivier : Commande-nous.9 L'olivier leur répondit : Est-ce que je peux abandonner mon huile dont les dieux et les hommes se servent, et venir pour être promu, parmi les arbres?10 Les arbres dirent ensuite au figuier : Viens, et règne sur nous.11 Le figuier leur répondit : Est-ce que je puis abandonner ma douceur et mes fruits très suaves, et aller pour être promu parmi tous les autres arbres?12 Alors les arbres dirent à la vigne : Viens, et commande-nous.13 La vigne leur répondit : Est-ce que je puis abandonner mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, et être promu parmi tous les autres arbres?
Note Juges 9,13 : Qui réjouit Dieu ; expression figurée, qui doit se prendre dans le même sens que, l’odeur des victimes est une odeur agréable au Seigneur, que les parfums le récréent. D’ailleurs il est probable qu’au lieu de Dieu, il faut les dieux, comme le porte la Vulgate elle-même dans le passage parallèle (verset 9). Alors Joatham a très bien pu se servir de cette expression, puisque les païens auxquels il parlait, croyaient que leurs dieux prenaient réellement plaisir à la fumée des victimes et à l’odeur de leurs parfums et de leurs libations.
14 Et tous les arbres dirent au buisson : Viens, et règne sur nous.15 Le buisson leur répondit : Si vraiment vous me constituez votre roi, venez et reposez-vous sous mon ombre; mais si vous ne voulez pas, qu'un feu sorte du buisson, et qu'il dévore les cèdres du Liban.16 Maintenant donc, est-ce justement et sans péché que vous avez constitué sur vous Abimélech roi? avez-vous bien agi envers Jérobaal et envers sa maison? et avez-vous payé de retour les bienfaits de celui qui a combattu pour vous,
Note Juges 9,16 : Est-ce justement, etc. ; littéralement si justement, voir Juges, 5, 8.
17 Qui a livré son âme aux périls, pour vous délivrer de la main de Madian,
Note Juges 9,17 : Qui a livré, etc. ; c’est-à-dire qui a exposé sa vie.
18 Vous qui maintenant venez de vous élever contre la maison de mon père, qui avez tué ses fils, soixante-dix hommes sur une seule pierre, et constitué roi sur les habitants de Sichem, Abimélech, fils de sa servante, parce qu'il est votre frère?19 Si donc, c'est justement et sans péché, que vous avez agi envers Jérobaal et sa maison, réjouissez-vous aujourd'hui en Abimélech, et que lui se réjouisse en vous.20 Mais si c'est méchamment, qu'un feu sorte de lui, qu'il consume les habitants de Sichem et la ville de Mello ; qu'un feu sorte des hommes de Sichem et de la ville de Mello, et qu'il dévore Abimélech.
 
21 Lorsqu'il eut dit ces choses, il s'enfuit et s'en alla à Béra; et il habita là par la crainte d'Abimélech son frère.
Note Juges 9,21 : Béra, dans la tribu de Juda, selon les uns ; Béeroth, dans la tribu de Benjamin, selon les autres.
 
22 C'est pourquoi Abimélech régna sur Israël pendant trois ans.23 Mais le Seigneur envoya un esprit très mauvais entre Abimélech et les habitants de Sichem, qui commencèrent à le délester,24 Et à rejeter le crime du meurtre des soixante-dix fils de Jérobaal, et l'effusion de leur sang sur Abimélech leur frère et sur tous les autres princes de Sichem, qui l'avaient aidé.25 Ils lui dressèrent donc des embûches au sommet des montagnes; et pendant qu'ils attendaient son arrivée, ils exerçaient des brigandages, faisant du butin sur les passants. Et on l'annonça à Abimélech.
Note Juges 9,25 : Au sommet des montagnes d’Hébal et de Garizim.
 
26 Cependant Gaal. fils d'Obed, vint avec ses frères et passa à Sichem. A son arrivée, les habitants de Sichem rassurés,27 Sortirent dans les champs, ravageant les vignes, et foulant aux pieds les raisins; puis, des chœurs de chantants formés, ils entrèrent dans le temple de leur dieu, et, au milieu des mets et des coupes, ils maudissaient Abimélech,28 Gaal, fils d'Obed, criant : Qui est Abimélech, et quelle est Sichem, pour que nous le servions? N'est-il pas le fils de Jérobaal, et n'a-t-il pas constitué Zébul, son serviteur, prince sur les hommes d'Hémor, père de Sichem? Pourquoi donc le servirions-nous?
Note Juges 9,28 : Sur les hommes d’Hémor ; sur la famille d’Hémor.
29 Plût à Dieu que quelqu'un mît ce peuple sous ma main, pour que j'enlevasse du monde Abimélech ! Et on dit à Abimélech : Assemble une multitude de troupes, et viens.
 
30 Car Zébul prince de la ville, ayant entendu les discours de Gaal, fils d'Obed, fut très irrité,31 Et il envoya en cachette vers Abimélech, disant : Voilà, Gaal, fils d'Obed, est venu à Sichem avec ses frères, et ils attaquent la ville contre toi.
Note Juges 9,31 : Ils attaquent la ville contre toi ; c’est-à-dire ils pressent la ville de se déclarer contre toi ; ou bien ils s’y fortifient pour résister contre toi.
32 C'est pourquoi lève-toi pendant la nuit avec le peuple qui est avec toi, et cache-toi dans la campagne ;33 Et de grand matin, le soleil se levant, fonds sur la ville; or, lorsqu'il sortira avec son peuple contre toi, fais-lui ce que tu pourras.
 
34 C'est pourquoi Abimélech se leva avec toute son armée pendant la nuit, et tendit des embûches près de Sichem, en quatre endroits.35 Or, Gaal, fils d'Obed, sortit, et se tint à l'entrée de la porte de la ville. Mais Abimélech se leva, et toute son armée avec lui, du lieu de l'embuscade.36 Et lorsque Gaal eut vu ce peuple, il dit à Zébul : Voici une multitude qui descend des montagnes. Zébul lui répondit : Tu vois les ombres des montagnes comme des têtes d'hommes, et tu es trompé par cette illusion.37 Et de nouveau Gaal dit : Voici un peuple qui descend des hauteurs de la terre, et un seul bataillon vient par la voie qui regarde le chêne.
Note Juges 9,37 : Le chêne ; probablement celui dont il est parlé au verset 6.
38 Zébul lui répondit : Où est maintenant ta bouche avec laquelle tu disais : Qui est Abimélech, pour que nous le servions? N'est-ce pas ce peuple que tu méprisais? Sors et combats contre lui.39 Gaal s'en alla donc, le peuple de Sichem le regardant, et il combattit contre Abimélech,40 Qui le poursuivit pendant qu'il fuyait et le chassa dans la ville; et nombre des siens succombèrent jusqu'à la porte de la ville.41 Et Abimélech s'arrêta à Ruma; mais Zébul chassa Gaal et ses gens de la ville, il ne souffrit pas qu'ils y demeurassent.
Note Juges 9,41 : Ruma, probablement l’el-Arma d’aujourd’hui.
 
42 Or le jour suivant le peuple sortit dans la campagne. Lorsqu'on l'eut annoncé à Abimélech43 Il prit son armée et la divisa en trois corps, tendant des embûches dans les champs. Et voyant que le peuple sortait de la ville, il se leva et fondit sur eux44 Avec son bataillon, attaquant et assiégeant la ville ; mais les deux autres bataillons poursuivaient les ennemis fuyant ça et là dans la plaine.45 Or, pendant tout ce jour-là, Abimélech attaquait la ville qu'il prit, tuant ses habitants et détruisant la ville elle-même, de manière à y semer du sel.
Note Juges 9,45 : Le sel jeté en grande quantité dans un terrain le rend stérile. C’est pour cela que l’Ecriture dit une terre de sel, une terre salée, pour désigner une terre stérile. Les auteurs profanes emploient quelquefois la même locution.
 
46 Ce qu'ayant appris ceux qui habitaient dans la tour de Sichem, ils entrèrent dans le temple de leur dieu Berith, où ils avaient fait alliance avec lui ; et C'est de cette alliance qu'avait reçu son nom le lieu qui était très fortifié.
Note Juges 9,46 : Berith en hébreu signifie pacte, alliance.
47 Abimélech aussi, apprenant que les hommes de la tour de Sichem s'étaient réunis ensemble,48 Monta sur la montagne de Selmon avec tout son peuple, et saisissant la hache il coupa une branche d'arbre, et la mettant sur son épaule il dit aux siens : Ce que vous me voyez faire, faites-le vite.49 Coupant donc à l'envi des branches d'arbres, ils suivaient leur chef; et environnant la forteresse, ils l'incendièrent; et de cette manière il arriva que par la fumée et par le feu il périt mille personnes, tant hommes que femmes, qui demeuraient dans la tour de Sichem.
 
Juges 9, 50-57 : Mort d'Abimélek - Gravure de Gustave Doré
Juges 9, 50-57 : Mort d'Abimélek - Gravure de Gustave Doré
50 Ensuite Abimélech, partant de là, vint à la ville de Thébès, qu'investissant, il assiégeait avec son armée.
Note Juges 9,50 : Thèbes, aujourd’hui Tûbas, était sur la route qui conduit de Sichem à Bethsan, à quatre heures de marche de Sichem, au nord-est.
51 Or, il y avait au milieu de la ville une tour élevée, dans laquelle s'étaient réfugiés ensemble les hommes et les femmes et tous les princes de la ville, la porte étant bien fermée, et ils se tenaient sur le toit de la tour, derrière les parapets.52 Et Abimélech, s'avançant près de la tour, combattait vaillamment; et, s'approchant de la porte, il s'efforçait d'y mettre le feu.53 Et voilà qu'une femme, jetant d'en haut un morceau de meule, frappa la tête d'Abimélech et brisa son crâne.
Note Juges 9,53 : Voir 2 Rois, 11, 21.
54 Il appela aussitôt son écuyer, et il lui dit : Tire ton glaive, et frappe-moi, de peur qu'on ne dise que c'est par une femme que j'ai été tué. L'écuyer, exécutant ses ordres, le tua.
Note Juges 9,54 : Voir 1 Rois, 31, 4 ; 1 Paralipomènes, 10, 4. ― L’histoire profane loue quelques serviteurs qui ont rendu un pareil service à leurs maîtres ; tandis que David fit mourir l’Amalécite, qui se vantait de l’avoir rendu à Saül sur son instante prière. Le christianisme condamne également celui qui demande ce service et celui qui le rend. ― Une mort comme celle d’Abimélech, reçue de la main d’une femme, était considérée comme particulièrement ignominieuse. Voir 2 Rois, 11, 21.
55 Abimélech mort, tous ceux d'Israël qui étaient avec lui retournèrent en leurs demeures.
 
56 Ainsi Dieu rendit le mal qu'Abimélech avait commis contre son père, ayant tué ses soixante-dix frères.57 Aux Sichémites aussi, ce qu'ils avaient fait fut rendu, et la malédiction de Joatham, fils de Jérobaal, vint sur eux.

Chapitre 10

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Chap. : 
Thola et Jaïr, juges d’Israël.
Servitude sous les Philistins et les Ammonites.
1 Après Abimélech, parut comme chef en Israël, Thola, fils de Phua, oncle paternel d'Abimélech, homme de la tribu d'Issachar, qui habita à Samir de la, montagne d'Ephraïm;
Note Juges 10,1 : Samir de la montagne ; pour Samir, dans la montagne.
2 Et il jugea Israël pendant vingt-trois ans; et il mourut, et fut enseveli dans Samir.
 
3 A Thola succéda Jaïr Galaadite qui jugea Israël pendant vingt-deux ans,
Note Juges 10,3 : Jaïr Galaadite. Comparer à Nombres, 26, 29.
4 Ayant trente fils, qui montaient sur trente poulains d'ânesses, et étaient princes de trente villes dans la terre de Galaad, qui ont été appelées de son nom, Havoth-Jaïr, c'est-à-dire villes de Jaïr, jusqu'au présent jour,
Note Juges 10,4 : Qui montaient, etc. Voir Juges, 5, 10. ― Havoth-Jaïr, dans le pays d’Argob. Voir Deutéronome, 3, 4.
5 Jaïr mourut ensuite, et il fut enseveli dans un lieu dont le nom est Camon.
Note Juges 10,5 : Camon, dans le pays de Galaad.
 
6 Mais les enfants d'Israël ajoutant aux anciens péchés des nouveaux, firent le mal en la présence du Seigneur, et servirent des idoles, les Baalim, les Astaroth, les dieux de Syrie, de Sidon, de Moab, des enfants d'Ammon et des Philistins ; et ils abandonnèrent le Seigneur, et ne l'adorèrent point.
Note Juges 10,6 : Les Baalim. Voir Juges, note 6.25.
7 Le Seigneur irrité contre eux, les livra aux mains des Philistins et des enfants d'Ammon.8 Et tous ceux qui habitaient au-delà du Jourdain, dans la terre de l'Amorrhéen, qui est en Galaad, furent affligés et violemment opprimés pendant dix-huit ans ;9 En sorte que les enfants d'Ammon, passant le Jourdain, ravageaient Juda, Benjamin et Ephraïm : ainsi, Israël fut extrêmement affligé,
 
10 C'est pourquoi criant ait Seigneur, ils dirent : Nous avons péché contre vous, parce que, nous avons abandonné le Seigneur notre Dieu, et nous avons servi les Baalim,11 Le Seigneur leur répondit: N'est-ce pas que les Egyptiens, les Amorrhéens, les enfants d'Ammon, les Philistins,12 Les Sidoniens aussi, et Amalec et Chanaan vous ont opprimés, que vous avez crié vers moi, et que je vous ai délivrés de leur main ?13 Et cependant vous m'avez abandonné, et vous avez adoré des dieux étrangers : c'est pourquoi je ne recommencerai plus à vous délivrer.14 Allez, et invoquez les dieux que vous avez choisis ; qu'ils vous délivrent eux-mêmes dans le temps de l'angoisse.15 Et les enfants d'Israël dirent au Seigneur : Nous avons péché, faites-nous vous-même, en retour, tout ce qu'il vous plaira; seulement pour cette heure délivrez-nous.16 Disant cela, ils jetèrent hors de leur territoire les idoles des dieux étrangers, et ils servirent le Seigneur Dieu, qui fut sensible à leurs misères.
 
17 C'est pourquoi les enfants d'Ammon, jetant de grands cris, plantèrent leurs tentes en Galaad ; et les enfants d'Israël, s'étant réunis contre eux, campèrent à Maspha.
Note Juges 10,17 : Maspha de Galaad, au nord-est de Jabès-Galaad.
18 Et les princes de Galaad se dirent les uns aux autres : Le premier d'entre nous qui commencera à combattre contre les enfants d'Ammon, sera le chef du peuple de Galaad.

Chapitre 11

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Chap. : 
Jephté, choisi pour être chef des Israélites, combat les Ammonites, et les défait.
Son vœu.
1 En ce temps-là fut Jephté Galaadite, homme très fort, et guerrier, fils d'une femme de mauvaise vie, lequel naquit de Galaad.2 Or Galaad eut une femme dont il eut des fils, qui après qu'ils eurent grandi, chassèrent Jephté, disant : Tu ne pourras pas être héritier dans la maison de notre père, parce que c'est d'une autre mère que tu es né.3 Et Jephté les fuyant et les évitant, habita dans la terre de Tob. Alors se joignirent à lui des hommes dénués de tout et exerçant des brigandages, et ils le suivaient comme leur chef.
Note Juges 11,3 : La terre de Tob. Elle est inconnue, mais elle était probablement située sur les confins du royaume des Ammonites, même sielle n’en faisait pas partie.
 
4 En ces temps-là combattaient les enfants d'Ammon contre Israël.5 Et comme ils le pressaient vivement, les anciens de Galaad allèrent, pour amener Jephté de la terre de Tob, à leur secours ;6 Et ils lui dirent : Viens, sois notre chef, et combats contre les enfants d'Ammon.7 Jephté leur répondit : N'êtes-vous point ceux qui me haïssez, et qui m'avez jeté hors de la maison de mon père? Et maintenant vous êtes venus vers moi, contraints par la nécessité.
Note Juges 11,7 : Voir Genèse, 26, 27.
8 Et les princes de Galaad dirent à Jephté : C'est pour ce motif que nous venons maintenant vers toi, afin que tu marches avec nous, que tu combattes contre les fils d'Ammon, et que tu sois le chef de tous ceux qui habitent en Galaad.9 Jephté leur demanda encore : Si vraiment vous êtes venus vers moi, pour que je combatte pour vous les enfants d'Ammon, et si le Seigneur les livre en mes mains, est-ce moi qui serai votre prince?10 Ils lui répondirent : Le Seigneur qui entend ceci, est lui-même médiateur et témoin que nous exécuterons nos promesses.11 C'est pourquoi Jephté s'en alla avec les princes de Galaad;, et tout le peuple le fit son prince. Mais Jephté dit toutes ces paroles devant le Seigneur à Maspha ;
Note Juges 11,11 : Jephté dit, etc. il renouvela les assurances que les princes de Galaad lui avaient données, et, de son côté, il prit solennellement Dieu à témoin de la fidélité avec laquelle il tiendrait ses engagements.
 
12 Et il envoya des messagers au roi des enfants d'Ammon, pour dire de sa part : Qu'importe à moi et à toi, pour que tu sois venu contre moi, afin de ravager ma terre?13 Le roi leur répondit : C'est parce qu'Israël, quand il est monté d'Egypte, a pris ma terre, depuis les confins d'Arnon jusqu'au Jaboc et jusqu'au Jourdain: maintenant donc, rends-la moi en paix.
Note Juges 11,13 : Voir Nombres, 21, 24. ― Arnon, rivière qui forme la frontière septentrionale de Moab, voir verset 18, et se jette dans la mer Morte après un cours de 75 kilomètres. ― Jaboc. Voir Genèse, note 32.22.
 
14 Jephté donna de nouveau sa réponse par les messagers, et il leur commanda de dire au roi d'Ammon :15 Voici ce que dit Jephté : Israël n'a pas pris la terre de Moab, ni la terre des enfants d'Ammon :16 Mais, quand il monta de l'Egypte, il marcha à travers le désert jusqu'à la mer Rouge, et il vint à Cadès.
Note Juges 11,16 : Cadès. Voir Nombres, 20, 1.
17 Et il envoya des messagers au roi d'Edom, disant : Laisse-moi passer par ta terre. Et le roi ne voulut point acquiescer à ses prières. Il envoya aussi vers le roi de Moab, qui lui-même dédaigna de donner passage. C'est pourquoi il demeura à Cadès.
Note Juges 11,17 : Voir Nombres, 20, 14.
18 Puis, il côtoya la terre d'Edom et la terre de Moab, vint contre le côté oriental de Moab, et campa au-delà de l'Arnon; mais il ne voulut pas entrer dans le territoire de Moab ; car l'Arnon est la frontière de la terre de Moab.
Note Juges 11,18 : Voir Nombres, 21, 13.
19 C'est pourquoi Israël envoya des messagers à Séhon, roi des Amorrhéens, qui habitait à Hésébon, et ils lui dirent : Laisse-nous passer par ta terre jusqu'au fleuve.
Note Juges 11,19 : Jusqu’au fleuve; c’est-à-dire jusqu’au Jourdain. Hésébon. Voir Nombres, 21, 25.
20 Séhon, lui aussi, méprisant les paroles d'Israël, ne le laissa point passer par son territoire; mais ayant assemblé une multitude innombrable, il sortit contre lui à Jasa, et il résistait fortement.21 Mais le Seigneur le livra avec toute son armée aux mains d'Israël, qui le battit et qui posséda toute la terre de l'Amorrhéen, habitant de cette contrée.22 Et toutes ses frontières, depuis l'Arnon jusqu'au Jaboc, et depuis le désert jusqu'au Jourdain.23 Ainsi, le Seigneur Dieu d'Israël renversa l'Amorrhéen, Israël son peuple combattant contre lui, et toi maintenant, tu veux posséder sa terre?24 Ce que possède Chamos ton dieu, ne t'est-il point dû légitimement? Or, ce que le Seigneur notre Dieu a acquis comme vainqueur, viendra en notre possession.
Note Juges 11,24 : Chamos ton dieu. Voir 3 Rois, note 11.7. ― Ton dieu. Les Israélites n’attribuent qu’à leur Dieu unique une véritable divinité : ils traitent de faux dieux tous ceux qu’adorent les nations étrangères. Quand Jephté dit Chamos, ton Dieu, il parle le langage diplomatique. Cette expression n’est donc pas une profession de foi et ne prouve pas que Jephté croyait à la divinité de Chamos. Elle prouve seulement que le juge d’Israël voulait parler au roi des Ammonites un langage qui lui fût agréable, afin d’en obtenir la paix qu’il sollicitait.
25 A moins que tu vailles mieux que Balac, fils de Séphor, roi de Moab, et que tu nous montres qu'il se soit plaint d'Israël, et qu'il ait combattu contre lui,
Note Juges 11,25 : Voir Nombres, 22, 2.
26 Quand il habita à Hésébon et dans ses bourgades, à Aroer, et dans ses villages, ou dans toutes les villes près du Jourdain, pendant trois cents ans. Pourquoi, pendant un si long temps, n'as-tu rien tenté au sujet de cette réclamation?
Note Juges 11,26 : A Hésébon. Voir Nombres, 21, 25. ― A Aroer, sur l’Arnon, qui formait la frontière méridionale du royaume de Séhon.
27 Ainsi, ce n'est pas moi qui suis en faute avec toi, mais c'est toi qui agis mal envers moi, me déclarant des guerres injustes. Que le Seigneur, arbitre de ce jour, juge entre Israël et entre les enfants d'Ammon.
 
28 Mais le roi des enfants d'Ammon ne voulut point acquiescer aux paroles de Jephté, qu'il lui avez mandées par les messagers.
 
Juges 11, 29-36 : La fille de Jephté courant au-devant de son père - Gravure de Gustave Doré
Juges 11, 29-36 : La fille de Jephté courant au-devant de son père - Gravure de Gustave Doré
29 Et l'esprit du Seigneur vint sur Jephté; et Jephté parcourant Galaad, et Manassé, de même que Maspha de Galaad, et de là passant jusqu'aux enfants d'Ammon,30 Il voua un vœu au Seigneur, disant : Si vous livrez les enfants d'Ammon en mes mains,31 Quiconque le premier sortira des portes de ma maison, et viendra à ma rencontre, lorsque je retournerai en paix du pays des enfants d'Ammon, je l'offrirai en holocauste au Seigneur.
Note Juges 11,31-40 : Contre le sentiment de tous les anciens, plusieurs interprètes modernes prétendent que la fille de Jephté ne fut pas réellement immolée, mais seulement consacrée au service du sanctuaire. Quelque opinion qu’on adopte, on ne peut rien conclure contre la divinité de la religion des Hébreux. Car le vœu de Jephté est un fait qui lui est entièrement personnel. Il n’était pas commandé par la loi, puisque la loi au contraire défendait si expressément le sacrifice de victimes humaines. C’est un fait isolé, et auquel le grand prêtre et la majorité du peuple ne prirent aucune part.
 
32 Jephté passa ensuite chez les enfants d'Ammon, pour combattre contre eux ; et le Seigneur les livra en ses mains.33 Il frappa aussi d'une très grande plaie vingt villes, depuis Aroer jusqu'à l'entrée de Mennith, et jusqu'à Abel, qui est plantée de vignes; et les enfants d'Ammon furent humiliés par les enfants d'Israël.
Note Juges 11,33 : Depuis Aroer, non pas probablement Aroer sur l’Arnon, mais Aroer de Gad, à l’est de Rabbath-Ammon, jusqu’à l’entrée de Mennith, au sud, et jusqu’à Abel, qui est plantée de vignes ou Abel-Keramim, sur la route qui va d’Aroer à Bosra.
 
34 Or, Jephté retournant à Maspha, dans sa maison, sa fille unique, car il n'avait pas d'autres enfants, vint au-devant de lui avec des chœurs et des tambours.35 L'ayant vue, il déchira ses vêtements, et dit : Hélas! ma fille, tu m'as trompé, et toi-même tu t'es trompée; car j'ai ouvert ma bouche au Seigneur, et je ne pourrai pas faire autre chose.
Note Juges 11,35 : J’ai ouvert ma bouche au Seigneur ; j’ai prononcé un vœu fait au Seigneur.
36 Sa fille lui répondit : Mon père, si vous avez ouvert votre bouche au Seigneur, faites-moi tout ce que vous avez promis, là vengeance et la victoire sur les ennemis vous ayant été accordées.
Juges 11, 37-40 : La fille de Jephté et ses compagnes - Gravure de Gustave Doré
Juges 11, 37-40 : La fille de Jephté et ses compagnes - Gravure de Gustave Doré
37 Elle dit encore à son père : Accordez-moi seulement ce que je vous demande avec prière : Laissez-moi pendant deux mois parcourir les montagnes et pleurer ma virginité avec mes compagnes.
Note Juges 11,37 : On regardait comme un malheur de mourir sans laisser de postérité.
38 Jephté lui répondit : Va. Et il la laissa pendant deux mois. Et lorsqu'elle s'en fut allée, avec ses amies et ses compagnes, elle pleurait sa virginité sur les montagnes.39 Or, deux mois achevés, elle revint vers son père; et il fit à son égard, selon ce qu'il avait voué; et elle ne connut point d'homme. De là vint l'usage en Israël, et la coutume a toujours été conservée,40 Qu'après le cours d'une année, les filles d'Israël s'assemblent pour pleurer la fille de Jephté Galaadite pendant quatre jours.
Note Juges 11,40 : Après le cours d’une année ; c’est-à-dire chaque année.

Chapitre 12

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Chap. : 
Guerre entre Ephraïm et Galaad.
Mort de Jephté.
Abésan, Ahialon, Abdon, juges d’Israël.
1 Mais voilà que dans Ephraïm s'éleva une sédition; car les hommes de cette tribu passant vers l'aquilon, dirent à Jephté : Pourquoi marchant au combat contre les enfants d'Ammon, n'as-tu pas voulu nous appeler, afin que nous allassions avec toi? Aussi incendierons-nous ta maison.2 Jephté leur répondit : Nous avions un grand débat moi et mon peuple Contre les enfants d'Ammon; je vous ai appelés, pour me donner du secours, et vous ne l'avez pas Voulu faire.3 Ce que voyant, j'ai mis mon âme en mes mains, j'ai passé chez les enfants d'Ammon, et le Seigneur les a livrés en mes mains. En quoi ai-je mérité que vous vous éleviez contre moi pour me faire la guerre?
Note Juges 12,3 : J’ai mis mon âme, etc. ; hébraïsme, pour j’ai exposé ma vie.
 
4 C'est pourquoi ayant appelé à lui tous les hommes de Galaad, il combattit contre Ephraïm : et les hommes de Galaad battirent Ephraïm, parce qu'il avait dit : Galaad est un fugitif d'Ephraïm, et il habite au milieu d'Ephraïm et de Manassé.5 Et les Galaadites occupèrent les gués du Jourdain, par lesquels Ephraïm devait revenir; et lorsqu'il y venait quelqu'un de l'armée d'Ephraïm, fuyant, et qu'il disait : Je vous conjure de me permettre de passer, les Galaadites lui répondaient : Est-ce que tu es Ephrathéen? lequel disant : Je ne le suis pas,6 Ils lui demandaient : Dis donc Schibboleth, ce qu'on interprête par Epi. Il répondait Sibboleth, ne pouvant pas exprimer épi avec la même lettre. Et aussitôt, après l'avoir saisi, on regorgeait au passage même du Jourdain. Or, il périt en ce temps quarante - deux mille hommes d'Ephraïm.
Note Juges 12,6 : Ne pouvant pas exprimer, etc. ; c’est-à-dire, ne pouvant pas exprimer le mot schibboleth, qui signifie épi, en prononçant commet il faut la lettre sch ; car, en hébreu, ces trois caractères ne forment qu’une seule lettre ou articulation. Remarquons que les Ephrathéens n’étaient pas tués parce qu’ils ne savaient pas prononcer le mot schibboleth, mais parce qu’ils étaient des ennemis de guerre, et d’une guerre injuste faite à Jephté et aux Israélites, leurs frères. La prononciation de ce mot était seulement une marque à laquelle on reconnaissait s’ils disaient vrai, quand ils niaient qu’ils fussent Ephrathéens.
 
7 Ainsi, Jephté Galaadite jugea Israël pendant six ans ; et il mourut et fut enseveli dans sa ville de Galaad.
Note Juges 12,7 : Galaad ou Maspha de Galaad.
 
8 Après lui Abésan de Bethléhem jugea Israël.9 Il eut trente fils et autant de filles, qu'il maria, les établissant hors de chez lui; et il reçut pour ses fils des femmes en même nombre, les admettant dans sa maison. Abésan jugea Israël pendant sept ans ;10 Et il mourut et fut enseveli à Bethléhem.
 
11 A Abésan succéda Ahialon Zabulonite; et il jugea Israël pendant dix ans ;12 Et il mourut et fut enseveli dans Zabulon.
 
13 Après lui, Abdon, fils d'Illel, Pharathonite, jugea Israël ;
Note Juges 12,13 : Pharathonite ; de Pharathon. Voir verset 15.
14 Il eut quarante fils, et d'eux trente petits-fils, qui montaient sur soixante-dix poulains d'ânesses ; et il jugea Israël pendant huit ans;15 Et il mourut et fut enseveli à Pharathon de la terre d'Ephraïm, sur la montagne d'Amalec.

Chapitre 13

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Chap. : 
Servitudes Israélites sous les Philistins.
Naissance de Samson.
1 Et de nouveau les enfants d'Israël tirent le mal en la présence du Seigneur, qui les livra aux mains des Philistins pendant quarante ans.
Note Juges 13,1 : Voir Juges, 10, 6. ― Aux mains des Philistins. Les Philistins étaient originaires de Crète et avaient émigré de la ville de Caphtor ou Cydonia. Ils formaient une grande confédération qui, sous Ramsès III, roi d’Egypte, avait envahi la Syrie. Ramsès III les battit et en établit les restes dans le pays qui prit depuis leur nom. A la fin de la XXe dynastie égyptienne, profitant de la faiblesse des pharaons, ils devinrent seuls maîtres de toute la riche plaine de la Séphéla. Ils possédèrent ainsi, près de la Méditerranée, trois villes, Gaza au sud, Azot au nord, Ascalon au centre. Dans l’intérieur des terres, ils avaient aussi deux autres villes principales, Geth et Accaron. Ces cinq villes, encore aujourd’hui subsistantes, Geth exceptée, étaient les chefs-lieux de cinq principautés puissantes, gouvernées par cinq seranim ou princes confédérés. C’est du nom des Philistins que les Egyptiens et les Grecs, qui les connurent avant les habitants de l’intérieur des terres, tirèrent la dénomination de Palestine, sous laquelle la terre de Chanaan est encore aujourd’hui désignée.
 
2 Or, il y avait un certain homme de Saraa, et de la race de Dan, du nom de Manué, ayant une femme stérile,
Note Juges 13,2 : De Saraa. Saraa est actuellement un village de trois cents habitants, qui a gardé son ancien nom, à peine modifié sous la forme Sar’ah. Il est placé sur une colline en forme de pain de sucre, à l’entrée d’une vallée. Les flancs de la colline sont percés de grottes sépulcrales. Une source est à peu de distance, au-dessous du village.
3 A qui l'ange du Seigneur apparut, et dit : Tu es stérile et sans enfants; mais tu concevras et tu enfanteras un fils.
Note Juges 13,3 : Voir Genèse, 16, 11 ; 1 Rois, 1, 20 ; Luc, 1, 31. ― Les grâces que Dieu a accordées à Samson et les faveurs qu’il lui a faites n’avaient pas pour objet de le récompenser de sa vertu, mais de protéger et de défendre son peuple contre la tyrannie et l’oppression de ses ennemis.
4 Prends donc bien garde de ne point boire de vin, et de cervoise, et de ne manger rien d'impur,
Note Juges 13,4 : Voir Nombres, 6, 3-4.
5 Parce que tu concevras et tu enfanteras un fils dont le rasoir ne touchera pas la tête ; car il sera nazaréen de Dieu, depuis son enfance et dès le sein de sa mère ; et c'est lui qui commencera à délivrer Israël de la main des Philistins.
Note Juges 13,5 : Nazaréen de Dieu ; c’est-à-dire consacré à Dieu en qualité de nazaréen.
 
6 Et étant venue vers son mari, elle lui dit : L'homme de Dieu est venu vers moi, ayant le visage d'un ange, et inspirant la plus grande terreur. Lorsque je lui ai demandé qui il était, d'où il venait, et de quel nom il s'appelait, il n'a pas voulu me le dire.
Note Juges 13,6 : L’homme de Dieu. C’est ainsi que porte l’hébreu. Il paraît que Manué et sa femme avaient déjà une connaissance quelconque de cet homme de Dieu : c’est du moins ce que prouve l’article déterminatif que l’écrivain sacré affecte d’employer ici.
7 Mais il m'a répondu ceci : Voilà que tu concevras et enfanteras un fils : prends garde de ne point boire de vin ni de cervoise, et de ne rien manger d'impur; car l'enfant sera nazaréen de Dieu depuis son enfance, du sein de sa mère jusqu'au jour de sa mort.
 
8 C'est pourquoi Manué pria le Seigneur et dit : Je vous conjure. Seigneur, que l'homme de Dieu, que vous avez envoyé, vienne de nouveau, et qu'il nous enseigne ce que nous devons faire de l'enfant qui doit naître.9 Et le Seigneur exauça Manué priant, et de nouveau apparut l'ange de Dieu à sa femme, assise dans la campagne. Or, Manué son mari n'était pas avec elle. Et lorsqu'elle eut vu l'ange,10 Elle se hâta, courut à son mari, et le lui annonça, disant : Voilà que m'a apparu l'homme que j'avais vu auparavant.
 
11 Manué se leva et suivit sa femme; puis, venant vers l'homme, il lui dit : Vous êtes celui qui avez parlé à cette femme ? Et il répondit : Je le suis.12 Et Manué à l'homme : Quand, dit-il, votre parole sera accomplie, que voulez-vous que fasse l'enfant? ou de quoi devra-t-il s'abstenir?13 Et l'ange du Seigneur répondit à Manué : Que ta femme s'abstienne de toutes les choses que je lui ai indiquées;
Note Juges 13,13-14 : Que ta femme s’abstienne, etc. Les verbes de ces deux versets étant au féminin en hébreu, ne peuvent avoir pour sujet que la mère de Samson, et non Samson lui-même.
14 Qu'elle ne mange rien de ce qui naît de la vigne ; qu'elle ne boive point de vin ni de cervoise ; qu'elle ne mange rien d'impur; et que ce que je lui ai ordonné, elle l'accomplisse et le garde.15 Alors Manué dit à l'ange du Seigneur : Je vous conjure d'acquiescer à mes prières; et, puissions-nous vous préparer un chevreau.
Note Juges 13,15 : Un chevreau. Voir 1 Rois, note 16.20.
16 L'ange lui répondit : Quand tu me presserais, je ne mangerais pas de tes pains ; mais si tu veux faire un holocauste, offre-le au Seigneur, Et Manué ne savait pas que ce fût l'ange du Seigneur.17 Il lui dit encore : Quel est votre nom, afin que, si vos paroles s'accomplissent, nous vous honorions?18 L'ange lui répondit : Pourquoi demandes-tu mon nom, qui est admirable?
Note Juges 13,18 : Voir Genèse, 32, 29.
19 Manué prit donc le chevreau et les libations, et les plaça sur le rocher, les offrant au Seigneur qui fait les merveilles : or, lui-même et sa femme regardaient.
Note Juges 13,19 : Sur le rocher, qui se trouvait à l’endroit même de la campagne où était Manué.
20 Et lorsque la flamme de l'autel montait vers le ciel, l'ange du Seigneur monta pareillement dans la flamme. Ce qu'ayant vu Manué et sa femme, ils tombèrent inclinés vers la terre.21 Et l'ange du Seigneur n'apparut plus à leurs yeux. Et aussitôt Manué comprit que c'était l'ange du Seigneur.22 Et il dit à sa femme : Nous mourrons de mort, parce que nous avons vu le Seigneur.
Note Juges 13,22 : Nous mourrons de mort ; hébraïsme pour : nous mourrons infailliblement.
23 Sa femme lui répondit : Si le Seigneur voulait nous faire mourir, il n'aurait pas reçu de nos mains d'holocaustes et de libations, il ne nous aurait pas montré toutes ces choses, et il n'aurait pas dit ce qui doit arriver.
 
24 Elle enfanta donc un fils, et elle l'appela du nom de Samson. Et l'enfant grandit, et le Seigneur le bénit.
Note Juges 13,24 : Samson, en hébreu Schismchôn, parait être un diminutif de schémesch, soleil.
25 Et l'esprit du Seigneur commença à être avec lui, dans le camp de Dan, entre Saraa et Esthaol.

Chapitre 14

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Chap. : 
Samson épouse une Philistine, elle le trahit ; il la quitte, et se retire chez son père.
Juges 14, 1-7 : Samson terrasse le lion - Gravure de Gustave Doré
Juges 14, 1-7 : Samson terrasse le lion - Gravure de Gustave Doré
1 Ensuite Samson descendit à Thamnatha; et voyant là une femme d'entre les filles des Philistins,
Note Juges 14,1 : A Thamnatha. Thamnatha, aujourd’hui Tibnéh. Tibnéh n’est plus qu’un monceau de ruines, éparses sur les flancs d’une colline hérissée de hautes herbes, de chardons et de lentisques. Une partie de ses débris a été transportée plus loin et a servi à bâtir le village actuel d’el-Bridje. Elle a perdu maintenant ses riches vignobles. De gros blocs de pierres, disséminés aux alentours, sont, avec ces vieux décombres, rongés et couverts de lichens, le seul souvenir qui nous reste de Thamnatha. ― Samson descendit. On a fait une difficulté contre ce verset, parce qu’il y est dit que Samson descendit de Saraa à Thamnatha, mais cette expression est exacte. “ Il fallait descendre, ce qui est effectivement vrai, le village actuel de Saraa étant situé sur une colline plus élevée que Tibnéh, ” dit M. GUERIN.
2 Il monta, et il l'annonça à son père et à sa mère, disant : J'ai vu à Thamnatha une femme d'entre les filles des Philistins, que je vous prie d'accepter pour mon épouse.
Note Juges 14,2 : Une femme d’entre les Philistins. Du temps de Samson, Thamnatha était au pouvoir des Philistins. Du moins les Philistins y habitaient-ils en nombre et y agissaient-ils en maîtres.
3 Son père et sa mère lui répondirent : Est-ce qu'il n'y a point de femme parmi les filles de tes frères, et dans tout mon peuple, puisque tu veux prendre une femme d'entre les Philistins qui sont incirconcis? Et Samson dit à son père : Acceptez-la pour moi, parce qu'elle a plu à mes yeux.4 Mais ses parents ne savaient pas que la chose se faisait par le Seigneur, et qu'il cherchait une occasion contre les Philistins ; car en ce temps-là les Philistins dominaient sur Israël.
 
5 C'est pourquoi Samson descendit avec son père et sa mère à Thamnatha. Et, lorsqu'ils furent arrivés aux vignes de la ville, parut le petit d'un lion furieux et rugissant, et il vint à la rencontre de Samson.
Note Juges 14,5 : Parut le petit d’un lion. Thamnatha est à une heure à l’ouest de Bethsamès. Ce fut en descendant de Bethsamès à Thamnatha, peut-être dans la gorge même, près du torrent qu’il avait à traverser, que Samson rencontra et tua le lionceau. C’est aussi dans ce massif montueux qu’il prit plus tard les trois cents chacals avec lesquels il brûla les blés des Philistins. Ces lieux abondaient autrefois en bêtes fauves, comme l’attestent les noms que portaient les villages des alentours, Lebaoth ou les lionnes, Saalbim ou les chacals.
6 Mais l'Esprit du Seigneur s'empara de Samson, qui déchira le lion comme il aurait mis un chevreau en pièces, n'ayant absolument rien dans la main; et il ne voulut pas le déclarer à son père et à sa mère.
Note Juges 14,6 : L’Esprit du Seigneur ne signifie pas ici l’inspiration divine, ou l’amour de la vertu, mais cet esprit de force dont le Seigneur remplit Samson pour combattre et vaincre les Philistins, qui étaient les ennemis d’Israël. L’Ecriture elle-même nous apprend que la force de Samson n’était pas naturelle, mais qu’elle lui était donnée de Dieu d’une manière miraculeuse, bien qu’il y ait eu des hommes doués d’une force de corps prodigieuse.
7 Et il descendit, et il parla à la femme qui avait plu à ses yeux.
 
8 Et, après quelques jours, revenant pour l'épouser, il se détourna pour voir le corps du lion, et voilà qu'un essaim d'abeilles était dans la gueule du lion, et un rayon de miel.
Note Juges 14,8 : Et après quelques jours, etc. « On sait que les abeilles fuient les cadavres, mais elles ne fuient pas les ossements desséchés. L’expression après quelques jours est plus d’une fois employée dans la Sainte Ecriture pour désigner un espace de temps considérable et même quelques années. Samson peut être resté plusieurs mois fiancé avec la jeune fille, qui était peut-être encore trop jeune. Hérodote, V, 114, raconte que les abeilles firent du miel dans le crâne d’Onésilos, tyran de l’île de Cypre, dont la tête avait été suspendue par les habitants d’Amathonte. » (STOLBERG.) ― Les bois de Palestine sont remplis d’innombrables essaims d’abeilles sauvages qui n’habitent pas seulement des creux d’arbres, mais rassemblent aussi, faute d’autres places, leurs provisions de miel dans les fentes des rochers et dans les cavernes souterraines, sans autre but que de s’abriter à leur ombre.
9 Ayant pris ce rayon dans ses mains, il le mangeait en chemin; et étant arrivé chez son père et sa mère, il leur en donna une partie, qu'eux-mêmes aussi mangèrent; mais cependant il ne voulut pas leur déclarer qu'il avait pris le miel dans la gueule du lion.
 
10 Son père descendit donc chez cette femme, et il fit pour son fils Samson un festin; car c'est ainsi que les jeunes gens avaient coutume de faire.11 Or, lorsque les habitants de ce lieu l'eurent vu, ils lui donnèrent trente jeunes hommes pour être avec lui.
Note Juges 14,11 : C’était anciennement la coutume de donner à l’époux, pour l’accompagner, un certain nombre plus ou moins considérable de jeunes hommes. Les Grecs les appelaient paranymphes. Ce sont probablement ceux que l’Evangile désigne sous le nom d’amis de l’époux.
12 Samson leur dit : Je vous proposerai une énigme ; si vous me l'expliquez pendant les sept jours du festin, je vous donnerai trente vêtements de dessous et autant de tuniques;
Note Juges 14,12 : Pendant les sept jours du festin. Les fêtes qui accompagnaient les mariages duraient une semaine entière et on les égayait par toute espèce de divertissement.
13 Mais si vous ne pouvez pas l'expliquer, c'est vous qui me donnerez trente vêtements de dessous et des tuniques en même nombre. Ils lui répondirent : Propose l'énigme afin que nous l'entendions.14 Alors Samson leur dit : De celui qui mangeait est sortie une nourriture, et du fort est sorti de la douceur; et ils ne purent point pendant trois jours expliquer l'énigme.
Note Juges 14,14 : Le goût des Orientaux pour les énigmes et les jeux de mots est un des traits saillants de leur caractère.
 
15 Mais, lorsqu'approchait le septième jour, ils dirent à la femme de Samson : Gagne ton mari par tes caresses, et persuade-lui de te donner la signification de l'énigme; que si tu ne veux pas le faire, nous te brûlerons, toi et la maison de ton père ; est-ce que tu ne nous as appelés aux noces que pour nous dépouiller?16 Elle répandait des larmes auprès de Samson, et se plaignait, disant : Tu me hais et tu ne m'aimes point ; c'est pour cela que tu ne veux pas m'expliquer l'énigme que tu as proposée aux fils de mon peuple. Mais Samson répondit : Je ne l'ai point voulu dire à mon père et à ma mère ; et je pourrai te l'expliquer?17 Ainsi, pendant les sept jours du festin elle pleurait devant lui; et enfin le septième jour, comme elle lui était importune, il lui expliqua. Elle aussitôt la fit connaître à ses concitoyens.18 Et eux dirent à Samson le septième jour avant le coucher du soleil : Quoi de plus doux que du miel, et de plus fort que le lion? Et Samson leur répondit : Si vous n'aviez pas labouré avec ma génisse, vous n'auriez pas découvert mon énigme.
 
19 C'est pourquoi l'esprit du Seigneur s'empara de Samson, et il descendit à Ascalon : et là il tua trente hommes dont il donna les vêtements qu'il leur avait pris à ceux qui avaient expliqué l'énigme. Et étant très irrité il monta à la maison de son père.
Note Juges 14,19 : Ascalon, l’une des cinq grandes villes des Philistins, sur la Méditerranée, au nord de Gaza et au sud d’Azot, dans une position très forte et très fertile.
 
20 Or, sa femme prit pour mari un de ses amis, un de ceux qui l'avaient accompagné à ses noces.

Chapitre 15

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Chap. : 
Samson met le feu aux moissons des Philistins.
Il bat mille Philistins avec une mâchoire d’âne.
1 Mais peu de temps après, lorsque les jours de la moisson des blés approchaient, Samson vint, voulant voir sa femme ; et il lui apporta un chevreau. Or, comme il voulait, selon la coutume, entrer dans sa chambre, son père l'empêcha, disant :
Note Juges 15,1 : Il lui apporta un chevreau. Voir 1 Rois, note 16.20.
2 J'ai pensé que tu la haïssais, et c'est pour cela que je l'ai donnée à ton ami. Mais elle a une sœur qui est plus jeune et plus belle; qu'elle soit ta femme au lieu d'elle.3 Samson lui répondit : Dès ce jour, il n'y aura pas de faute en moi contre les Philistins, si je vous fais du mal.
Note Juges 15,3 : Il n’y aura plus, etc. ; c’est-à-dire je ne serai point coupable envers les Philistins.
 
4 Il alla donc, et il prit trois cents renards ; il lia les queues des uns aux queues des autres, et attacha des torches au milieu.
Note Juges 15,4 : Les renards dont il est ici question sont les schacals, espèce d’animaux qui tiennent le milieu entre le renard ordinaire, le chien et le loup. On les rencontre par troupes dans la Palestine ; ils cherchent la société des hommes, et se laissent prendre facilement.
5 Mettant le feu aux torches, il lâcha les renards, afin qu'ils courussent çà et là. Ceux-ci allèrent dans les moissons des Philistins, lesquelles une fois embrasées , et les blés déjà amassés et ceux qui étaient encore sur pied, furent brûlés ; tellement que la flamme consuma même les vignes et les plants d'oliviers.
Note Juges 15,5 : Dans les moissons des Philistins. Les cinq villes des Philistins étaient situées dans une vaste plaine que le texte hébreu appelle Séphéla ou le pays bas. Sur le rivage de la mer Méditerranée s’étend une large bande de sable stérile, mais tout le reste de la plaine n’est qu’un immense champ de blé, d’un rapport merveilleux, parsemé çà et là de légers mamelons, couverts de jardins verdoyants et de riches vergers.
6 Alors les Philistins dirent : Qui a fait cela ? On leur répondit : Samson, gendre du Thamnathéen, parce que celui-ci a enlevé sa femme et l'a donnée à un autre, a fait ces choses. Alors les Philistins montèrent et brûlèrent tant la femme que son père.
Juges 15, 7-15 : Samson tue les Philistins avec une mâchoire d'âne - Gravure de Gustave Doré
Juges 15, 7-15 : Samson tue les Philistins avec une mâchoire d'âne - Gravure de Gustave Doré
7 Samson leur dit : Quoique vous ayez fait cela, je tirerai encore de vous vengeance, et alors je demeurerai tranquille.8 Il les frappa, en effet d une plaie, en sorte que saisis de stupeur, ils mettaient la jambe sur la cuisse. Après cela, descendant, il habita dans la caverne du rocher d'Etam.
Note Juges 15,8 : On met souvent la jambe sur la cuisse, quand on est pensif, inquiet, interdit. L’hébreu porte : Et il les frappa jambe sur cuisse ; ce qui peut être une expression proverbiale désignant une défaite entière. ― Dans la caverne du rocher d’Etam. Cette caverne était probablement une des nombreuses excavations qu’on trouve à l’extrémité orientale de la plaine de la Séphéla, dans les derniers contreforts des montagnes de Juda, vers Lekiéh et Deir-Dubban.
 
9 Les Philistins montant donc dans la terre de Juda, campèrent dans ce lieu, qui, dans la suite, fut appelé Léchi, c'est-à-dire, Mâchoire, où leur armée fut dissipée.10 Des hommes de la tribu de Juda leur dirent : Pourquoi avez-vous monté contre nous? Ils répondirent: C'est pour lier Samson que nous sommes venus et pour lui rendre ce qu'il a fait contre lions.11 Il descendit donc trois mille hommes de Juda à la caverne du rocher d'Etam, et ils dirent à Samson : Tu ne sais pas que les Philistins nous commandent? Pourquoi as-tu voulu faire cela? Il leur répondit : Comme ils m'ont fait, ainsi je leur ai fait.12 C'est pour te her, reprennent-ils que nous sommes venus, et pour te livrer aux mains des Philistins. Et Samson : Jurez, leur dit-il, et promettez-moi, que vous ne me tuerez pas.13 Ils répondirent : Nous ne te tuerons pas ; mais nous te livrerons enchaîné, Et ils le lièrent avec deux cordes neuves, et ils l'enlevèrent du rocher d'Etam.
 
14 Lorsqu'il fut arrivé au lieu de la Mâchoire et que les Philistins, vociférant, furent venus à sa rencontre, l'Esprit du Seigneur s'empara de lui ; et comme le lin a coutume de se consumer à l'odeur du feu, ainsi les liens dont il avait été hé, se brisèrent et se détachèrent.
Note Juges 15,14 : A l’odeur du feu ; aux approches, au moindre contact du feu.
15 Et saisissant une mâchoire d'âne, c'est-à- dire une mandibule d'âne, qu'il trouva et qui était à terre, il en tua mille hommes.16 Et il dit : Avec la mâchoire de l'âne, avec la mandibule du poulain des ânesses je les ai détruits, et j'ai frappé mille hommes.
 
17 Et lorsqu'il eut fini de chanter ces paroles, il jeta de sa main la mandibule, et appela ce lieu du nom de Ramathléchi, qu'on interprète par Elévation de mâchoire.
 
18 Et pressé violemment par la soif, il cria au Seigneur, et dit : C'est vous qui avez mis dans la main de votre serviteur cette délivrance prodigieuse, et cette victoire; voici que je meurs de soif, et je tomberai entre les mains des incirconcis.19 C'est pourquoi le Seigneur ouvrit la dent molaire dans la mâchoire d'âne, et il en sortit de l'eau; et Samson en ayant bu, ranima ses esprits, et reprit ses forces. C'est pour cela que jusqu'au présent jour on a appelé ce lieu du nom de Fontaine de l'invoquant sortie de la mâchoire.
Note Juges 15,19 : Fontaine de l’invoquant Elle ne devait pas être éloignée d’Etam.
 
20 Et Samson jugea Israël aux jours des Philistins pendant vingt ans.

Chapitre 16

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Chap. : 
Samson enlève les portes de Gaza.
Dalila lui coupe les cheveux.
Il renverse sur lui le temple de Dagon.
Juges 16, 1-3 : Samson enlève les portes de Gaza - Gravure de Gustave Doré
Juges 16, 1-3 : Samson enlève les portes de Gaza - Gravure de Gustave Doré
1 Il alla aussi à Gaza, et là il vit une femme de mauvaise vie, et il entra chez elle.
Note Juges 16,1 : Gaza. Voir Josué, 10, 41.
2 Lorsque les Philistins l'eurent appris, et que le bruit se fut répandu chez eux, que Samson était entré dans la ville, ils l'environnèrent, mettant des gardes à la porte de la ville, et attendant là, toute la nuit, en silence, pour le tuer, le matin venu, lorsqu'il sortirait.3 Mais Samson dormit jusqu'au milieu de la nuit; et se levant alors il prit les deux battants de la porte avec ses poteaux et son verrou, et les ayant mis sur ses épaules, il les porta sur le sommet de la montagne qui regarde Hébron.
Note Juges 16,3 : Il prit les deux battants de la porte avec ses poteaux et son verrou. « Les portes des villes sont ordinairement cintrées ; elles sont gardées et fermées la nuit. Elles sont larges, massives, à deux battants (voir Isaïe, 45, 1), construites en bois solide et bardées de fer (voir Actes des Apôtres, 12, 10). Une forte barre de fer, formant crochet à l’une de ses extrémités, est suspendue à un lourd anneau de même métal, fixé à un fort montant solidement encastré dans la muraille de chaque côté de la porte. Quand la porte est fermée, le crochet des arcs-boutants entre dans un anneau de fer, attaché derrière chaque battant, de sorte que la porte est capable de résister à une forte pression venant du dehors. La serrure est massive, de fer travaillé, et la clef à longue poignée, fort lourde, est portée à la ceinture par le gardien de la porte ou suspendue à un clou dans le petit appartement qui est tout près. Il fallut la force de Samson, pour arracher les portes de Gaza de leurs gonds, avec les deux montants, barre et tout, et les porter au sommet de la colline qui regarde Hébron. Une tour,quelquefois deux, flanquent la porte. Des bancs sont fixés de chaque côté de l’entrée et souvent occupés par des gardes qui vivent dans des appartements ouvrant sur le porche. Ce porche est le rendez-vous favori des habitants, spécialement des plus riches, qui y sont attirés par la brise fraîche qui souffle à travers la porte ombragée, et par la distraction qu’ils trouvent à voir aller et venir constamment hommes et bêtes… Les juges et même le gouverneur se rendent souvent en ce lieu pour régler les affaires les plus importantes : les causes civiles et criminelles y sont souvent discutées et jugées… Les portes de la ville sont fermées au coucher du soleil ou bientôt après. Quelques-unes d’entre elles ont, dans un de leurs battants, une petite porte, qui demeure ouverte une heure ou même plus après le coucher du soleil, pour permettre aux piétons accidentellement en retard d’entrer dans la ville ou d’en sortir. On peut la faire ouvrir aussi plus tard, moyennant un backschisch. Mais les animaux doivent rester dehors et les voyageurs attardés sont ainsi fréquemment forcés de camper hors des murs, quand ils n’arrivent pas à la porte avant le coucher du soleil. » (VAN LENNEP.) ― Hébron. Voir Genèse, note 13.18.
 
Juges 16, 4-5 et 15-21 : Samson et Dalila - Gravure de Gustave Doré
Juges 16, 4-5 et 15-21 : Samson et Dalila - Gravure de Gustave Doré
4 Après cela il aima une femme, qui habitait dans la vallée de Sorec, et s'appelait Dalila.
Note Juges 16,4 : La vallée de Sorec. La vallée qui sépare Bethsamès de Saraa est très probablement la vallée qu’habitait Dalila. Les plants de vigne de la vallée de Sorec étaient les plus célèbres de la Palestine.
5 Et les princes des Philistins vinrent vers elle, et dirent : Trompe Samson, et apprends de lui comment il a une si grande force, et de quelle manière nous pourrions le vaincre, et après l'avoir lié, le tourmenter. Que si tu fais cela, nous te donnerons chacun mille et cent pièces d'argent.
Note Juges 16,5 : Pièces ; c’est-à-dire sicles. Voir Genèse, 45, 22.
 
6 Dalila dit donc à Samson : Dis-moi, je te conjure, d'où te vient ta très grande force, et quel est le lien, dont étant lié, tu ne pourrais t'échapper?7 Samson lui répondit : Si on me lie avec sept cordes de boyau non sèches, mais encore humides, je serai faible comme tous les autres hommes.8 Les satrapes des Philistins lui apportèrent sept cordes comme il avait dit, dont elle le lia ;9 Et, une embuscade ayant été placée chez elle, et attendant dans la chambre l'issue de la chose, elle lui cria : Les Philistins sur toi, Samson! Et lui, rompit les cordes, comme quelqu'un romprait un fil tordu avec le rebut de l'étoupe, lorsqu'il sent l'odeur du feu; et on ne connut point d'où venait sa force.
 
10 Alors Dalila lui dit : Voilà que tu t'es joué de moi, et tu as dit faux : au moins maintenant indique-moi avec quoi tu devrais être lié.11 Samson lui répondit : Si je suis lié avec des cordes neuves, qui jamais n'ont été mises en œuvre, je serai faible et semblable aux autres hommes.12 Dalila le lia encore avec ces cordes, et cria : Les Philistins sur toi, Samson! une embuscade ayant été disposée dans la chambre. Et lui rompit les cordes comme des fils de toiles.
 
13 Et Dalila lui dit de nouveau : Jusqu'à quand me tromperas-tu, et diras-tu faux? montre par quoi tu dois être lié. Samson lui répondit : Si tu entrelaces les sept tresses des cheveux de ma tête avec le fil de la trame, et que tu enfonces dans la terre le clou entouré de ces tresses, je serai faible.
Note Juges 16,13 : Si tu entrelaces, etc. Pour bien comprendre la fin de ce verset, il faut supposer que Samson partageait ordinairement ses cheveux en sept tresses, et qu’il était alors couché par terre auprès de Dalila, qui faisait de la toile sur son métier. Quant au clou que le texte hébreu détermine par l’article, c’était probablement le principal parmi ceux qui servaient à soutenir le métier.
14 Ce que Dalila ayant fait, elle lui dit : Les Philistins sur toi, Samson! Et lui, sortant de son sommeil, arracha le clou avec les tresses de cheveux et le fil de la trame.
 
15 Et Dalila lui dit : Comment dis-tu que tu m'aimes, puisque ton cœur n'est pas avec moi ? Par trois fois tu m'as menti, et tu n'as pas voulu dire d'où vient ta très grande force.16 Et comme elle lui était importune, et que pendant bien des jours elle se tint constamment attachée auprès de lui, ne lui accordant point de temps pour le repos, son âme défaillit, et se lassa jusqu'à la mort.17 Alors découvrant la vérité de la chose, il lui dit : Jamais fer n'a monté sur ma tête, parce que je suis nazaréen, c'est-à-dire. consacré à Dieu dès le sein de ma mère; si ma tête est rasée, ma force se retirera de moi; je deviendrai faible, et je serai comme tous les autres hommes.18 Or, Dalila, voyant qu'il lui lui avait confessé tout son cœur, envoya vers les princes des Philistins, et leur manda : Montez encore une fois, parce que maintenant il m'a ouvert son cœur. Et ils montèrent, après avoir pris avec eux l'argent qu'ils avaient promis.19 Ainsi, elle le fit dormir sur ses genoux, et reposer la tête sur son sein. Elle appela aussi un barbier, et il rasa les sept tresses de ses cheveux : alors elle commença à le chasser et à le repousser d'auprès d'elle ; car aussitôt sa force se retira de lui.20 Et elle dit : Les Philistins sur toi, Samson! Et lui, sortant de son sommeil, dit en son cœur: Je sortirai, comme j'ai fait auparavant, et je me dégagerai, ne sachant pas que le Seigneur s'était retiré de lui.21 Lorsque les Philistins l'eurent pris, ils arrachèrent aussitôt ses yeux, le conduisirent à Gaza lié de chaînes, et l'enfermant dans la prison, ils lui firent tourner la meule.
Note Juges 16,21 : Ils lui firent tourner la meule. On ne peut imaginer d’occupation plus fastidieuse et plus fatigante. Aussi celui qui était obligé de s’y livrer était considéré comme la plus malheureuse des créatures, et chez les peuples anciens, on condamnait souvent les captifs à tourner la meule, comme Samson. Il est donc impossible de rien concevoir de plus humiliant pour le héros israélite que cette besogne de femme et d’esclave. Sur le moulin à bras, voir Deutéronome, note 24.6.
 
22 Et déjà ses cheveux commençaient à revenir,23 Lorsque les princes des Philistins s'assemblèrent pour immoler des hosties solennelles à Dagon leur dieu, et faire des festins, disant : Notre Dieu a livré Samson notre ennemi en nos mains.
Note Juges 16,23 : Dagon leur dieu. Dagon était le dieu principal des Philistins. Sur cette idole, voir 1 Rois, note 5.2.
Juges 16, 24-31 : Mort de Samson - Gravure de Gustave Doré
Juges 16, 24-31 : Mort de Samson - Gravure de Gustave Doré
24 Ce que le peuple aussi voyant, il louait son Dieu, et disait les mêmes choses : Notre dieu a livré en nos mains notre ennemi, qui a ruiné notre terre et a tué un grand nombre de Philistins.25 Or, comme ils se réjouissaient au milieu des festins, les repas étant déjà pris, ils ordonnèrent que Samson fût appelé, et qu'il jouât devant eux. Samson ayant été amené de la prison, jouait devant eux, et ils le firent tenir debout entre les deux colonnes.
Note Juges 16,25-27 : Jouait en chantant et en dansant, pour les amuser, selon l’usage de ce temps-là. ― La description suivante de Shaw permet de se rendre bien compte des faits racontés ici : « Il y a dans ce pays-ci [en Afrique] plusieurs palais et Don-wânas, comme ils appellent les cours de justice, qui sont bâtis [comme les enclos sacrés] lesquels étaient entourés les uns en partie seulement, les autres tout à fait, de bâtiments avec des cloîtres par-dessus. Les jours de fête, on couvre la place de sable, afin que les pello-waan ou lutteurs ne se fassent point de mal en tombant, pendant que les toits des cloîtres d’alentour fourmillent de spectateurs. J’ai souvent vu à Alger, plusieurs centaines de personnes dans ces sortes d’occasions sur le toit du palais du Dey qui, de même que plusieurs autres grands édifices, a un cloître avancé qui ressemble à un grand appentis, n’étant soutenu dans le milieu ou sur le devant que par un ou deux piliers. C’est dans de semblables bâtiments ouverts, que les bachas, les cadis et les autres grands officiers s’assemblent et s’asseyent au milieu de leurs gardes et de leurs conseillers, pour administrer la justice et pour régler les affaires publiques de leur province. Ils y font aussi des festins, comme les principaux d’entre les Philistins en faisant dans le temple de Dagon. De sorte qu’en supposant que ce temple était construit à peu près comme les bâtiments dont je viens de parler, il est aisé de concevoir comment Samson, en faisant tomber les piliers qui soutenaient le cloître, le renversa, “ et tua plus de Philistins en sa mort qu’il n’en avait fait mourir en sa vie ”. »
26 Samson dit à l'enfant qui dirigeait ses pas : Laisse-moi toucher les colonnes par lesquelles toute la maison est soutenue, et m'appuyer contre elles, et me reposer un peu.27 Or la maison était pleine d'hommes et de femmes, et là étaient tous les princes des Philistins, et environ trois mille personnes de l'un et de l'autre sexe, regardant, du toit et de la terrasse, Samson qui jouait.28 Mais, Samson, le nom du Seigneur invoqué, dit : Seigneur Dieu, souvenez-vous de moi, et rendez-moi maintenant ma première force, mon Dieu, afin que je me venge de mes ennemis, et que, pour la perte de mes deux yeux, je lire une seule vengeance.
Note Juges 16,28 : Je tire une seule vengeance ; je me venge en une seule fois du mal qu’ils m’ont fait en m’arrachant les deux yeux.
29 Et saisissant les deux colonnes sur lesquelles était appuyée la maison, tenant l'une d'elles de la main droite, et l'autre de la main gauche,30 Il dit : Meure mon âme avec les Philistins; et, les colonnes fortement ébranlées, la maison tomba sur tous les princes et sur toute la multitude qui était là, et il en tua beaucoup plus en mourant, qu'il n'en avait tué auparavant, lorsqu'il vivait.31 Or, ses frères et toute sa parenté descendant en ce lieu-, prirent son corps et l'ensevelirent entre Saraa et Esthaol dans le sépulcre de son père Manué. Et il jugea Israël pendant vingt ans
Note Juges 16,31 : Esthaol, aujourd’hui Aschoua. ― Dans le sépulcre dont l’oualy (tombeau) de Scheikh Gherib actuel, occupe probablement l’emplacement.

Chapitre 17

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Chap. : 
Idole de Michas.
1 Il y eut en ce temps-là un certain homme de la montagne d'Ephraïm, du nom de Michas,2 Qui dit à sa mère : Les mille et cent sicles d'argent, que vous aviez mis à part, et au sujet desquels, vous aviez juré, moi l'entendant, voici que je les ai, et qu'ils sont avec moi. Sa mère lui répondit : Béni soit mon fils par le Seigneur !3 Michas les rendit donc à sa mère, qui lui avait dit : J'ai consacré et voué cet argent au Seigneur, afin que mon fils le reçoive de ma main, et qu'il fasse une image taillée au ciseau et une idole de fonte ; et maintenant je te le remets.4 Il les rendit donc à sa mère, qui prit deux cents sicles d'argent et les donna à un orfèvre, afin qu'il en fit une image taillée au ciseau et une idole de fonte, qui demeura dans la maison de Michas.5 Michas aussi éleva séparément dans sa maison un petit temple au dieu, et fit un éphod, des théraphim, c'est-à-dire un vêtement sacerdotal, et des idoles; puis il remplit la main d'un de ses fils; et celui-ci devint son prêtre.
Note Juges 17,5 ; 17.12 : Il remplit la main, etc. Voir, sur le sens de cette expression, Nombres, 3, 3. ― Il fit un éphod. Voir Exode, 28, 4. ― C’est-à-dire un vêtement sacerdotal et des idoles. Cette explication est ajoutée au texte original dans notre Vulgate.
 
6 En ces jours-là il n'y avait point de roi en Israël, mais chacun faisait tout ce qui lui semblait juste.
 
7 Il y eut aussi un autre jeune homme de Bethléhem de Juda, par sa parenté; et lui était Lévite, et il habitait là.
Note Juges 17,7 : Par sa parenté ; du côté de sa mère ; c’est-à-dire, qu’il appartenait à la tribu de Juda par sa mère ; car par son père il était de la race de Lévi. Ainsi l’écrivain sacré fait ici cette remarque dans le but d’expliquer pourquoi il demeurait à Bethléhem, ville de la tribu de Juda, laquelle n’était pas du nombre des villes assignées aux Lévites. Au lieu de par sa parenté, l’hébreu, plus explicite, dit : de la famille de Juda.
8 Sorti de la ville de Bethléhem, il voulut voyager partout où il trouverait pour lui un avantage. Et lorsqu'il fut venu à la montagne d'Ephraïm, chemin faisant, et qu'il se fut un peu détourné jusqu'à la maison de Michas,9 Michas lui demanda d'où il venait. Il répondit : Je suis Lévite de Bethléhem de Juda, et je vais pour habiter où je pourrai, et où je verrai qu'il me sera utile.10 Et Michas dit : Demeure chez moi, et sers-moi de père et de prêtre ; je te donnerai chaque année dix sicles d'argent, un double vêtement et ce qui est nécessaire pour la vie.11 Il consentit, et il demeura chez lui, et il fut pour lui comme un de ses enfants.12 Et Michas remplit sa main, et il garda ce jeune homme comme prêtre chez lui,13 Disant : Je sais que Dieu me fera du bien, puisque j'ai un prêtre de la race Lévitique.

Chapitre 18

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Chap. : 
Six cents hommes de la tribu de Dan vont s’établir à Laïs.
Ils enlèvent le prêtre et l’idole de Michas.
1 En ces jours-là il n'y avait point de roi en Israël, et la tribu de Dan se cherchait une possession pour y habiter ; car jusqu'à ce jour elle n'avait pas reçu de lot parmi les autres tribus.2 Les enfants de Dan envoyèrent donc cinq hommes de leur race et de leur famille, des plus vaillants de Saraa et d'Esthaol, pour explorer la terre, et l'examiner avec soin; et ils leur dirent : Allez et considérez la terre. Lorsque ceux-ci, s'étant mis en chemin, furent venus à la montagne d'Ephraïm, et qu'ils furent entrés dans la maison de Michas. ils s'y reposèrent ;3 Et reconnaissant la voix du jeune Lévite, et se trouvant dans son logis, ils lui demandèrent : Qui t'a amené ici? qu'y fais-tu? pour quel motif as-tu voulu y venir ?4 Il leur répondit : Michas a fait pour moi telle et telle chose, et il ma loué moyennant un salaire, pour que je lui serve de prêtre.5 Or, ils le prièrent de consulter le Seigneur, afin qu'ils pussent savoir s'ils feraient un heureux voyage, et si leur entreprise aurait son effet.6 Il leur répondit : Allez en paix, le Seigneur regarde votre voie, et le chemin par lequel vous allez.
 
7 S'en allant donc, les cinq hommes vinrent à Laïs, et ils virent que le peuple y habitait sans aucune crainte, selon la coutume des Sidoniens, en sécurité et tranquille, personne absolument ne s'opposant à lui, ayant de grandes richesses, loin de Sidon, et séparé de tous les hommes.
Note Juges 18,7 : A Laïs. Voir verset 27. ― Sidon, capitale de la Phénicie, avant Tyr ; port de mer sur la Méditerranée.
 
8 Et étant retournés vers leurs frères à Saraa et à Esthaol, ils répondirent à ceux qui leur demandèrent ce qu'ils avaient fait :
Note Juges 18,8 : A Saraa. Voir Juges, 13, 2. ― A Esthaol. Voir Juges, 16, 31.
9 Levez-vous, montons vers eux, car nous avons vu la terre très riche et très fertile; ne mettez point de négligence, et ne différez point. Allons, et possédons-la, il n'y aura aucun labeur.10 Nous entrerons chez des gens en sécurité, dans une contrée très étendue, et le Seigneur nous livrera un lieu dans lequel il n'y a manque d'aucune chose de ce qui est produit sur la terre.
 
11 Ils partirent donc de la famille de Dan, c'est-à-dire de Saraa et d'Esthaol, six cents hommes, munis d'armes de guerre,12 Et, montant, ils demeurèrent à Cariathiarim de Juda; lequel lieu, depuis ce temps-là, reçut le nom de Camp de Dan, et il est derrière Cariathiarim.
Note Juges 18,12 : Cariathiarim, la ville des fourrés, probablement aujourd’hui Erma, entre les hautes montagnes de Juda et les collines plus basses.
13 De là ils passèrent à la montagne d'Ephraïm. Et lorsqu'ils furent venus à la maison de Michas,
 
14 Les cinq hommes qui auparavant avaient été envoyés pour considérer la terre de Laïs, dirent à tous leurs autres frères : Vous savez qu'en ces maisons-là il y a un ephod, des théraphims, une image taillée au ciseau, et une idole de fonte ; voyez ce qui vous plaît.
Note Juges 18,14 : Un éphod. Voir Exode, note 28.4.
15 Lors donc qu'ils se furent un peu détournés, ils entrèrent dans la maison du jeune Lévite qui était dans la maison de Michas ; et ils le saluèrent avec des paroles de paix.16 Cependant, les six cents hommes, tels qu'ils étaient armés, se tenaient devant la porte.17 Mais ceux qui étaient entrés dans la maison du jeune homme s'efforçaient d'enlever l'image taillée au ciseau, l'éphod, les théraphims et l'idole de fonte; et le prêtre se tenait devant la porte, les six cents hommes très vaillants se tenant non loin de là.18 Ceux donc qui étaient entrés enlevèrent l'image taillée au ciseau, l'éphod, les idoles, et celle de fonte. Le prêtre leur dit : Que faites-vous?19 Ils lui répondirent : Tais-toi, et mets ton doigt sur ta bouche; et viens avec nous, afin que nous t'ayons pour père et pour prêtre. Lequel est le meilleur pour toi, que tu sois prêtre dans la maison d'un homme, ou dans une tribu et une famille en Israël?20 Ce qu'ayant entendu, il acquiesça à leurs paroles, prit l'éphod, les idoles et l'image taillée au ciseau, et partit avec eux.
 
21 Lorsqu'ils étaient en chemin, et qu'ils avaient fait aller devant eux les enfants, les bestiaux et tout ce qui était précieux,22 Et que déjà ils étaient loin de la maison de Michas, les hommes qui demeuraient dans la maison de Michas, s'appelant les uns les autres, les suivirent,23 Et se mirent à crier après eux. Ceux-ci s'étant retournés, dirent à Michas : Que demandes-tu? Pourquoi cries-tu?24 Il répondit : Vous m'avez enlevé mes dieux que je me suis faits, mon prêtre, et tout ce que j'ai, et vous dites : Qu'as-tu?25 Et les enfants de Dan lui dirent : Prends garde que tu ne nous parles davantage, que des hommes excités par la colère ne viennent contre toi, et que toi-même tu ne périsses avec toute ta maison.26 Et ils continuèrent ainsi leur chemin commencé. Mais Michas, voyant qu'ils seraient plus forts que lui, s'en retourna à sa maison.
 
27 Cependant les six cents hommes emmenèrent le prêtre et ce que nous avons dit plus haut; et ils vinrent à Laïs, chez un peuple tranquille et en sécurité, et ils les frappèrent du tranchant du glaive, et livrèrent la ville aux flammes,
Note Juges 18,27 : Laïs. Ville de la frontière septentrionale de la Palestine, à une des sources du Jourdain ; aujourd’hui Tell el-Kadi. Il n’y a actuellement qu’un moulin.
28 Personne absolument ne portant secours aux habitants de Laïs, parce qu'ils habitaient loin de Sidon, et qu'ils n'avaient avec quelque homme que ce soit aucune société et aucun commerce. Or, la ville était située dans la contrée de Rohob; et l'ayant reconstruite, ils y habitèrent,
Note Juges 18,28 : Rohob n’est connu que vaguement d’après l’indication donnée ici. Il était au sud d’Emath, sur la route de cette ville.
29 Appelant cette ville du nom de Dan, selon le nom de leur père qu'avait engendré Israël, elle qui auparavant était appelée Laïs.30 Ils érigèrent pour eux l'image taillée au ciseau, et ils établirent Jonathan, fils de Gersam, fils de Moïse, et ses fils prêtres dans la tribu de Dan, jusqu'au jour de leur captivité.
Note Juges 18,30 : Fils de Gersam; c’est-à-dire petit-fils ou descendant ; car le mot fils en hébreu est susceptible de ces différentes significations.
31 Et l'idole de Michas demeura parmi eux pendant tout le temps que la maison de Dieu fut à Silo. En ces jours-là il n'y avait point de roi dans Israël.
Note Juges 18,31 : La maison de Dieu, signifie le saint tabernacle. ― Fut à Silo. Voir Josué, note 18.1.

Chapitre 19

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Chap. : 
Outrage fait à la femme d’un Lévite par les habitants de Gabaa.
1 Il y eut un certain homme Lévite, habitant sur le côté de la montagne d'Ephraïm, et qui prit une femme de Bethléhem de Juda,
Note Juges 19,1 : Bethléhem. Voir Ruth, 1, 1.
2 Laquelle le quitta; et étant retournée dans la maison de son père à Bethléhem, elle demeura chez lui pendant quatre mois,3 Mais son mari la suivit, voulant se réconcilier avec elle, la gagner par ses caresses, et la ramener chez lui; il avait avec lui un serviteur et deux ânes. Sa femme l'accueillit et l'introduisit dans la maison de son père. Lorsque son beau-père eut apprit sa venue, et qu'il l'eut vu, il alla au devant de lui tout joyeux,4 Et il l'embrassa. Or, le gendre demeura dans la maison du beau-père pendant trois jours, mangeant avec lui et buvant familièrement.
 
5 Mais au quatrième jour, se levant de nuit, il voulut partir. Son beau-père le retint, et lui dit : Goûte d'abord un peu de pain, et fortifie ton estomac, et ensuite tu partiras.6 Ils s'assirent donc ensemble, et ils mangèrent et burent. Et le père de la jeune fille dit à son gendre : Je te prie de demeurer aujourd'hui, et que nous nous réjouissions ensemble.7 Mais lui, se levant, commença à vouloir partir; mais néanmoins son beau-père le retint par ses efforts et le fit demeurer chez lui.
 
8 Mais, le matin venu, le Lévite préparait son voyage ; et son beau-père de nouveau : Je te prie, lui dit-il, prends un peu de nourriture;, et, tes forces réparées, attends que le jour soit plus avancé, ensuite tu partiras. Ils mangèrent donc ensemble.9 Et le jeune homme se leva, pour aller avec sa femme et son serviteur. Son beau-père lui dit de nouveau : Considère que le jour est plus incliné vers le couchant, et qu'il s'approche du soir; demeure chez moi encore aujourd'hui, passe un jour joyeux, et demain tu partiras pour aller à ta maison.
 
10 Son gendre ne voulut pas acquiescer à ses paroles; mais il partit aussitôt, et vint contre Jébus, qui est appelée d'un autre nom Jérusalem, prenant avec lui deux ânes chargés et sa seconde femme.11 Et déjà ils étaient près de Jébus, et le jour se changeait en nuit, lorsque le serviteur dit à son maître : Venez, je vous conjure, dirigeons-nous vers la ville des Jébuséens, et demeurons-y.12 Son maître lui répondit : Je n'entrerai point dans la ville d'une nation étrangère, qui n'est point des enfants d'Israël; mais je passerai jusqu'à Gabaa;
Note Juges 19,12 : Gabaa, aujourd’hui Tuleil el-Fûl.
13 Et lorsque j'y serai parvenu, nous y demeurerons, ou au moins dans la ville de Rama.14 Ils passèrent donc Jébus, et ils continuaient le chemin commencé, et le soleil se couchait pour eux près de Gabaa, qui est dans la tribu de Benjamin;15 Et ils se dirigèrent vers cette ville pour y demeurer. Lorsqu'ils y furent entrés, ils s'assirent sur la place de la ville, et nul ne voulut leur donner l'hospitalité.
 
16 Mais voilà que parut un homme vieux, revenant de la campagne et de son travail, sur le soir, qui lui aussi était de la montagne d'Ephraïm, et qui habitait comme étranger à Gabaa. Or, les hommes de la contrée étaient enfants de Jémini.17 Et, les yeux levés, ce vieillard vit le Lévite assis avec ses bagages sur la place de la ville, et il lui demanda : D'où viens-tu? et où vas-tu?
Juges 19, 18-27 : La femme du Lévite outragée - Gravure de Gustave Doré
Juges 19, 18-27 : La femme du Lévite outragée - Gravure de Gustave Doré
18 Celui-ci lui répondit : Nous sommes partis de Bethléhem de Juda, et nous nous rendons à notre demeure, qui est sur le côté de la montagne d'Ephraïm, d'où nous étions allés à Bethléhem; et maintenant nous allons à la maison de Dieu, et nul ne veut nous recevoir sous son toit,
Note Juges 19,18 : A la maison de Dieu ; auprès du saint tabernacle, qui est à Silo ; ou bien à Silo où est le tabernacle ; car quelquefois Silo elle-même est appelée maison de Dieu. Voir Juges, 20, 18. ― Par l’expression, votre servante, le Lévite désigne sa propre femme.
19 Quoique nous ayons de la paille et du foin pour la pâture des ânes, et du pain et du vin pour mon usage, et celui de votre servante, et du serviteur qui est avec moi : nous n'avons besoin de rien, si ce n'est d'un logement.20 Le vieillard lui répondit : La paix soit avec vous! c'est moi qui donnerai tout ce qui est nécessaire, seulement, je te prie, ne demeure point sur la place.21 Et il l'introduisit dans sa maison, et il donna à manger aux ânes; et après qu'eux-mêmes eurent lavé leurs pieds, il leur donna un repas.
 
22 Pendant qu'ils mangeaient, et qu'après la fatigue du chemin ils redonnaient des forces à leurs corps en mangeant et en buvant, il vint des hommes de cette ville, fils de Bélial (c'est-à-dire sans joug); et environnant la maison du vieillard, ils se mirent à frapper à la porte, criant au maître de la maison, et disant : Fais sortir l'homme qui est entré dans ta maison, afin que nous en abusions.
Note Juges 19,22 : Voir Genèse, 19, 5. ― Sans joug ; c’est-à-dire ne pouvant supporter aucun joug, indisciplinés, indomptables. Selon l’étymologie, Bélial signifie sans utilité, vaurien. Comparer 2 Corinthiens, note 6.15.
23 Alors le vieillard sortit vers eux et dit : Gardez-vous, mes frères, gardez-vous de faire ce mal : cet homme est entré sous mon toit hospitalier; et renoncez à cette folie :24 , J'ai une fille vierge et cet homme a sa seconde femme; je les amènerai vers vous, afin que vous les humiliez, et que vous assouvissiez votre passion ; seulement, je vous conjure, ne commettez pas ce crime contre nature sur cet homme.25 Ils ne voulaient pas acquiescer à ses paroles. Ce que voyant le Lévite il leur amena sa femme, et la livra à leurs outrages; lorsqu'ils en eurent abusé pendant toute la nuit, ils la renvoyèrent le matin.
 
26 Mais cette femme, les ténèbres de la nuit se retirant, vint à la porte de la maison où demeurait son seigneur, et là elle tomba par terre.27 Le matin venu, le Lévite se leva, et ouvrit la porte, pour achever sa route commencée : et voilà que sa femme gisait devant la porte, les mains étendues sur le seuil.
Juges 19, 28-30 : Le Lévite d'Ephraim emmène le corps de sa femme - Gravure de Gustave Doré
Juges 19, 28-30 : Le Lévite d'Ephraim emmène le corps de sa femme - Gravure de Gustave Doré
28 Pensant qu'elle reposait, il lui dit : Lève-toi et marchons. Elle ne répondant rien, il comprit qu'elle était morte; il la prit, la mit sur l'âne et retourna en sa maison.
 
29 Lorsqu'il y fut entré, il prit le glaive, et coupant par morceaux le cadavre de sa femme avec ses os en douze parts, il les envoya dans tous les confins d'Israël.
Note Juges 19,29 : Le glaive ; l’hébreu porte, le couteau. ― Dans tous les confins ; dans tous les lieux occupés par les enfants d’Israël ; c’est-à-dire qu’il envoya une part dans chacune des tribus d’Israël.
30 Ce que chacun ayant vu, tous s'écriaient : Jamais chose pareille n'a été faite en Israël, depuis le jour que nos pères sont montés de l'Egypte jusqu'au temps présent : prononcez une sentence, et décidez ensemble ce qu'il faut faire.

Chapitre 20

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Chap. : 
Les Israélites vengent sur les enfants de benjamin l’injure faite au Lévite.
1 C'est pourquoi tous les enfants d'Israël sortirent, et s'étant réunis ensemble comme un seul homme, depuis Dan jusqu'à Bersabée, ils se rendirent, ainsi que la terre de Galaad, vers le Seigneur, à Maspha;
Note Juges 20,1 : Voir Osée, 9, 9. ― Depuis Dan jusqu’à Bersabée ; depuis une extrémité du pays jusqu’à l’autre ; Dan étant située à l’extrémité septentrionale de la terre de Chanaan, et Bersabée à l’extrémité méridionale. ― La terre de Galaad ; expression elliptique pour les habitants de la terre de Galaad ; ce qui veut dire ici la tribu qui était au-delà du Jourdain. ― Le peuple d’Israël s’assembla souvent à Maspha, et on lit dans le premier livre des Machabées (3, 46) que cette ville était un lieu de prières.
2 Tous les chefs du peuple et toutes les tribus d'Israël vinrent ensemble dans l'assemblée du peuple de Dieu, quarante mille combattants à pied.
Note Juges 20,2 : Les chefs du peuple ; littéralement : les angles du peuple ; ceux qui étaient comme les pierres angulaires qui soutenaient tout l’édifice de la nation. Cette métaphore est souvent employée dans l’Ecriture.
3 (Et les enfants de Benjamin n'ignorèrent pas que les enfants d'Israël étaient montés à Maspha.) Et le Lévite, mari de la femme qui avait été tuée, interrogé comment un si grand crime avait été commis,
 
4 Répondit : Je vins dans la ville de Gabaa de la tribu de Benjamin avec ma femme, et j'y logeai;
Note Juges 20,4 : Gabaa. Voir Juges, 19, 12.
5 Et voilà que des hommes de cette ville environnèrent pendant la nuit la maison dans laquelle je demeurais, voulant me tuer, et tourmentant ma femme avec une fureur incroyable inspirée par la passion ; enfin elle est morte.6 L'ayant prise, je la coupai par morceaux, et j'envoyai les parts dans tous les confins de votre possession, parce que jamais une action si horrible et un si grand forfait n'ont été commis dans Israël.7 Vous êtes tous ici présents, enfants d'Israël, décidez ce que vous devez faire.
 
8 Et tout le peuple qui était là, répondit comme avec la voix d'un seul homme : Nous ne retournerons point dans nos tabernacles, ni personne n'entrera en sa maison ;9 Mais voici ce que nous ferons tous ensemble contre Gabaa :10 Qu'on choisisse dix hommes sur cent d'entre toutes les tribus d'Israël, cent sur mille, et mille sur dix mille, afin qu'ils portent à l'armée des vivres, et que nous puissions combattre contre Gabaa de Benjamin, et lui rendre selon son crime, ce qu'elle mérite.11 Ainsi, tout Israël se rendit auprès de la ville, comme un seul homme, dans un même esprit, et une même résolution.
 
12 Et ils envoyèrent des messagers à toute la tribu de Benjamin, pour dire : Pourquoi une action si horrible s'est-elle trouvée parmi vous?13 Livrez-nous les hommes de Gabaa qui ont commis cette infamie, afin qu'ils meurent et que le mal soit enlevé d'Israël. Les Benjamites ne voulurent point entendre l'ordre de leurs frères les enfants d'Israël ;
 
14 Mais ils vinrent de toutes les villes qui étaient de leur lot, à Gabaa pour la secourir, et pour combattre contre tout le peuple d'Israël.15 Et il se trouva vingt-cinq mille Benjamites, tirant le glaive, outre les habitants de Gabaa,16 Qui étaient sept cents hommes très vaillants, combattant de la main gauche comme de la droite, et jetant les pierres dans les frondes avec tant de sûreté, qu'ils pouvaient frapper même un cheveu, sans que le coup de la pierre portât le moins du monde en un autre endroit.
 
17 Il se trouva aussi, sans les enfants de Benjamin, quarante mille hommes d'Israël, tirant le glaive et préparés au combat,18 Et qui, se levant, vinrent à la maison de Dieu, c'est-à-dire à Silo; et ils consultèrent Dieu, et dirent : Qui sera dans notre armée le prince du combat contre les enfants de Benjamin? Le Seigneur leur répondit : Que Juda soit votre chef.
Note Juges 20,18 : A Silo. Voir Josué, 18, 1.
 
19 Et aussitôt les enfants d'Israël, se levant dès le matin, campèrent près de Gabaa ;20 Et de là s'avançant au combat contre Benjamin, ils commencèrent à assiéger la ville.21 Mais les enfants de Benjamin étant sortis de Gabaa, tuèrent en ce jour-là vingt-deux mille hommes des enfants d'Israël.
 
22 Les enfants d'Israël, se confiant en leur force et en leur nombre, se rangèrent de nouveau en bataille, dans le même lieu dans lequel ils avaient combattu auparavant ;23 De manière cependant qu'auparavant ils montèrent et pleurèrent devant le Seigneur jusqu'à la nuit, qu'ils le consultèrent et dirent : Dois-je aller encore en avant pour combattre contre les enfants de Benjamin, mes frères, ou non? le Seigneur leur répondit : Montez à eux, et engagez la bataille.24 Et lorsque le jour suivant, les enfants d'Israël se furent avancés au combat contre les enfants de Benjamin,25 Les enfants de Benjamin sortirent avec impétuosité des portes de Gabaa, et les rencontrant, ils en firent un si grand carnage, qu'ils tuèrent dix-huit mille hommes, tirant le glaive.
 
26 C'est pourquoi tous les enfants d'Israël vinrent à la maison de Dieu, et, assis, ils pleuraient devant le Seigneur. Ils jeûnèrent ce jour-là jusqu'au soir, et ils lui offrirent des holocaustes et des victimes pacifiques ;27 Et ils le consultèrent sur leur situation. En ce temps-là l'arche du Seigneur était en ce lieu,28 Et Phinéès, fils d'Eléazar, fils d'Aaron était préposé sur la maison de Dieu. Ils consultèrent donc le Seigneur et dirent : Devons-nous sortir encore au combat contre les enfants de Benjamin, nos frères, ou rester en repos? Le Seigneur leur répondit : Montez, car demain je les livrerai en vos mains.
 
29 Alors les enfants d'Israël placèrent des embuscades autour de la ville de Gabaa.30 Et pour la troisième fois, comme pour la première et la seconde, ils firent avancer leur armée contre les enfants de Benjamin.31 Mais les enfants de Benjamin aussi sortirent audacieusement de la ville et poursuivirent très loin leurs ennemis qui fuyaient; en sorte qu'ils en blessèrent , comme au premier et au second jour, qu'ils taillèrent en pièces ceux qui prenaient la fuite par les deux chemins, dont l'un se prolongeait jusqu'à Béthel, et l'autre jusqu'à Gabaa, et qu'ils tuèrent environ trente hommes ;
Note Juges 20,31 : Béthel. Voir Genèse, 12, 8.
32 Car ils pensaient qu'ils les tailleraient en pièces comme de coutume. Mais les enfants d'Israël, feignant adroitement une fuite, avaient le dessein de les éloigner de la ville, et de les attirer, en paraissant fuir, dans les susdits chemins.33 C'est pourquoi tous les enfants d'Israël s'étant levés de leurs postes, étendirent leurs lignes dans le lieu qui est appelé Baalthamar. L'embuscade aussi qui était autour de la ville, commença à se montrer peu à peu,
Note Juges 20,33 : Baalthamar, ville de la tribu de Benjamin, dans les environs de Gabaa.
34 Et à s'avancer par la partie occidentale de la ville. Mais de plus, dix autres mille hommes, choisis entre tout Israël, provoquaient les habitants de la ville au combat. Ainsi, la guerre contre les enfants de Benjamin augmenta; et ils ne comprirent point que la mort les pressait de toute part.
Note Juges 20,34 : Choisis. Ce mot se lit dans l’hébreu, et il est nécessaire pour donner le véritable sens de la phrase.
35 Le Seigneur donc les frappa en présence des enfants d'Israël, qui tuèrent, en ce jour-là, vingt-cinq mille et cent hommes, tous guerriers, tirant le glaive.
 
36 Or, les enfants de Benjamin, lorsqu'ils virent qu'ils étaient inférieurs, commencèrent à fuir. Ce qu'apercevant les enfants d'Israël, ils leur firent place pour fuir, afin qu'ils arrivassent à l'embuscade préparée près de la ville.37 Et ceux qui étaient embusqués, s'étant levés soudainement de leur retraite, et ayant taillé en pièces Benjamin qui fuyait, entrèrent dans la ville et la frappèrent du tranchant du glaive.38 Or les enfants d'Israël avaient donné pour signal à ceux qu'ils avaient mis en embuscade, qu'après qu'ils auraient pris la ville, ils allumeraient un feu, afin que, la fumée s'élevant en haut, ils montrassent que la ville avait été prise.39 Lorsque les enfants d'Israël placés au milieu du combat s'en aperçurent (car les enfants de Benjamin pensèrent qu'ils fuyaient, et ils les poursuivaient plus vivement, après avoir taillé en pièces trente hommes de leur armée),40 Et qu'ils virent comme une colonne de fumée s'élever de la ville, tandis que Benjamin aussi regardant en arrière, s'aperçut que la ville était prise, et que les flammes étaient portées dans les airs,41 Les Israélites qui auparavant avait feint une fuite, faisant volte-face, résistaient plus fortement. Ce qu'ayant vu, les enfants de Benjamin prirent la fuite,42 Et commencèrent à aller dans la voie du désert, les ennemis les poursuivant même jusque-là ; mais en outre ceux qui avaient incendié la ville, vinrent à leur rencontre.43 Et ainsi il arriva que de l'un et de l'autre côté, ils étaient taillés en pièces par les ennemis et on ne faisait nullement de quartier aux mourants. Ils tombèrent, et restèrent terrassés, au côté oriental de la ville de Gabaa.44 Or, il y eut qui furent tués en ce même lieu, dix-huit mille hommes, et tous très forts combattants.45 Ce qu'ayant vu ceux qui étaient restés de Benjamin, ils s'enfuirent dans le désert, et ils allaient vers le rocher dont le nom est Remmon. Dans cette fuite aussi, comme ils étaient errants çà et là, prenant divers chemins, les enfants d'Israël en tuèrent cinq mille ; et comme ils passaient plus loin, ils les poursuivirent, et en tuèrent encore deux autres mille.46 Et ainsi il arriva que tous ceux de Benjamin qui tombèrent en divers lieux, étaient au nombre de vingt-cinq mille, guerriers très portés à la guerre.
 
47 C'est pourquoi de toute l'armée de Benjamin, il resta qui purent s'échapper et s'enfuir dans le désert, six cents hommes; et ils demeurèrent au rocher de Remmon pendant quatre mois.
Note Juges 20,47 : Au rocher de Remmon, à 15 milles romains au nord de Jérusalem, d’après Eusèbe.
48 Mais les enfants d'Israël étant revenus, frappèrent du glaive tout ce qui restait dans la ville, depuis les hommes jusqu'aux bêtes; mais toutes les villes et les bourgades, une flamme dévorante les consuma.

Chapitre 21

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Chap. : 
Ruine de Jabès-Galaad.
Filles données aux Benjamites.
1 Les enfants d'Israël jurèrent aussi à Maspha, et dirent : Nul de nous ne donnera aux enfants de Benjamin de ses filles pour femmes.
Note Juges 21,1 : Jurèrent aussi à Maspha ; ce mot aussi de la Vulgate donne au prétérit jurèrent le sens du plus-que-parfait qui se trouve dans le texte original, et qui rattache ainsi ce serment à l’assemblée que les Israélites avaient tenu à Maspha. Voir Juges, chapitre 20.
 
2 Et ils vinrent tous à la maison du Dieu, à Silo, et, assis en sa présence jusqu'au soir, ils commencèrent à pleurer avec de grands cris, disant :3 Pourquoi, Seigneur Dieu d'Israël, est-il arrivé dans votre peuple ce malheur, qu'aujourd'hui une tribu ait été retranchée, au milieu de nous?4 Mais le jour suivant, se levant au point du jour, ils construisirent un autel, ils y offrirent des holocaustes et des victimes pacifiques, et ils dirent :5 Qui d'entre toutes les tribus d'Israël n'est pas monté avec l'armée du Seigneur? Car ils s'étaient engagés par un grand serment, lorsqu'ils étaient à Maspha, de tuer ceux qui y auraient manqué.6 Et touchés de repentir par rapport à leur frère Benjamin, les Israélites commencèrent à dire : Une tribu a été retranchée d'Israël.
Note Juges 21,6 : Leur frère Benjamin ; c’est-à-dire leurs frères de la tribu de Benjamin. Ici, comme souvent ailleurs, le fondateur de la tribu se prend pour la tribu elle-même.
7 D'où prendront-ils des femmes? Car tous ensemble nous avons juré que nous ne leur donnerions point nos filles.8 C'est pourquoi ils dirent : Qui est celui d'entre toutes les tribus d'Israël, qui n'est pas monté vers le Seigneur à Maspha? Et voilà que les habitants de Jabès-Galaad se trouvèrent n'avoir pas été avec l'armée.
Note Juges 21,8 : Jabès-Galaad, ville de Galaad, dans le voisinage de Pella. La situation exacte de cette ville n’est pas connue. Peut-être était-elle située à Ed-Deir, près de l’ouadi Yabès, à cinq heures de marche au sud de Bethsan.
9 (Dans le temps même que les enfants d'Israël étaient à Silo, nul d'eux ne s'y trouva).10 C'est pourquoi ils envoyèrent dix mille hommes très forts, et ils leur ordonnèrent, disant : Allez, et frappez les habitants de Jabès-Galaad du tranchant du glaive, tant les femmes que leurs petits enfants.11 Et voici ce que vous devrez observer: Tuez tout ce qui est du sexe masculin, et les femmes qui ont connu des hommes ; mais les vierges, réservez-les.
Note Juges 21,11 : Voir Nombres, 31, 17-18.
12 Et il se trouva à Jabès-Galaad quatre cents vierges qui n'avaient pas connu de lit d'homme, et ils les emmenèrent au camp à Silo, dans la terre de Chanaan.13 Ils envoyèrent ensuite des messagers aux enfants de Benjamin, qui étaient au rocher de Remmon, et ils leur ordonnèrent de les recevoir en paix.14 Et les enfants de Benjamin vinrent en ce temps-là, et on leur donna pour femmes des filles de Jabès-Galaad; mais on n'en trouva point d'autres qu'on pût leur donner de la même manière.
 
Juges 21, 15-25 : Les Benjaminites enlèvent les filles de Silo - Gravure de Gustave Doré
Juges 21, 15-25 : Les Benjaminites enlèvent les filles de Silo - Gravure de Gustave Doré
15 Et tout Israël éprouva une grande douleur, et fit pénitence du meurtre d'une des tribus d'Israël.16 Et les anciens dirent : Que ferons-nous pour les autres qui n'ont pas reçu de femmes? Toutes les femmes en Benjamin sont tombées à la fois,
Note Juges 21,16 : Sont tombées à la fois, sous les coups du glaive. Voir les versets 10 et 11.
17 Et nous devons avec un grand soin et un grand zèle, pourvoir à ce qu'une des tribus d'Israël ne soit pas détruite.18 Cependant nous ne pouvons leur donner nos filles, liés par le serment et la malédiction dans laquelle nous avons dit : Maudit celui qui donnera de ses filles pour femmes à Benjamin!19 Ils prirent donc cette résolution, et ils dirent : Voici que la solennité anniversaire du Seigneur est à Silo, qui est située au septentrion de la ville de Béthel, et au côté oriental de la voie qui de Béthel s'étend jusqu'à Sichem et au midi de la ville de Lébona.
Note Juges 21,19 : Béthel. Voir Genèse, 12, 8. ― Lébona, ville au nord de Silo.
20 Et ils ordonnèrent aux enfants de Benjamin, et dirent : Allez, et cachez-vous dans les vignes.
Note Juges 21,20 : Cachez-vous dans les vignes. Les vignes qui, du temps de Josué et des Juges, étaient aux environs de Silo, ont aujourd’hui disparu. Avec la ruine du village, la désolation s’est répandue sur les collines d’alentour.
21 Et lorsque vous verrez les filles de Silo s'avancer pour former des danses, selon la coutume, sortez soudainement des vignes, prenez parmi elles chacun votre femme, et allez dans la terre de Benjamin. j22 Et lorsque leurs pères et leurs frères viendront se plaindre de vous, et vous accuser, nous leur dirons : Ayez pitié d'eux; car ils ne les ont pas enlevées par le droit des combattants et des vainqueurs; mais quand ils ont demandé à les avoir, vous ne les avez pas données; ainsi c'est de votre côté qu'est la faute.23 Et les enfants de Benjamin firent comme il leur avait été commandé; et, selon leur nombre, chacun enleva une des filles qui formaient des danses, pour en faire sa femme ; et ils s'en allèrent dans leurs possessions, rebâtissant les villes et y habitant.
Note Juges 21,23 : Rebâtissant. C’est le sens qu’exige l’article qui se trouve en hébreu devant le mot villes. Les villes dont il est ici question existaient déjà ; et d’ailleurs, comme nous l’avons remarqué dans un autre endroit (voir Nombres, 32, 34), le verbe hébreu bâtir, signifie souvent par extension rebâtir, reconstruire, restaurer, embellir son édifice.
 
24 Les enfants d'Israël aussi retournèrent, selon leurs tribus et leurs familles, dans leurs tabernacles. En ces jours-là, il n'y avait point de roi en Israël, mais chacun faisait ce qui lui paraissait juste.

Bible Glaire & Vigouroux


Traduction de la Sainte Bible d'après la Vulgate (Clémentine) par l'abbé Jean-Baptiste Glaire éditée une première fois de 1871 à 1873, puis complétée par des introductions, des commentaires, des notes et des appendices rédigés par l'abbé Fulcran Vigouroux dans une troisième édition en 1890. L'édition reprise par Recatho est celle de 1905 des éditeurs A. et R. Roger, et F. Chernoviz téléchargeable également au format PDF ici. Recatho est le seul site web à offrir une version HTML de la Bible Glaire & Vigouroux. Pour en savoir plus, nous vous invitons à lire notre page de présentation des différentes versions de la Bible expliquant notre choix.